Julie Ladret – Poème – Nous n’en sommes plus là

18 Août 2019

Non!
Nous n’en sommes plus là 
Où nous la regardions trôner fièrement sur le buffet ripaillant de la Lyre.
Où, se voulant glorieux, nous époussetions ses lumières.
Où, à cause de l’ampleur de notre ignorance, elle vacillait puis glissait lentement dans le vide. D’un seul geste puis légion.

Non Non!!!
Nous n’en sommes plus là 
Où nos yeux horrifiés s’écarquillaient au ralenti à la mesure de sa chute. Tellement surpris par notre prétention a nettoyer ce que la poussière réfléchit.
Où nos mains manquaient l’acte de sauver celle qui nous traversait l’ėpiderme et révélait la veinure de notre espèce.

Non Non Non!!!
Nous n’en sommes même plus là 
Où nous constations la gisante explosée sous nos bottes de sans lieu, de sans rêve et de sans âme.
Où nous la ramassions éplorés qu’aucune colle ne puisse jamais joindre les bords extrêmes et saillants de ses brisures.
Où nous la jetions le coeur lourd mais rassurant à se répéter sans cesse qu’elle était vieille et ébréchée déjà 
Où nous pensions nous en racheter une au supermarché de nos naissances éprouvettées, épouvantées par l’absence de ses bras

Non Non Non et Non
Nous n’en sommes plus là…

Nous en sommes là 
Où nous oublions de l’avoir cassée
Où nous la recherchons sur notre buffet bien propre de toutes lumières 
Où, étonnés, nous nous demandons mutuellement 
« Mais bon sang, où est-elle passée notre humanité? »

Viendra le moment où nous l’oublierons, elle, purement et simplement, pour ne pas nous infliger sa perte.
Et nous serons là 
Ce que nous convoitons depuis toujours
Des Dieux
Délacés de tout amour, de toute écriture car nous en connaîtrons la fin.
Ce qui nous rend unique deviendra inique 
Oui!
Nous nous haïrons comme seuls les Dieux savent le faire, jusqu’à ce qu’il n’y en reste plus qu’un.
Nous serons là 
Ce que nous abjectons de devenir 
Des aliénés à la toute puissance
Des corps ni inspirants ni expirants 
Des corps gobés, vidés d’elle
Dėglutissant le monde 
Des immortels

Mais
Nous n’en sommes pas encore là 
Avec des « peut-être » comme autant de « si »
Nous rappellerons à nos mains leur pouvoir de création qu’aucun Dieu ne possède
Nous verrons dans ces libres particules de lumière fine, une matière à modeler encore notre humanité.

Alors… 
Nous en serons de nouveau là 
Devant notre buffet éclairé 
Un chiffon à la main, prêts a nettoyer 
Un goût de madeleine rassie dans la bouche, 
Un désagréable goût de déjà vu

Aussi, au minimum trois choix s’offriront à nous:

L’épousseter et en faire le tri

La ranger dans un coffre labellisé Babel. La rendre rare et chère, réservée à ceux qui en auront les moyens et ne laisser aux autres-restes que fatalités pour la pleurer.

Ou se confondre en elle 
Échapper à l’immortalité 
Écrire sur l’infinité des possibilités de la relativité
Sur les conspirations de l’univers
Redevenir matière première à création 
Redevenir poussière

julie

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