« A la recherche d’El Dorado » – Un conte de Carmen Montet

Un peu d’Histoire

Au cours du XVIe siècle, durant le règne de Charles Quint, l’Espagne vit son « âge d’or », elle règne quasi sur toute l’Europe et ses « conquistadors », après avoir découvert les « Amériques » (en 1500 Amerigo Vespucci mit le pied sur une terre nouvelle et donne son nom aux terres découvertes par Christophe Colomb en 1492 : Amérique), ont découvert un immense Empire au Pérou en 1530 ou « l’or coulerait à flot ». C’est l’empire Inca en proie a une terrible guerre civile qui va servir l’intérêt des Espagnols et de leur chef Pizarro. Le 16 novembre 1532, Pizzarro demande une entrevue à l’empereur inca Atahualpa, mais, alors que l’entrevue aurait dû se faire sans armes, Pizarro prend le chef inca par surprise et au prix d’un grand massacre, le fait prisonnier : c’est la bataille de Cajamarca. Pour sa liberté, Atahualpa livre à Pizarro six tonnes d’or, mais rompant sa promesse de le libérer, ce dernier le fait exécuter après un procès expéditif et proclame Topa Hualpa, frère cadet d’Atahualpa, nouvel empereur Inca, mais celui-ci meurt du choléra un an plus tard en 1533.

Durant les décennies suivantes, le peuple inca déclinera et finira par mourir sous le joug des conquistadors et leur civilisation s’effondra à jamais dans les abysses d’une apocalypse pourtant prévue. En effet, il était écrit dans les livres sacrés des Incas, des mayas et des Aztèques que les dieux reviendraient de l’ouest et qu’alors ce serait alors la fin de leur civilisation. Les conquistadors obligèrent les Indiens à se convertir au catholicisme et à se soumettre à l’autorité du roi d’Espagne. Ils les dépouillèrent de leurs trésors « d’El Dorado » et chargèrent des navires remplis d’or d’Amérique pour retourner en l’Europe, dans les ports espagnols. C’est en partie grâce à cet or que l’Espagne eut les moyens de pouvoir dominer l’Europe. Les Anglais, les Français et les Hollandais, désireux d’avoir une part du butin, s’attaquèrent aux galions qui battaient pavillon espagnol et revenaient de cet El Dorado chargés d’or…

Les Incas et leurs ancêtres avaient construit des cités d’or, avec des temples dédiés au Soleil. Leurs portes étaient recouvertes d’or et de pierres précieuses. Leurs bâtisseurs et architectes aménagèrent des terrasses agricoles, où le peuple fit pousser des céréales, des légumes inconnus encore en Europe comme le haricot, la pomme de terre. Ils favorisèrent l’élevage et l’irrigation en développant des canaux. Ils construisirent routes et ponts. Ils avaient même conçu un « système postal ». Tous les 2 km, des coureurs se reliaient pour transmettre les informations et les messages importants. D’étranges dessins gigantesques furent tracés au sol. Quand ? Par qui ? Pour quoi ? Ils étaient visibles uniquement que de l’espace. Les Incas ne dirent jamais qui les avaient dessinés. Dans leurs cités capitales situées entre 2000 et 3000 m d’altitude dans la cordillère des Andes, ils dressèrent des observatoires astronomiques très sophistiqués …

Le dernier Inca, un conte de Carmen Montet

154…Sur le chemin de retour des Amériques où elle avait chargé ses cales d’or et de pierres précieuses, une caravelle blanche et noire fut prise en chasse par des corsaires français, non loin de l’ile de Tenerife des Canaris. Les assaillants tuèrent tout le monde ne laissant aucun survivant enfin presque…

Dans cette caravelle, il y avait des tonnes d’or, mais aussi, caché dans un coin du navire le dernier petit-fils de l’Empereur Inca Atahualpa : âgé de sept ans, il portait le nom de son illustre parent, et pendant l’assaut, il avait réussi à se cacher dans une des chaloupes. Comme les agresseurs s’emparaient du trésor au fond de la cale navire juste avant de le faire sombrer, une terrible tempête se leva et une vague déferlante surgit et brisa les deux navires à la fois : le français et le galion espagnol entraînant l’équipage des corsaires dans l’abime. Il n’y eut aucun survivant ni chez les Espagnols ni chez les Français.

L’enfant, lui, s’était glissé à temps dans une chaloupe qui fut soulevée par la vague et transportée au large. L’embarcation le conduisit jusqu’à une plage éloignée des récifs. Le garçonnet, épuisé par peur et la fatigue, a sombré dans un profond sommeil. C’est ainsi que des pêcheurs le découvrirent transi de froid :

– Olla como te llamas ? Eres rescapado ? (Eh bonjour ! Comment t’appelles -tu ? Tu es un rescapé ?)

