L’enfant invisible – Chapitre 7 – de Catherine Balaÿ

L'enfant invisible
Illustration: Cham

Dans l’îlot. Léa a rangé le contenu de ses deux sacs de voyage chez Yann.

Comment donner sa vie à un autre être, après avoir déjà aimé une fois ?

Un corps, ça s’habite petit à petit.

Après la poussée de fièvre de la création, le sanglot lointain d’une presque-mère qui meurt, le déchirement dans la nuit dû au plaisir insensé de s’être touchée. Après tout ça, oui, se battre avec le ménage.

La main de Yann sur sa main, les deux sur son ventre, la main de Yann l’aidant à s’endormir.

Aimer à perdre la raison…

Et puis, Yann absent. Et, ma foi, en prendre son parti. Prendre un bain. Se faire un petit plat réconfortant (des vermicelles). Se créer un nid, son propre nid, dans la caverne de Yann, son appart où ils sont un et demi. Où elle devient une, entière, malgré l’absence de Yann. Ce jour.

Désormais, elle parvient à fermer les portes entre eux, la porte de la chambre. Celle de la salle à manger.

Elle n’a plus peur de l’absence. De le perdre. Il est son chéri. Il habite son cœur et son esprit.

Il existe.

Peut-être Léa n’a plus vraiment le corps en pointillés.

Mais, a priori, elle ne se sent pas de devenir maman pour autant.

« Tu ferais une bonne maman » lui a dit la veille sa meilleure amie, Laure. C’est passé par une oreille et c’est sorti par l’autre. Elle a dit merci comme pour s’excuser, comme pour demander pardon face à un tel compliment.

Léa ne sait pas ce qui foire chez elle. Ce qui l’empêche d’être maman.

L’écriture est là. L’écriture fut là. L’écriture est là, comme une seconde peau. Réceptacle de toutes ses angoisses.

L’écriture remplace l’absence de Yann dans ce dialogue de l’intime.

L’écriture reçoit la colère, la révolte de Léa.

De ce désir d’enfant qui s’avorte.

J’ai envie mais je m’en sens incapable.

Plouf !

Jamais. L’enfant n’a jamais vraiment existé.

Une continuation d’elle-même qu’elle fuit complètement.

Léa écoute la voix de la chanteuse qui la serre dans ses bras.

Exister en l’absence de Yann. Être bien dans ce lieu-à-deux. Seule.

Réécrire.

Le soleil tape dehors.

Léa se dit que c’est déjà difficile d’être à deux, et de s’aimer fort, de se donner. De se donner, oui, de ta main sur ma main abandonnée.

Écrire en dehors de toi(t).

Travailler en dehors de toi.

Retrouver son instinct. Différenciée de toi.

Folle transformation. Folie contenue.

Écrire sa vie en t’ayant intégré. Écrire ma vie en t’ayant à l’intérieur de moi. Toi.

Je savoure la vie avec toi.

Je me prends à savourer aussi la vie sans toi. Mon petit moment de tranquillité.

Je reconnais ces murs. Je m’y sens bien.

Tu m’as dit vouloir acheter un appart plus grand pour nous deux. Je ne l’ai pas cru sur le moment.

Cet engagement. De ta part.

Je respire. Je suis loin de toi mais je respire.

Je vois les arbres, balancés par le vent.

Je sens ce soleil qui palpite au-dehors.

Pour vivre bien seule, il faut être bien à deux.

Il faut accepter la respiration de l’autre – toi – soutenant la mienne. Accepter de m’asseoir contre toi et faire partie d’un même ensemble.

Ne plus avoir peur de cette proximité-là.

L’accepter. Te donner une fleur dans ma vie.

Et vivre de concert.

Je t’ai intégré au fond de moi. Je n’ai plus peur que tu me quittes, pour un matin, pour un après-midi ou une semaine. Tu y es au fond de moi. Je t’aime.

Garder ce moment. Puiser dedans.

Oui. Tu existes pour moi. Mon chéri.

Je suis contente de vivre sans toi aussi, mon chéri.

Et je suis contente de pouvoir le ressentir, en l’écrivant.

