Le cinéma de Philippe Guillaume : Le clan des siciliens d’Henri Verneuil 1969

– Vous regardez mon cou, commissaire ? 

– Pas spécialement.

– Vous m’excuserez si je vous fais lever à l’aube

un de ces jours ?

– Tu n’as pas à t’excuser, je serai là (extrait du film) 

 

Encore un jackpot pour Henri Verneuil : 829 580 entrées sur Paris pour les fêtes de fin d’année 1969. Un joli cadeau de Noël de la part de Tonton Henri qui n’a jamais eu d’autre ambition  que d’être un conteur d’histoires et de raviver chez son spectateur le plaisir et l’émerveillement des gamins devant un beau train électrique, un circuit 24 dernier modèle ou une rutilante maquette de boeing.

Logique, donc, de voir Vito Manalese à la tête d’une fabrique de jouets quand on sait que Verneuil aime les beaux objets plus vrais que nature. Il choisit le matériel le plus moderne, soigne au millimètre l’assemblage, le collage, et tire fierté du résultat. C’est pourquoi il a suivi le commissaire Jobard (sic) pour approfondir le personnage de Le Goff, et consulté un monceau d’archives relatant évasions, vols de bijoux et détournements d’avions. Il a mis le paquet pour rendre crédible le détournement du DC8 sur une autoroute américaine.

Reconstitution de la cabine en studio par les ingénieurs de la Douglas Company, fermeture de l’autoroute à la circulation durant trois jours, conception d’un nouveau logo et de tenues originales pour les hôtesses…Ajoutons bien sûr un roman de l’ex-truand Auguste Le Breton, des dialogues de José Giovanni, gracié par le président Auriol en 1956, une musique signée Ennio Morricone et un brelan gagnant dans l’ordre comme dans le désordre Gabin, Delon, Ventura.

Le code d’honneur des truands de Pigalle, l’autorité naturelle et le jeu hiératique du comédien font accepter Gabin, le parigot, dans le rôle du patriarche sicilien Vito Manalese. Ventura est Le Goff, commissaire tenace, sévère et juste patron d’un commissariat où, à la surprise du spectateur de 2011, ne règne ni déprime ni pagaille mais ordre et discipline et où circulent des flics en costume cravate (O tempora ! O mores !). A Delon revient le rôle de Sartet, le jeune chien fou en qui les lecteurs de Le Breton auront tout de même du mal à reconnaître le  » petit gros du Vendredi « .

L’objectif de ces Siciliens qui, comme tous les Siciliens, n’est-ce-pas, sont chatouilleux sur le sens de l’honneur et de la famiglia ne diffère pas de celui du français moyen des trente glorieuses : bosser dur dans sa PME pour s’assurer la retraite venue une vie de farniente sur la terre natale, entouré des enfants et petits-enfants….Oui mais voilà qu’une femme adultère, qui ne tient pas compte des remarques du beau-père sur ses indécentes mini-jupes, va tout flanquer par terre.

Bonne fille, la belle Jeanne prépare le lit de Delon, lui amène des provisions dont il n’a que faire et pratique le bronzage intégral sur une plage de Menton en ces années où il faut faire des kilomètres pour entrevoir un audacieux  » seins nus  » ( » OH ! Moi mon mari ne l’autoriserait jamais « entendait-on caqueter à l’époque ! O tempora ! O mores !)

Sur cette plage déserte, Delon laisse transparaître sa frustration dans le sadisme avec lequel il neutralise une malheureuse anguille tandis que sous la roche s’allonge nue la belle Irina Demick…Crescendo morriconien..et arrive ce qui doit arriver…jusqu’à ce qu’un ballon trahisse la présence du morveux qui a tout vu. Ce petit cafardeur, devant la scène coquine d’un film regardée avec réprobation par Papy Gabin à la télé, va vendre la mèche, confirmant ainsi que  » Tata Jeannot  » était bien la roulure qu’on pensait…A partir de ce moment-là le sort de Sartet est scellé mais.. celui des Manalese aussi….

Si j’ai longtemps nourri un faible pour « Le clan des siciliens » c’est un peu à cause de ce plan fugitif sur le beau regard sensuel d’Irina, mélange de crainte feinte et de désir bien chaud, qui me secoua davantage, si je puis dire, que le détournement du DC8.

AH ! Irina Demick, résistante top model dans  » Le jour le plus long  » illumina de sa présence quelques films des sixties (dont la fameuse  » Métamorphose des cloportes « ). Elle fut, après Juliette Gréco et quelques autres, l’égérie de Darryl F. Zanuck qui tenta de l’imposer à un public qui ne la plébiscita point. Preuve que ledit public, contrairement à ce qu’affirmait Adolph Zukor, patron de Paramount, est loin d’avoir toujours raison…

Cependant, reconnaissons qu’en faisant un triomphe au  » Clan des siciliens  » il ne s’est pas trompé.

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