Pierre ANTOINE – le coup de coeur musical de Pierre Thevenin

Publié par

BROUILLON

Les instants

Rien d’autre

Explosion

La vie est douce

Brouillon

Vent d’Ouest

Albert

Lettre aux absents

Chanteur

Frangine

Le cœur sur un tour

Les rois perchés

Je vais avoir deux difficultés pour rédiger ce coup de cœur : ne pas accumuler les superlatifs et choisir des extraits pour l’illustrer. En effet, c’est du grand, du très grand art et je pourrais citer les textes in extenso.

On m’a moqué chanteur pour vieux

Valsant des textes compliqués

J’ai bien essayé d’être de ceux

Qui braillent pour pas ne pas dire grand-chose (de qui veut-il parler?)

J’ai même tenté d’être ambitieux

J’ai raté la métamorphose »

(Chanteur )

Effectivement, il y en a qui vont trouver cela « daté » alors que c’est tout simplement intemporel. La qualité n’a pas d’âge.

Ce qui vous « accroche », c’est tout d’abord la voix. Grave, profonde, mélodieuse à souhait, une voix qui vous prend littéralement aux tripes. Même s’il chantait des bluettes, il aurait déjà ça pour plaire. Or, c’est bien loin d’être le cas, on découvre, au fil des titres, de petites perles de poésie. Ce n’est pas par hasard qu’il cite Leprest dans le même texte « Chanteur ». On fait mille fois pire comme référence. Le titre «Frangine » rappelle « Bilou » dudit Allain qui s’efforce de remonter le moral de sa sœur dépressive. Chagrin d’amour ? Chez Pierre, oui, c’est clair (inventé ou non, qu’importe) :

« T’es pas maudite, frangine,

Te sens pas seule, sa gueule

Tu peux la rayer de ta vie … ».

Faire des chansons dignes de ce nom exige quatre ingrédients : un timbre, une musique, un accompagnement, un texte. Pierre, pianiste de talent, coche toutes les cases.

Vous essaierez de fredonner du Biolay. Alors que les mélodies de Pierre, on les garde en mémoire pour longtemps, pour toujours.

Ses textes peuvent être dits engagés, bien que je n ’aime pas ce qualificatif. Il suffit en effet de deux ou trois coups de gueule contre la guerre ou la misère pour que l’on désigne ainsi une chanson. Bref, on connaissait l’écologie politique, l’écologie punitive mais pas ou peu l’écologie poétique :

« Je n’ai rien d’autre que la terre

Pour mourir, exister et pour naître. »

Et s’il bat sa coulpe :

« Je dégage un parfum que les arbres vomissent

au volant de ma voleuse d’énergie fossile

Je maquille la mer d’un mascara plastique

Pour lui cacher le ciel que je repeins de gris »

ce n’est nullement par coquetterie. Quoique nombre de nos congénères semblent ne pas en avoir conscience, il n’existe effectivement pas de planète de rechange. Notre poète n’est toutefois pas collapsologue, ni amish comme disait l’autre. Il est simplement, à son échelle, coresponsable et l’avoue humblement.

Les coupables sont à chercher parmi les « premiers de cordée » (décidément ! Il ne restera pas grand-chose de ce quinquennat, tout juste quelques formules). Pierre les désigne autrement : « Les rois perchés » :

« On est les rois, on vous doit tout,

On n’donnera rien

On est perchés, bien protégés,

On rigole bien ».

Il me faudrait livrer tout le texte, tant il regorge de trouvailles. Ce n’est pas par hasard que les titres « Explosion » et « La vie est douce » se succèdent dans l’album.

«Y a un moment il faut qu’ça pète

Il faut qu’ça sorte

Faut qu’on explose ce silence »

Le dernier couplet de cette « Explosion »fait d’ailleurs la transition avec la chanson suivante :

« Y a un moment faut qu’on écoute,

Qu’on ferme sa gueule et qu’on digère

L’essentiel qui nous tourne autour ».

Un éclat de colère, s’il ne demeure pas stérile, est souvent le bienvenu,

« Mais que la vie est douce auprès d’une fleur qui pousse

À attendre la pluie, brûler au soleil, à trinquer des rimes… ».

Pierre est au fond un bucolique militant :

« Gardons les portes ouvertes à toutes nos chimères

À nos folies du jour, qui ne font qu’un tour

Pour qui on se sent être

Faisons d’elles une histoire passionnante et sans guerre ».

Ceci dit, le droit à l’erreur fait intimement partie des droits de l’homme :

« Qui a pu rendre sa copie sans une rature dans l’histoire

Bavure d’encre de soucis, des petits tas de Trafalgar »

à condition de ne pas s’y prendre trop tard pour rectifier :

« Y a pas de gomme au bout de la vie pour effacer ce qui nous fait » (« Brouillon »).

Souvent une aide extérieure et expérimentée est la bienvenue, ainsi que le montre « Albert », dans une métaphore « bistrotière »:

« Faut prendre la vie comme elle est

Avec ces putains de cailloux…

Voilà ce que me dit Albert,

Les rides dansantes sur ses joues

Accoudé au zinc de la terre

Frottant de la main son vieux cou …

…Toi tu es jeune dans ta peau

Tu peux tutoyer des montagnes

Ne sers pas d’alcool à tes ombres,

Ça brûle ceux qui t’accompagnent ».

Pour découvrir le reste de ces vers qui sont autant de bonheurs d’écriture et de leçons d’humanité, il vous suffit d’ envoyer 20 euros à :

MERMINOD

24 rue de Béjan

81190 SAINTE-GEMME

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s