Cela fixe les choses. Leur donne une consistance. Une existence. Je t’aime.

Mais, ne tarde pas, mon chéri. Déjà je sombre. Tu me manques, c’est horrible.

Et je suis contente d’accepter de ressentir ça. Cet effondrement. De pouvoir le dire, le ressentir, l’écrire.

J’ai peur quand tu te sépares de moi. Et de le reconnaître m’aide, m’aura aidée à accueillir mes émotions. De pouvoir être un individu. À part entière.

Léa écoute la chanteuse dans le poste. Elle se prend à rêver. À laisser son esprit divaguer. Loin de la pression de toujours bien faire.

« Quatre consonnes et trois voyelles, c’est le prénom de Raphaël. Je le murmure à son oreille, ça le fait rire comme un soleil. »

L’arbre au dehors, accueille le soleil. Ses feuilles illuminent, étincellent.

Vivre la tristesse loin de son chéri.

Être seule et le savoir.


S’être réconciliée avec ma mère.

Pouvoir enfin commencer à dessiner ses traits. À sa mère. Elle est si fragile en elle. Si fragile sa mère.

Il aura fallu la vivre, cette douleur, du rejet.

Sa mère, à Léa, a saisi ses yeux bleus.

Suite au rejet de Léa, elle l’a regardée, enfin.

Petite mère devient plus consistante. Plus réelle. Presque réelle. Presque englobante. Presque mère.

Comme Léa ce jour.

Boire du café. Et laisser la musique s’écouler. Et exister, toujours.

T’aimer encore.

C’est marrant, quand tu aimes c’est comme si tu entrais dans un tunnel ; un tunnel qui te transporte, qui te porte. Dont tu ne peux plus te passer.

Puis, le tunnel devient plus transparent.

Et tu le vois. Dans un tunnel transparent.

Pas loin de toi. Lui. Yann.

Ranger.

Retrouver son T1 dans le T2 de Yann. Comme un goût que tu retrouves, le goût délicieux du thé qui parcourt ton œsophage. Malheur ! Elle aime ! Elle peut être deux.

Comme un espace en elle qui se crée.

Un halo, un îlot de paix. De ressourcement.

Elle pense à son amie Laure qu’elle a connu à la faculté de médecine, qui lui manque un peu, mais pas trop. Elle ne voit plus l’intérêt de cette relation. Fusionnelle.

Le mot est lâché.

Elle rêve de mariage.

Les branches d’arbre bougent, secouées par la brise. Tout bouge et tout est lié.

Tout est un brouillon. Mais être un brouillon, c’est déjà exister.

Laisser ses doigts se dessiner un espace clos.

Libre. Fermé. Paisible. Et laisser ses doigts lui dessiner une paix réconfortante.

Se quitter un peu.

Ça fait du bien de se retrouver. Dans l’écriture.

De retrouver sa trace.

***

Écrire. Sur quoi. Sur la vie. Qui passe et roule et qui vous rend peureux. Peureux. Peureux. Heureux. Heureux ? Et c’est le temps qui court, court. Qui vous rend peureux.

Peur. A tenir. Peur de l’enfant à venir. Finir et puis c’est comme ça. Drame en trois actes. Privilège au Roi.

Acte Un:

– « Peur. J’ai peur et je me sens incapable, vide pour ça » – parole du Roi.

Acte Deux:

Léa crie, Léa surnage, Léa hurle, Léa nage. Elle se noie. POUR-QUOI ? crie-t-elle.

Un vide intense ruine l’ensemble. Un vide qui pourrait tuer les pyramides, mettre à bas les plus beaux monuments, étouffer le Prince dans son sang… ou la Princesse.

Le Roi appuie sur son abdomen. Il bulle. Doucement il murmure:

– « Je me sens incapable d’avoir un enfant, Léa. »

Léa rougit, Léa rugit.

– « Mais pourquoi? POUR-QUOI ? »

– « Parce que je n’aurai rien à lui transmettre. Je n’ai rien à donner. »

Et le Roi ouvre ses mains vides, pauvres, comme des corolles.

– « Je suis tremblant, tremblant d’effroi, tremblant d’émois. »

– « C’est un « non » irrémédiable ? » demande Léa.

