Jacqueline Fischer – le journal de Rose

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Un jour, j’avais sept ou huit ans, je crois, et je regardais se défaire le corps d’un petit rongeur, mort sous un pied de sanglantes pivoines. C’était en juin, l’air était doux : il pouvait tout féconder et engendra en moi la plus lumineuse des révélations :
Si les hommes s’ingéniaient à peindre la mort si horrible, ce n’était que pour mieux supporter par un artificiel contraste, l’horreur de vivre. Et la douceur de mourir me pénétra, comme j’imagine que vous pénètre un homme. Ce fut à ce moment, je crois, que je décidai, arrivée à la fin de ma croissance, de plonger dans la mort. Et maintenant que mon apparence humaine est achevée, qu’elle a atteint son point de perfection, je veux la détruire moi-même, sans laisser ce soin à une suite de jours inutiles dont chacun me serait un vain et angoissant supplice.
(in le Jeu de la Rose- le journal de Rose)

Art numérique – Jacqueline Fischer

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