ANNELISE ROCHE – Le coup de coeur musical de Pierre Thevenin

ANNELISE ROCHE

S’il fallait résumer d’un mot AnneliSe Roche, je dirais « sensualité ». Bien rétif à l’émotion, en effet, qui résistera au charme voluptueux de sa voix (de nos jours, on ne chante plus guère comme ça : Anne Sylvestre et Barbara le faisaient, excusez du peu. On préfère se cacher derrière la rythmique et c’est bien regrettable), à ses textes qui sont autant de balades buissonnières, à ses musiques souvent rêveuses, toujours inspirantes.

Dans le deuxième album, il y a deux textes dits (« 6, rue du chêne » et « Ma pluie », et on en trouve un autre dans le premier CD, le refrain mis à part (« Pardonnez-nous nos enfances ») mais elle ne les martèle pas à la manière saccadée d’un rappeur. Ils sont parlés comme on récite la poésie et l’osmose avec l’accompagnement y est tout aussi évidente que lorsqu’elle chante (je citerai les musiciens à la fin). Car c’est bien de poèmes qu’il s’agit et du meilleur aloi. Deux exemples (il n’a pas été facile de faire un choix) :

« Si j’étais une fleur de jardin,

Je serais glycine et épine …

Si j’étais un regret terrible,

Je serais des mots à effacer

(« Si j’étais, je serais »)

« Elle grisaille l’horizon,

Allège les ciels trop bleus »

(« Ma pluie »)

Chez elle, pas de ces histoires de cœur à deux balles qui encombrent trop de textes chantés mais une authentique, une profonde émotion :

« Faites s’écouler toute l’eau nécessaire

Pour me laver entière,

À nouveau baptisée

(« Faites-moi pleurer »

On ne remarque pas que les rimes ne sont pas systématiquement riches. On s’en fout totalement, on se laisse emporter au gré des images.

Les énumérations (il y en a un certain nombre) ne sont jamais fastidieuses. Bien loin du catalogue, elles nous invitent à une promenade champêtre à travers mots. Je pense en particulier au très beau poème intitulé « Prière d’un arbre centenaire », titre qui pourrait faire penser d’abord à un anthropomorphisme dénué d’inspiration. Que nenni, d’ailleurs, l’énumération ne concerne que le début : un travailleur, un promeneur, des couples, des artistes, tous ne faisant que passer. Et puis une dame qui s’attarde quelque peu , se figeant devant lui :

« Elle me tient compagnie …

Émerveillée par l’œuvre

De la nature et du temps »

Pour lui faire honneur, il laisse le vent complice recoiffer ses ramures et lui offre ses plus belles odeurs de printemps. On notera, au début, un petit clin d’œil à un moustachu sétois dont on vient de célébrer le centenaire :

« Au creux de mon parc

Je vivais serein »

Je ne crois pas que la proximité de cette prière et de « Pardonnez-nous nos enfances » soit le fait du hasard. C’est plutôt une petite touche d’humour discret. Du reste, la fin de ce Notre Père, malicieusement déformé, confirme, s’il en était encore besoin, que notre artiste n’a rien d’un bonnet de nuit :

« Pardonnez-nous nos enfances

Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont enfantés »

Les primes années, l’âge où s’éveillent les émois, tiennent une grande place dans les chansons d’AnneliSe. « 6 rue du chêne » (une visite guidée à travers la maison de bois où elle a grandi), « Pardonnez-nous nos enfances », ou encore « Les plages de sel » mais là, le titre est un peu moins parlant : temps de liberté entre deux années scolaires :

« Pas besoin d’Espagne pour bâtir nos châteaux,

Juste quelques vagues pour mieux apprécier l’eau ».

Je voudrais terminer en m’arrêtant un peu sur « Maryline » que d’aucuns rangeraient dans la catégorie « engagée », sur une très belle musique signée Pierre Chéneau, en partie un air de comptine.

Il y a d’abord la génération où les garçons profitaient d’un avantage qui allait de soi, avec la bénédiction des adultes. C’est ce qu’on voyait à la télé, pensez donc ! Ça commençait dans l’enfance : le petit Paul poursuivait Maryline dans la cour d’école :

Un peu plus tard, ça recommençait dans le métro, avec un harceleur dénommé Firmin et, là encore, rien de plus normal.

«La jupe de Maryline, c’est pour les garçons ».

Et puis la famille de Maryline voulait une descendance et la demoiselle s’y pliait tout aussi docilement.

« La vie de Maryline,

C’est pour les biberons ».

On aurait continué ainsi mais c’était compter sans la génération # Me Too : ce n’est plus Maryline qu’un autre petit Paul poursuit, c’est Évelyne, la progéniture de celle-là :

« Elle court, elle court, la petite

Rien ne pourra plus l’arrêter

Tu peux bien courir, mon bonhomme,

Tu te feras vite rattraper ».

(en parallèle, la course du petit garçon derrière Maryline est évoquée aussi au début :

«Et cours et cours, mon bonhomme

C’est comme ça qu’on devient un homme ».

Comme promis, voici le nom des musiciens : sur le premier album, on peut entendre : Alexia et Emma Pocq (guitare), Charlotte Lasnier (piano, percussions et chœurs) et Jean-David Rochoux (flûte traversière) et sur le deuxième, outre AnneliSe Roche herself, multi-instrumentiste (clarinette, guitare, piano), à nouveau Jean-David Rochoux (notons que notre chanteuse se nomme en réalité Rochoux : un pistonné, donc), Pierre Chéneau (guitares, chœurs), Louis Roudaut (également guitare et chœurs), Teddy Mercadier (basse, chœurs), Laurent Machabert (accordéon), Jonathan Mathis (accordéon, percussions), Fanny Claire (violoncelle), Yves-Marie Bellot (chœurs) et enfin Anouk (bruitages, claps et rires).

Il ne me reste plus qu’à vous indiquer de quelle façon vous pouvez vous procurer ces deux CD (et bientôt les suivants. 12 titres, c’est trop peu mais la demoiselle n’a que 21 ans, alors, patience) :

https://anneliseroche.bandcamp.com/

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