Pascal Depresle – Des osselets au dessert ( extrait ) un polar à lire de toute urgence

Après nous avoir régalé avec ses recueils poétiques, ses textes autobiographiques, après avoir trop trainé sous la pluie et s’etre brulé au soleil, Pascal nous régale avec ce polar aux dialogues savoureux aux personnages loufoques mais attendrissants… je vous laisse en découvrir un petit extrait.

— Putain j’ai faim ! Et sommeil. Et besoin de prendre une douche ! avait lancé Élisa réveillée, même à moitié. On vient de traverser l’espace-temps, dis, c’est bien ça ? Là, on est dans le no man’s land du monde ? En pleine nuit avec rien autour ? Faut que je téléphone à ma fille, s’il y a du réseau sur la Lune. Putain, on est où Blondel ?
— On est arrivés.
— C’est pas trop tôt ! Si je te disais…
— Tu as sommeil, faim et besoin de prendre une douche ?
— Bordel ! j’ai dormi. Je ne me souviens jamais de ce que je dis quand je me réveille. J’ai dormi, c’est bien ça ?
— Oui, dormi. Et ronflé.
— Ça, ça m’étonnerait. Je ne ronfle pas.
— C’est ce que tu crois. Parce que tu n’as personne à côté pour t’en parler. Et puis, de toi, à moi, c’est léger. Je ronfle aussi, tu sais.
— Ah ? Purée, si on dort ensemble, ça va être coton.
— Ce n’est pas au programme Marx. Allez, on déhotte ?
— On quoi ?
— On déhotte. On y va, quoi.
— C’est du patois de chez toi ?
— Aucune idée. Je l’ai toujours entendu. Pourquoi pas ?
— Et tu m’emmènes où, bel inconnu ? C’est un enlèvement ?
— On se pose à l’hôtel, on prend une douche rapido et on va manger, ça te va comme programme ?
— Banco !
Sur le quai de la gare, tout était réuni pour donner une impression merveilleuse à ma coéquipière. Froid, brouillard, un vrai film noir. Un homme de forte corpulence nous interpella.
— Êtes-vous les capitaines Marx et Blondel ?
— Oui !
— Tenez, je suis chargé de vous remettre les clés d’une voiture. Elle est garée juste à la sortie. J’ai aussi cette enveloppe. Bon séjour à Montluçon.
— Merci ! Avions-nous répondu en cœur. Puis nous avions eu en même temps ce rire idiot des gens conscients de la vacuité de ce qu’ils viennent de répondre.
— En voiture mademoiselle Élisa ! Tu permets que je t’appelle mademoiselle ?
— Blondel, tais-toi et roule.
— Faut déjà trouver la bagnole.
— Tiens, regarde la 508 qui répond au signal de son maître.
— Et ton coffre, tu l’ouvres au chalumeau ? Il est où le bouton ?
— Appuie sur le 0 du 508.
— Putain, tu connais ça, toi ? C’est vrai que tu es un mec.
— Oui, j’ai la même.
— Bourgeois de flic. Quand je vais raconter ça à ma gamine, elle ne va pas me croire.
— Marx, faut sortir un peu.
— Ouais, ben en attendant, j’ai envie de rentrer. Alors, fouette, cocher. C’est vrai que tu dois sentir aussi un peu avec le voyage, non ? Avoue que tu colles !
— Qu’est-ce que ça peut te foutre ?
— Rien, c’est juste pour me sentir moins seule.
— Direction la douche, belle brune, si la clim est trop forte tu peux la bouger.
— Où ça ?
— Là, à ta main gauche.
— Là où c’est écrit 18,5 ? Ah non, je n’y touche pas. 18,5, c’est bien. Oui, c’est bien…
— Qu’est-ce que tu racontes ?
— T’occupe. Roule, je t’expliquerai. Mais t’aurais pu me prévenir qu’on rentrait chez Simenon, vu l’ambiance. Si ça se trouve, ton macchabée, il est mort d’avoir ouvert les yeux sur le quai de cette gare, et il est allé mourir où il a pu. C’est le hasard, dans la série noire, t’en as plein comme ça, on sait pas d’où ils sortent, puis on n’en entend plus jamais parler. Ça serait pas mal comme conclusion, tu crois pas ? Et demain, on rentre.

Des osselets au dessert

12,99 €

Voici donc un savoureux hommage à San Antonio et à son auteur Frédéric DARD. Grâce à un duo improbable, Marx et Blondel, Pascal DEPRESLE nous invite à bord d’un train pas comme les autres, renouant sans complexe avec l’esprit des romans de gare. À peine sur le quai et déjà les personnages nous bousculent. L’ambiance est là, ça chahute, ça se presse. Au coup de sifflet, on embarque dans cette histoire délirante et on prend rapidement place sur une banquette libre, bien assis, dans le sens de la marche. Les lignes filent avec le paysage. L’humour grince comme les essieux. On est brinquebalé et on aime ça !Ici, le contrôleur à la bonhomie de Bérurier. Il vous poinçonne d’un sourire complice, votre ticket pour une direction inconnue.« Qu’importe la destination, c’est le voyage le plus important ! »Et quel voyage ! Un récit qui serpente dans notre esprit et se lit le temps d’un trajet. Un voyage dans le voyage. Un roman qui vous égare avec bonheur sur les rails inattendus de rencontres impossibles.

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