– « Non. » répond-il.

Drame en trois actes. Troisième Acte.

– « Et toi ? » demande Yann à Léa.

Léa se sent prise de court.

– « Moi ? » demande-t-elle.

– « Oui. Toi. Parce que c’est bien beau, on parle de moi. Mais je me sens comme coincé sur un pilori. Oui, et toi ? »

– « Moi, j’ai la peur en bandoulière, j’ai le cœur qui castagne. J’ai le corps en pointillés. »

– « Donc tu ne veux pas d’enfant ? »

– « J’en ai envie mais je m’en sens incapable. Pourtant… »

Et Léa soupire. Et dans ce soupir, on sent tous les étés des pays chauds, tous les étés indiens, tous les flocons des montagnes ensoleillées, tous les alizés du soir, toutes les pluies bordant le Nil. Tous les envers à l’endroit. Et tous les endroits à l’envers. Tous les retournements possibles. Tous les coups de théâtre d’un auteur besogneux.

Toutes les vies en une. Toute la nuit dans un regard, dans un baiser, dans un serrement de mains.

La nuit qui recouvre la colline enneigée du Sud de l’Égypte. Le soleil qui se dresse dans un hiver inuit.

Léa se rapproche comme un chat. Comme un chat elle se pelotonne dans les bras de son homme.

Yann caresse ses cheveux avec beaucoup de délicatesse.

Léa se retourne. Léa miaule déjà. Câlin câlinou. Il n’y a rien à dire. À ajouter. Elle est si bien auprès de Yann. Elle n’est bien qu’auprès de lui. Dans son cœur, tout contre, qui bat la chamade, déjà.

Léa frotte sa petite tête sur le torse de son Roi. Elle se câline-câlinou.

Yann, assis sur le canapé, l’accueille tout contre lui, contre son ventre rebondi. Un soupir. Un deuxième. C’est la vie. Qui continue. La vie qui roule et qui vous rend heureux. Peureux? Heureux. Peureux? Heureux. Yann entoure Léa de ses bras doux. Doucement. C’est la pluie après le soleil tapant, le soleil trop fort. C’est l’averse après le souffreteux temps d’été qui assèche. C’est l’accalmie après la tempête. La brise après l’hiver. Le vent frais après le cagnard.

C’est la vie. Elle palpite.

Léa pose sa main gauche sur son ventre et s’endort là où elle s’endort le mieux. Tout contre le ventre de Yann. Son Roi. Roulis des vagues. La vie peut être une sacrée princesse, parfois.

*

Maman

Qu’est-ce qu’être maman.

Être maman, c’est relever son fils qui tombe.

Être maman, c’est se lever tôt pour son enfant.

Être maman, c’est lui mettre des limites

pour aussi limiter ses angoisses.

Être maman, c’est arriver à l’heure à la fin de l’école.

Être maman, c’est dessiner avec lui.

Être maman c’est lui redonner le sourire quand

il le perd et partager le sien pour qu’il le garde.

Être maman, c’est se lever la nuit pour apaiser

ses angoisses, le nourrir à satiété, l’écouter à foison.

Être maman, c’est panser ses bobos.

Être maman, c’est le dorloter.

Être maman c’est faire semblant de croire qu’il

a mal au ventre pour mieux le cajoler.

*

Je me pose et je m’assois. J’écoute la personne et je m’assois. J’écoute. Je savoure. Je suis en pause. J’écoute la personne et je m’assois. Je broge. J’anticipe. Je me demande. Suis-je bien à ma place? Bien? Ai-je eu raison? Bien?

J’écoute, je me pose et je m’assois. Je broge. J’anticipe. J’écris.

Je me soulage. J’écoute. J’anticipe et je m’assois.

Je sors des mots. J’écoute et je me rendors.

Je broge, j’anticipe et je m’assois. Café. Du café. Je bois du café. Pour broger. Seule au chaud. Pour anticiper. Pour participer. Je donne.

J’ose donner. Je crois donner. Je fais semblant. Je m’apeur. Je m’apauvre. Je m’appetisse. Je m’appesantis.

