L’atelier d’écriture de maître Henry


A partir du titre d’un roman policier de la série noire écrire un texte ou un poème.

Titres : Ci-gît la sorcière, Perds pas les pétales, La veuve minute, Néant à roulette, Les inconnus dans la ville, Le vautour attend toujours, Un gorille dans la sciure.

Perds pas les pétales, mon chou !

Vautré dans mon rocking-chair, les pieds chaussés de pompes quasi-crocos posés sur mon bureau pur sapin, je sirotais un bourbon plus âgé que le doyen du sénat quand le téléphone se mit à grelotter kif une frangine esquimau à poils sur un iceberg.

Sept plombes d’un petit matin blême. Un soleil anémique se levait comme à regret, sur la ville de tous les crimes, honteux de devoir réchauffer les os de ses truands psychos-poils-aux-pattes, politicards corrompus, avocats plus véreux que le cadavre d’un mafioso oublié par ses potes dans un placard au cours d’une partie de cache-cache.

Qui pouvait téléphoner à une heure aussi matinale, à l’heure sacrée du petit-déjeuner, à l’Agence de détective privé Harry.L.Blackbird?

Je trempai mon croissant dans le bourbon, avant de décrocher la bouche pleine.

-Ici Harry.L en personne…

-Harry.L ! enfin !!!

La voix éplorée venant de l’autre bout de la ville était indiscutablement celle d’une gonzesse. Ma riche expérience me permet de savoir, rien qu’à la voix, si c’est un boudin ou une beauté qui me baratine. Et l’organe qui me chatouillait les trompes du gars Eustache n’appartenait pas à la gent boudinière…

Ce que me narra la belle enfant aurait fait se dresser les cheveux sur le crâne du Dalaï Lama himself et hérisser le système pileux d’un serpent-minute. J’avoue avoir eu la chair de poule, pire que tout un élevage de gallinacés en batterie. Au fait, quel justicier dénoncera le sort effroyable de ces créatures du Big-Boss ?

-Du calme, belle enfant, j’arrive, fis-je de ma voix de mâle dominant, mais j’eus du mal à avaler ma bouchée de croissant.

J’enfourchai ma mobylette blindée. Sa majesté Soleil s’était levé pour de bon, fier d’éclairer enfin le trajet d’un homme incorruptible. Trajet qui me mena devant une boutique « Fleurs-Fruits-Légumes », en plein coeur du quartier populaire. Une superbe blonde fortement mammifère surgit de la susdite boutique, plus vite que la pâte dentifrice d’un tube que le sieur King-Kong presserait dans ses mimines. La mignonne était dans la fleur de l’âge. Le Temps, ce rascal pire que Scarface et que pas même le grand Eliot n’est foutu d’arrêter, ne lui avait pas encore fait des misères.

-Harry.L.Blackbird, le Roi des Privés…venez constater le massacre !

J’entrai dans la boutique vieillotte mais bien tenue, où l’odeur du potiron se fiançait à celle du pétunia. J’ai vu au cours de ma vie de chien, certes policier, bien des horreurs, mais jamais autant d’éventrés et d’écartelés : tous les choux avaient été ouverts à coup de surin, et chaque rose agonisait, les pétales arrachés.

-Croyez-vous que Jack the Ripper soit de retour? Ne serait-ce pas un avertissement pervers de ce fou sadique?, s’enquit la blonde d’une voix plus tremblante que des mains d’alcoolique avant le petit blanc matinal.

-Cool, Poupée…

Mon regard d’acier trempé, celui qui fit baisser les yeux d’Hypnotic Jack parcourait les lieux.

-Relax, little sugar…Dites-moi: ne seriez vous pas fille-mère, où plutôt mère-célibataire, car on n’arrête pas le progrès? Et ne seriez-vous pas génitrice d’un délicieux petit garçon ?

-Harry, seriez-vous magicien ? fit-elle, fascinée… quelle intuition! quelle science de la déduction !

En vérité, nulle intuition, et une bien modeste déduction. J’avais simplement lu naguère le compte rendu d’une enquête certainement réactionnaire affirmant :  » Vos camarades libérées et de matelas formule XX ont tendance de nos jours à vous considérer uniquement comme de fugaces fécondateurs, vous les pauvres XY « . Et puis traînaient sur le comptoir un masque et une rapière de Zorro, de taillebebe-chou-copie-1.jpg trop réduite pour appartenir au zig Zorro en personne. Je n’en dis rien: le magicien qui fait sortir le lapinos du haut-de-forme ne dévoile pas le truc, et même Jeannot Lapin respecte l’Omerta, sous peine de finir en civet.

-Nous sommes mercredi, jour de congé pour les mouflets. J’en déduis que votre bambin doit être dans l’arrière-boutique, en train de tirer la queue du chat. Pourriez-vous le faire venir?

Et me voici face à un chiard de six ans, genre Petit Prince, avec la morve au pif en guise de bonus.

-Salut, Man, claironnai-je. Comment t’appelles-tu?

-Kévin Marc Honey, et toi t’es Harry.L.Blackbird. Super, man! j’ai appris à lire dès l’âge de trois ans, rien que pour lire tes aventures, conclut le môme en me tendant la main.

Je laissai la main du gniard en suspend.

-Harry.L ne sert pas la pince aux délinquants, Petit Prince. Kévin, pourquoi as-tu massacré les roses et les choux de ta pauvre maman?

-J’veux plein de p’tits frères et de p’tites soeurs, et ma mère m’a assuré qu’c’est là d’dans qu’on les trouvait… alors, j’suis été les chercher où qu’elle m’avait dit… Mais nib de nib… j’crois bien que ma maternelle m’a pris pour un cave… un coup à finir chez le pédo-psy…car ça donne pas envie de grandir tout ça…sauf pour devenir Harry.L, bien sûr.

-Ne juge pas l’auteure de tes jours, petit homme. Ta mère est simplement victime, comme toi, d’une éducation judéo-chrétienne mal digérée.

J’ai serré la main de Kévin Marc Honey.

-Bravo pour ta franchise, man. Dans quelques années tu seras mon adjoint. A une condition bien sûr : ne plus faire pleurer ta pauvre maman. Surtout, n’esquinte plus les roses blanches. Ca peut toujours servir.

Et puis j’ai sorti un traité d’éducation sexuelle de la poche de mon trench-coat.

-Toi qui aime la lecture, cours t’instruire dans ta chambre.

La blonde mère s’est blottie dans mes bras d’acier comme dans un nid douillet.

-C’est plein de jolis dessins, ton bouquin, mais j’les aurai quand mon p’tit frère et ma p’tite soeur?

-Pas de soucis, Kid. Harry.L se charge de tout.

Harry L. Blackbird

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