L’enfant ne répondit pas et pour cause, il ne parlait pas espagnol et ne voulait pas qu’on puisse le reconnaître comme un inca, il risquait sa liberté, voir sa vie. Par chance, il portait les vêtements « espagnols » que le capitaine de la caravelle lui avait imposés, l’obligeant, lors de sa capture, à lui donner sa tenue d’apparat, ses colliers son pendentif en or et sa grande coiffe en plumes. « Tu seras mon esclave ou plutôt celui de mon fils, là-bas en Espagne, lui avait-il lancé avant de lui donner des vêtements étranges que le jeune inca avait revêtu sans trop comprendre ce que l’homme lui disait. Cependant, il avait pu sauver un bracelet qu’il avait réussi à dissimuler. Ce bijou portait le sceau impérial de l’empire Inca. Les pêcheurs, le pensant muet, le ramenèrent au village où une veuve ayant perdu époux et enfant, proposa de prendre le petit rescapé chez elle. Elle le soigna l’éleva, lui apprit l’espagnol, et le baptisa : Rafael.

Vingt ans passèrent.

Personne n’était allé chercher au fond de l’océan l’or des Incas, car tous ignoraient l’endroit précis du naufrage. Rafael, lui le connaissait. Un jour, il s’y rendit et plongea et, après quelques mètres, atteignit la coque du galion. Il repéra les coffres d’or, mais se rendit vite compte qu’il ne pouvait seul organiser le sauvetage des coffres d’or, il lui fallait de l’aide. Il se confia alors à sa mère adoptive. Il lui expliqua qu’il connaissait l’endroit ou le trésor du galion se trouvait cependant il lui demanda de n’en en parler à personne, car cela engendrerait à coup sûr des jalousies, un pillage et qui sait des meurtres ? Rafael lui raconta comment il avait été enlevé et qui il était vraiment. La femme bien que sous le choc des révélations de son fils comprit l’enjeu du silence et lui dit que seuls trois hommes dans leur entourage méritaient leur confiance : ses deux frères et un neveu.

– Je te donnerai une partie de l’or, mère. Ce serait justice pour m’avoir sauvé et élevé toutes ces années. Une partie ira aussi à mes oncles pour leur aide. Mais sache que ce trésor est maudit, car il n’appartenait pas au peuple Inca, mais à leurs dieux plus précisément. Il faut que je le ramène là-bas au Pérou, là où est sa place naturelle, là où il aurait dû toujours rester. Si nous ne le faisons, pas mon peuple sera oublié et sera banni à tout jamais. Si nous gardons le trésor pour nous, il nous brûlera les doigts et engendrera le malheur. Beaucoup d’Espagnols sont morts pour lui, et beaucoup de Français également. Ce trésor porte malheur à celui qui veut s’en emparer illégitimement.

La veuve alla chercher ses frères et son neveu, Rafael avait un secret à leur confier leur dit elle. Ces hommes l’écoutèrent et promirent de lui venir en aide pour la mémoire de ses ancêtres et de son peuple et pour celui qui ils considéraient leur neveu et leur cousin.

Durant des mois, tant que le temps le permettait, les quatre hommes plongèrent à l’abri des regards et des curieux et remontèrent peu à peu les lingots d’or, les bijoux, les pierres précieuses. Ils travaillèrent ainsi deux ans dans le plus grand secret. Puis un jour, ils achetèrent un navire, louèrent un équipage avec à leur tête un capitaine chevronné. Ils payèrent grassement les marins et leur promirent une prime de retour très conséquente. L’équipage affréta le navire et y chargea la cargaison secrète cachée dans des tonneaux et des barriques.

Un beau matin de printemps Rafael embarqua seul sans ses oncles et son cousin. Il dit au revoir à sa mère et lui promit de revenir. Mais Rafael s’était donné pour mission avec l’or retrouvé, de l’utiliser pour armer son peuple et provoquer un soulèvement dans toute l’Amérique du Sud afin de retrouver son trône et d’en chasser à jamais, les Espagnols. Cette mission, il l’avait cachée à sa mère et à ses frères pour ne pas les effrayer. Il devait la mener seul.

Après des mois de traversée, son navire accosta sur les côtes de l’Amérique, en Colombie. Il organisa le déchargement du bateau et le fit amarrer dans un port. Il attendrait là son retour. Il loua des lamas pour transférer la cargaison jusqu’à un port plus a u sud sur la côte pacifique. Là, il acheta un autre navire et, après un voyage de plusieurs semaines, arriva enfin au Pérou. L’équipage déchargea les tonneaux et barriques sans se douter du trésor qu’ils transportaient. Rafael prit congé des marins et du capitaine.Le jeune Inca fit cheminer le trésor dans la jungle profonde jusqu’aux cités impériales. Mais il ne les y déposa pas :

– C’est trop risqué ! Pensa t- il !