Je je je je je je je je je je je je je je je je je je je je je je je je je je je je je

À l’infini, le je. Sans sens le je. Sans discontinuer.

Je souffre. J’aboie. Je mange ma grammaire. Je suis aux abois. Je goûte. Je tente. J’explore. Je m’expose. Et j’explose.

Je dis des mots, des mots de moi.

Moi, Moi, Moi. Tout ça. Tout ça. Et ça part et ça rentre et ça reste.

Ce trop-plein de moi. Je suis une fille qui s’expose en disant je, moi. Qui espère atteindre un toi.

Je suis dans ma bulle. Je suis sous mon toit. Je me demande là qui soupire, tout au fond de moi.

Et moi, je rougis. D’être juste ça. Ce bout de chair qui tourne, qui tourne en rond sur soi. Je ne sais pas qui dire. Si c’est moche ou si c’est toi.

J’expire une routine qui s’assoit et je l’aboie.

J’expire ma grammaire. La grammaire me pousse à oser « toi ».

J’expose une grammaire qui m’enveloppe et me sert dans ses bras. J’oublie la grammaire et je plonge dans tes bras.

Grammaire ou grand-mère, c’est un choix.

Je retire ma grammaire et je me repose. Là.

Sous un chêne ou bien est-ce un peuplier, je sors mes tripes mais on n’y est pas. La vie ne se balade pas dans l’estomac, dans l’estomac.

Alors on ose un « je » timide, un qui ne se savait pas.

Alors j’ose dire : je conduis mais je ne sais pas où je « va ».

Conductrice équipée de lunettes de soleil. La nuit dans le bus. Au fond du car des gosses prient.

Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi?

Au fond du bus, ils soupirent mais je ne les entends presque pas.

Nier. Nier la solitude. Et repousser.

À bas les autres. À bas la vie. Je rassemble tous les « à bas ». J’en fais un tas de fumier, présent au fond, présent dans mon chez-moi. Et je le cultive, ce fumier, pour évacuer tous les « pourquoi ».

Pourquoi d’un enfant fatigué. Qui me désire mais que je ne peux pas.

Couloir d’un enfant fatigué au fond d’un tiroir, au fond d’un roi. Qui ose des figures inspirées pour redonner goût à la loi.

Dans un enfant fatigué, comme je me vois, je me perçois.

Enfant aux tympans saturés. Ainsi de toute éternité, il n’est pas ne perçoit pas les moues les regards la vérité. Il est l’inverse de l’éternel. Il est un manque qui ne parle pas.

Je parle. Je m’assois. Je broge tout en moi. Je te dis tu, tue, tue-le.

Je parle. Je savoure mon café. Je suis en pause. Je te dis tu, tue, tue-le.

Je broge, je récite, je patois. Je grand-mère et gueule de bois.

Je te dis Tu. Tu es mon roi.

Tu. Je te dis Tu. Fais un effort. Mange la mort.

Je te dis tu. Tue-le au fond de toi. Ce bébé même pas né. Ce problème. Ce pas le choix.

Je broge et je récite à toi. « Pourquoi? »

La grammaire me répond: « Pourquoi pas? » « Pourquoi pas toi? »

Ma grammaire me surprend. Elle me dit « Toi ».

*

Mère? Réponds-tu? Où es-tu? Tu es partie? Tu fuis? Mère? Je suis seule désormais. Sans toi à mes côtés. Mère? Réponds-tu? Où es-tu? Tu es partie? Tu fuis? Mère? Je suis seule désormais. Sans toi à mes côtés. Mère? Réponds-tu? Où es-tu? Tu es partie? Tu fuis? Mère? Je suis seule désormais. Sans toit à mes côtés. Mère? Je suis seule désormais. Sans toit à mes côtés. Mère. Réponds-tu? Ou es-tu? Tu es partie? Tu fuis? Mère? Je suis seule désormais. Sans tu à mes côtés.

Mère? Où es-tu? Pourquoi ne réponds-tu pas? Pourquoi me fuis-tu? Je suis seule et nue désormais. Sans toi à mes côtés. Mère? Que fais-tu? Où es-tu? Pourquoi es-tu partie? Sans moi à tes côtés? Mère, pourquoi me fuis-tu? Tu es partie. Je suis à nu.

