Le cinéma de Philippe Guillaume : Le Fantôme de Barbe Noire de Robert STEVENSON 1967

Au cinéma, les fantômes, qu’on traverse ou non, le pont de  » Nosferatu  » , sont toujours venus à notre rencontre. La salle obscure a partie liée avec  l’au-delà quand  sur l’écran apparaissent telles qu’en elles-mêmes Vilma Banky, Greta Garbo, Gloria Swanson dont les corps splendides sont depuis longtemps tombés en poussière, bouffés par les asticots.P

Mon goût pour les histoires de fantômes et de pirates nourrit un penchant coupable pour  » Le Fantôme de Barbe Noire, « petit film de l’écurie Disney avec tout ce que cela suppose de niaiserie et de prudence pudibonde.

Certes, les effets spéciaux ne valent pas ceux de  » Pirates des Caraïbes  » mais, si transparences et toiles peintes sautent aux yeux, on se dit avec un peu d’imagination que générique et incipit nous replongent dans l’ambiance du  » Moonfleet  » de Fritz LANG.

Le héros, sympathique entraîneur de l’équipe du collège de Godolfin, hésite devant un panneau indicateur tout comme le petit John Mohune. Aussi fatigué que David Vincent, il ne trouve pour gîte, dans cette localité d’un autre âge, qu’une auberge constituée d’épaves de navires pirates. Le voilà au milieu d’une vente de charité, intrigué  comme  Ray Milland dans  » Espions sur la Tamise  » ( un autre film de Lang ), des teenagers pompom girls y vendent un baiser à un dollar et un super palot à 5..! ( Quelle audace oncle Walt ! ! ).

Enjeux et protagonistes entrent en scène : les descendantes de Teach qui comptent sur la vente pour lever leur hypothèque, les gangsters lourdauds désireux d’installer un mini Las Vegas, la jolie prof..etc…

Une formule incantatoire imprudemment scandée va faire resurgir Edward Teach, sabre d’abordage et pistolets à la ceinture sous les traits du prodigieux Peter Ustinov et décliner, une fois encore, le bon vieux thème qui fera le succès des  » Visiteurs « , à savoir l’irruption de la truculence et de la verve libertaire dans la médiocre et triste vie moderne. La faconde rabelaisienne et la tonique roublardise de Teach vont désormais se mettre au service de l’entraîneur et de son anémique équipe de têtes d’œuf en vue de les faire triompher et de ridiculiser les premiers prix de gymnastique.                          

Dommage que le goût du sirop Disney dissipe celui du rhum car Ustinov, ex-Néron et futur Poirot, avait tout pour faire un Teach pareil à celui campé par Robert Newton dans le film de Raoul Walsh.

Jouisseur du grand large, grand adepte de  » la vie inimitable « , déchaînant l’agressivité sensuelle d’une Linda Darnell, liée, tous poumons  gonflés, au mât d’artimon, et réduite à arbitrer les étripages et les ripailles des boucaniers. On se souvient de ce frère de Falstaff enterré jusqu’au cou, noyé par la marée montante.

Une fin proche de la vraie car le corps d’Edward Teach, blessé 25 fois et décapité, fit deux fois le tour du bateau à la nage avant de sombrer !!

 Un maître de cérémonie et un compagnon idéal pour cette nuit de libations qui ,tout en marquant la fin de l’été, nous relie aux trépassés.

 Philippe Guillaume

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