Il loua les services de gardiens pour veiller sur son trésor et fit venir des porteurs qui transportèrent les barriques près de cités perdues. Il les paya grassement pour s’assurer de leur silence.

Il trouva, dans une cité perdue, une jeune fille qui s’y cachait.

– Attends ne pars pas ! Ne crains rien ! Je crois te reconnaître ! Comment t’appelles-tu ?

La jeune fille alors se calma et dit :

– Les Espagnols m’ont appelée Rosa, mais je suis Inca ! Mon vrai nom est Soli.

Rafael avait remarqué que la fille portait au poignet un étrange bracelet qui ressemblait au sien.

– Nous avons le même bracelet ! Tu es de la famille du grand Inca ?

La demoiselle parut être rassurée. Rafael continua :

– Je m’appelle Atalhulba, dernier descendant de l’Inca. Nous sommes cousins !

– Ces porteurs ne sont pas sûrs, il faut vite cacher les barriques ! expliqua Soli.

– Comment ?

-Je vais faire appel à nos frères qui se cachent dans la jungle. Ce soir, nous viendrons sauver l’or

– Et les gardiens qu’en feras-tu ?

– Les endormir en les enivrant !

Rafael craignait effectivement à chaque instant d’être trahi, assassiné, dévalisé par ces hommes si peu sûrs, avides d’argent, dont il avait payé les services, mais qui n’hésiteraient à le tuer s’ils découvraient la véritable nature de la cargaison.

Le soir tomba. Soli rapporta aux voyageurs de quoi faire un bon repas : haricots, viande de lamas bon vin, fruits exotiques. Elle y avait mis à l’intérieur des bonbonnes de vin plantes qui provoqueraient un sommeil profond et bienfaiteur. Gardiens, porteurs, hommes de main, burent plus que de raison et vidèrent toutes les bonbonnes. Ils sombrèrent dans un profond sommeil. Les amis de Soli arrivèrent. Ils chargèrent les barriques sur des lamas et disparurent dans obscurité.

Quand le soleil se leva ils étaient déjà bien loin. Ils trouvèrent des caches inaccessibles où ils dissimulèrent le trésor.

Puis dans les semaines qui suivirent Rafael essaya d’organiser un soulèvement, mais ses partisans ne furent pas très nombreux. Beaucoup de guerriers avaient disparu en deux décennies et leurs enfants étaient devenus les esclaves des Espagnols. Des espions rôdaient ici et là. Rafael ne savait à qui se fier. Soli le présenta à un grand prêtre. Ce dernier lui conseilla d’attendre et de se cacher…Rafael essaya d’acheter des mercenaires. Il réussit à prendre deux villes et une partie de la province des Andes. Cependant il s’était entouré d’hommes sans foi ni loi intéressés uniquement par l’or. Ces individus savaient que Rafael était en possession d’un trésor inestimable : N’était-il pas comme il le proclamait, le petit-fils de l’Inca ? Ils le kidnappèrent et le torturèrent pour lui faire avouer où il avait caché l’or de El Dorado …Il fut sauvé de justesse par Soli qui avait regroupé un groupe d’indiens armés. Ils réussirent à délivrer Rafael. Ils s’enfuirent dans la jungle.

Ils se cachèrent des mois et des mois dans la végétation luxuriante. Le rêve du grand retour de l’Inca s’achevait. La majorité des Indiens avait rendu les armes et les villes prises étaient retombées aux mains des Espagnols qui orchestraient une répression sévère sans pitié envers ceux qui avaient participé au soulèvement Inca.

Rafael demanda à revoir le grand prêtre pour lui demander qu’il l’éclaire sur son avenir :

– Il est trop tôt ou trop tard pour toi. Des jours sombres vont s’abattre. L’empire Inca va s’endormir pour des siècles et des siècles. Mais il renaîtra. Tu as fait ce qu’il fallait : rapporter l’or Inca sur nos terres ! Les Dieux t’en seront gré. Tu es digne d’être le grand Inca, mais dans un autre temps. Dans cinq cents ans, mille ans, le grand Inca reviendra pour faire revivre notre civilisation, notre histoire ! Aujourd’hui tu es en grand danger. Tu dois repartir là où tu es venu. Prends avec toi Soli, descendante de la famille Impériale. Ensemble fondez une famille, une lignée sacrée qui donnera le jour à un descendant qui retrouvera un jour son trône ici, dans le royaume des montagnes des Andes : l’empire Inca !

Rafael repartit pour l’Europe accompagnée de celle qui allait devenir son épouse. Il y retrouva sa mère adoptive ses oncles et cousin et leur présenta sa fiancée…

On dit qu’ils vécurent tous heureux longtemps que le couple eut beaucoup d’enfants et que toute l’île, les marins, les gens simples et travailleurs … profitèrent des bienfaits des Incas. Le trésor des Incas d’El Dorado se trouve toujours caché dans la jungle du Pérou et attend le grand retour de l’empereur Inca.

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