Almanach Vermot 1921 – LES VICTIMES DE ROSSIGNOL ( AOÛT 1914 )

Le 26 août 1914, en gare d’Arlon, les soldats du duc de Wurtemberg, furieux des pertes que leur avait infligées notre infanterie coloniale, fusillèrent cent dix-sept civils du village de Rossignol ( Belgique ).

Les voici revenus chez eux, ces héros martyrs.

C’est le 19 juillet dernier qu’ils ont refait, du lieu de leur supplice à leur village natal, le chemin qu’ils avaient parcouru six ans auparavant. Ils ont repris leur sommeil éternel, un instant interrompu. Ils l’ont refait ce chemin, suivis par le roi Albert ; et le roi, en ces heures solennelles, c’était la Belgique tout entière. Leurs funérailles furent d’une beauté suprêmement émouvante.PUBLICITÉ

La veille au soir, le cortège partit d’Arlon. Dans la nuit commençante, la route rafraîchie par la pluie était déjà ténébreuse sous l’ombre des arbres. Elle était bordée de jeunes sapins et de frênes dont le tronc était enserré de feuillage clair et de fleurs vives. Elle était jalonnée d’arcs de triomphe, drapés de toiles blanches et noires sur lesquelles des fleurs encore avaient été piquées. Ils étaient dédiés à ceux qui passaient enfermés dans leurs cercueils :  » Honneur aux glorieux martyrs ! Que la terre leur soit légère ! N’oublions jamais nos morts !

Des écriteaux attachés aux arbres portaient en lettres d’or les noms des morts. Des gens arrêtés au bord de la route regardaient passer le cortège funèbre. Les hommes se découvraient, les femmes se signaient, les enfants s’agenouillaient.

A Etalle, à mi-chemin du calvaire, le cortège s’arrêta. Les cercueils, au nombre de cent-dix-sept furent déposés dans l’église où ils demeurèrent jusqu’au matin.

ET ce fut de nouveau la lente procession de la veille, au rythme las des musiques militaires, sous les appels étouffés des clairons, la lente procession d’un peuple silencieux, recueilli et ému jusqu’à la douleur. Elle se déroulait sous un ciel magnifique d’un azur limpide et somptueux, sous un soleil caressant et très doux. Un vent léger faisait frémir les jeunes arbres, dont les palmes se balançaient et s’abaissaient comme pour saluer les morts au passage. Les routes s’emplissaient de monde, d’une foule de gens accourus de toutes parts, de camions, d’autos, de charrettes chargées de femmes et d’enfants et couverts de drapeaux et de fleurs… Mais le silence, toujours le silence, la pitié et la tristesse partout.

Ainsi l’on arrive à Rossignol, terme du voyage. A l’entrée du village, le bourgmestre attendait et près de lui se groupèrent, statues vivantes, de la douleur, les parents des martyrs.

Alors s’avança le commissaire du gouvernement royal, M.José :

 » Je vous remets vos morts, monsieur le bourgmestre. Gardez ce trésor précieux. Ce sont nos morts aussi, les morts de la Belgique et de la France. Le monument que vous allez leur élever sera le symbole de nos souffrances et de notre foi en la patrie immortelle « .

Le bourgmestre voulut remercier. Des mots tremblèrent sur ses lèvres et il pleura. Et, à ses côtés, les veuves et les orphelins éclatèrent en sanglots. Dans d’autres yeux aussi il y avait des larmes.

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