Mère? Pourquoi « mère »? Une mère n’abandonne pas son enfant. Mère? Pourquoi, mère? Pourquoi es-tu partie? Je t’attends à côté. C’est la chanson de la mal-aimée.

Mère? Que fais-tu? J’attends. Mère. J’attends. Pourquoi ne m’aimes-tu plus? Qu’ai-je fait? Qu’ai-je donc raté? Mère. Reste. Là. Tu vois je suis douce. Je suis gentille. Je te souris. Tu me souris mais ça n’y est pas. Mère, pourquoi n’es-tu pas là?

« Espère ».

Espérer que tu reviendras. Tu verras, je deviendrai gentille. Mais ne tarde pas trop, mère. « Espère ».

J’essaie d’aimer les gens. Vraiment. De m’attacher à d’autres que toi. D’aimer ailleurs. Vraiment. Je n’y arrive pas.

J’ai l’impression d’un pis-aller. D’un faute de mieux. D’un à propos.

J’ai l’impression d’une déroute sur ma route.

J’ai l’impression d’avoir péché.

Mère? Pourquoi m’abandonnes-tu? L’autre est viril. Il est sanguin. Tu tapotes sur lui des notes de musique qui te font danser. Qui te font chanter.

Mère? Pourquoi ne me vois-tu pas? Pourquoi ne me crois-tu pas? Mère, espérer en quoi? En toi? Mais tu ne me connais pas. En nous? Bateau en naufrage, solide paysage, soleil mis à nu.

Mère, je te croyais forte, je me vois fragile. Nue devant tes yeux qui s’enterrent un peu.

Mère je te veux argile pour danser sur ta Terre. Pour danser un peu. Sur le cadavre de tes sourires. Sur l’asphalte de tes soupirs. Mère, dansons un peu.

Je ne te connais pas. Je ne te sais pas. J’envisage un peu ce que tu veux de nous deux.

Mère? Réponds-tu? Où es-tu? Tu es partie? Tu fuis? Mère? Je suis seule désormais. Sans toi à mes côtés. Je chavire sur le côté. Mère, y es-tu? La foi à tes côtés. « Espère ». Un jour, elle te regardera à nouveau. « Espère ». Ma vie à mes côtés. Et combler ce putain de vide crissant. Croissant. Qui s’agrandit. Combler ce vide, bordel, où se bousculent des « Pourquoi? » « Où es-tu? » « Je suis là et toi? » « Pourquoi ne me réponds-tu pas? »

Je suis seule et j’espère. Qu’elle saura lever les yeux vers moi. Sur moi.

Je suis seule. Étrangement seule. Je suis repoussante. J’ai repoussé ma mère. Par des pensées magiques dont je ne saurais retrouver le secret. J’ai dit « au-revoir » « adieu », à l’encre de mes yeux. Mon regard se perd. Je n’ai plus d’espoir.

Je brandis une arme. « Espère ». Je l’énerve à me montrer comme ça. À brandir l’arme, à faire le soldat. Je sors ma plus jolie robe. Elle me regarde à peine et retourne à sa vaisselle. Je sors mon plus beau collier, celui qui pare de mille feux. Elle m’épouvante sur cette Terre. Elle me désespère. Trou noir. Désespoir. Partir de son regard. Peut-être me verra-t-elle mieux. D’une vue plus ajustée.

Mais je pars et quand je reviens elle n’est pas là. Elle ne me voit pas. Elle ne m’attend pas.

Comment la toucher, bon sang? Comment apprivoiser son cœur triste, son cœur de glace, son cœur fini.

Alors je sors ma plus belle tenue. J’attends un sourire en échange. Je rends mon plus beau devoir. J’écris une poésie où se bousculent des tonnes de « aime ».

Je sors mon sourire de circonstance.

Et puis j’espère. Mais je me rétracte. Ou pas. Mes yeux, ma bouche, mon corps entier lui disent: « Je ne t’aime pas. »

L’enfant invisible – Chapitre 6

L’enfant invisible – Chapitre 8

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