Pour Sama – le coup de cœur de Pierre Thevenin

Un film réalisé par Waad al-Kateab et Edward Watts avec Waad al-Kateab, Hamza Al-Khateab.

Comment rendre compte d’un film sur l’horrible bataille d’Alep (2012-2016) ? Je vais essayer de le faire sans larmoiements (ce n’est ni le lieu ni le moment) mais sans occulter le déchirement qui sous-tend constamment ce récit (avec, çà et là, des intermèdes de bonheur, assez brefs mais d’autant plus forts). On aimerait que ce soit de la fiction. Hélas !

Waada, la journaliste, maman de la petite Sama, enfant de la guerre, avait entamé des études d’économie (elle était en 4° année) mais Bachar et ses alliés russes en ont décidé autrement. Soit dit entre parenthèses (et même sans parenthèses), je ne pourrai plus voir un film où joue Depardieu, cette pauvre ordure qui s’affiche fièrement avec son alter ego Poutine, juste pour nous faire la nique (je n’ai pas le cœur à utiliser mes surnoms habituels). Rien à voir avec la démarche bêtement féministe d’Alice Coffin qui refuse systématiquement de lire un livre écrit ou de voir un film tourné par un homme. Là, je ne mets pas tous les mecs dans le même sac. J’en vise un seul et j’espère bien que son surpoids combiné à l’alcool (il ne faut pas compter sur le remords) l’achèvera un de ces quatre matins. Le pire est que ses funérailles risquent d’être nationales.

Bachar aurait-il tenu sans le concours des Russes ? Pas sûr et si Poutine le soutient, c’est pour des raisons géostratégiques que les invités de « C dans l’air » vous expliqueraient beaucoup mieux que moi.

Bref, venons-en à notre sujet. Ni fiction, donc, ni documentaire mais un témoignage terrible qui rappelle celui du Juif Martin Gray dans « Au nom de tous les miens », paru en 1983.

On voit les mêmes images au début et à la fin : Waada, la mère, Hamza, son époux qui jouent avec la petite Sama, née sous les bombes et qui a survécu envers et contre tous les assauts, toutes les pluies de missiles.

Hamza est jeune médecin, il reste à Alep tandis que sa compagne précédente a fui les combats. L’une des plus belles scènes est celle de son mariage avec Waada, une parenthèse lumineuse et festive. Et puis la césarienne effectuée sur une autre femme enceinte de neuf mois et touchée par des bombes : l’enfant survit grâce à un massage cardiaque et la mère aussi. Une magnifique victoire sur l’horreur du quotidien.

La famille rend visite au grand-père malade vivant en Turquie. Elle pouvait aussi bien ne pas revenir mais c’eût été une désertion inenvisageable, l’un se devant de soigner, l’autre de filmer et la petite Sama devant à son insu affirmer que Bachar et Poutine ne peuvent pas tout contre l’appétit de vivre. Du reste, le retour est difficile : il n’y a plus qu’un seul accès à Alep. Les collègues font fête au trio et surtout à Sama qui est comme la petite fille de tout l’hôpital. Un établissement que Hamza a mis en place après la destruction par les bombes de celui qu’il dirigeait auparavant.

Il y a, bien sûr, des scènes terribles avec des cadavres, souvent horriblement mutilés, sanguinolents, jonchant le sol. Mais aucun voyeurisme. Il s’agit seulement de montrer la terrible réalité du siège. La faim, le froid, la ville en ruine. Certains tentent de se rendre auprès des assaillants. C’est dire la profondeur de leur découragement. Beaucoup d’entre eux, malheureusement, sont tués.

Waada dit à sa fille qu’elle ne pleure pas comme le fait d’ordinaire un bébé. Lors d’ un moment de découragement, elle dit même regretter de lui avoir donné le jour.

Quelquefois, l’humour s’invite dans ces scènes d’horreur : une de leurs amies, mère de trois enfants raconte une blague : un homme sent un liquide couler dans son dos : du thé ? Du café? Non, le pipi de leur fille. C’est la même que l’on verra exprimer son bonheur parce que son époux lui apporte un fruit, un kaki, dont elle rêvait.

Là, je pense à Desproges pour qui le summum du burlesque, c’était un détenu d’Auschwitz qui, à l’instant de pénétrer dans une chambre à gaz, aurait éclaté de rire parce que son pantalon lui tombait sur les pieds .

L’espoir aussi : le fils de l’amie susmentionnée déclare vouloir devenir architecte pour reconstruire Alep.

Et le jeu : un autre gosse monte dans un bus complètement dévasté, s’assoit au volant et joue à conduire.

Hamza, Waada et Sama sont finalement exfiltrés grâce à l’ONU puisqu’il n’y a plus rien à faire dans ce champ de ruines qu’est devenue leur ville. Waada ne s’en va pas sans un pincement au cœur. Quitter ce monde où elle a été heureuse, avant, malgré tout !

Jusqu’au dernier moment, celui de passer la frontière, ils ont peur. Le visage de Hamza est connu parce qu’il est apparu souvent à la télé. Tant qu’ils ne sont pas « de l’autre côté », tout peut arriver. Et puis, c’est la délivrance. Signalons que Waada est à nouveau enceinte, ce qui prouve que Hamza et elle n’ont pas renoncé à mener, au moins de loin en loin, une existence normale.

Et c’est parti pour le grand remplacement !

Ces gens sont-ils des héros ? Assurément mais il ont eu également de la chance. Ils n’ont pas été blessés, leur maison est restée debout. Donc courage et heureux hasard. Pour reprendre le parallèle avec Martin Gray, ce dernier s’est enfui de Treblinka en se cachant dans le tas de merde d’un WC tandis qu’un SS y faisait ses besoins sans se douter de rien.

La baraka, certes, mais aussi l’énergie de survivre !

En tout cas, on ne ressort pas indemne de cette plongée dans l’horreur ordinaire. Ordinaire pour qui ?

Vous pouvez voir le film ici :

https://www.arte.tv/fr/videos/095139-000-A/pour-sama/

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