Un Bécot Assourdissant – Catherine Balaÿ


C’était une nuit extraordinaire. Il y avait eu du vent, il avait cessé, et les étoiles avaient éclaté comme de l’herbe.Elle s’était levé. Avait pris son poncho. Avait embrassé son petit garçon sur le front tout en remontant le drap sur ses épaules. Elle avait ouvert, puis fermé la porte de la grande maison perdue seule dans la nuit.

Puis elle avait marché, marché, encore marché. Longtemps, si longtemps. À coeur perdu. À corps ouvert. Le vent l’empêchait d’avancer. Ce n’était pas grave. Rien n’avait plus d’écho en elle. Rien n’aurait plus d’écho en elle. Elle se souvenait juste de son rire. Un rire frais, qui fusait.

Elle monta sur un talus.

Le train au loin passa, tel un cambrioleur dans cette lande nue.

Elle serra son poncho contre elle.

Elle vit les lumières dans les wagons qui débordaient la nuit.

Tacatac Tacatac, faisait la locomotive.

C’était comme un doux murmure régulier. Tacatac Tacatac. Comme un cliquetis de vélo. Comme des pieds tapant sur le sol à intervalles réguliers. Comme un coeur qui bat enfin.

De son promontoire, elle dominait la plaine. Savait son garçon en sécurité dans la grande maison loin derrière elle, perdue dans la nuit.

Elle inspira. Elle expira. L’air qui entrait était frais. L’air qu’exhalait sa bouche était chaud. Mit sa main sur son petit ventre. Elle respira une deuxième fois. Entendit un cheval hennir au loin. Se rappela ses mots. Des mots de paix. Des mots d’amour avant le départ. Ses mots à lui.

Le vent bousculait ses cheveux. Elle y trouva mieux qu’une poésie. Un poème d’amour. Elle n’avait jamais été si pleine. Si pleine d’elle. Si pleine d’amour. Si pleine de joie. Si pleine de mots.

Son petit garçon qui dormait, au loin, sage comme un enfant apaisé.

Sa vie qui défilait loin, derrière ces sacs de wagons entiers qui couraient la nuit.

Ce vent qui venait tout changer, tout arranger, tout chambouler.

Et son ventre qui battait la chamade, rompu par tant de bonheurs diffus.

Elle revit en songe, son rire à lui, éclaboussant, ses dents si blanches, ses dents de carnassier, d’amoureux de la vie, et une joie subtile, plus subtile que tantôt la prit.

Soudain, le vent se leva, la gifla, sembla la gifler. Elle fut sonnée.

Reprit ses esprits.

Et elle rit alors, mais d’un rire grisé, d’un rire de folle, d’un rire tout décousu qui rappela son rire à lui. Là, tous deux dans la brise.

Soudain face à face. Un bécot assourdissant.

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