Douce Lumière – Catherine Balaÿ


Je me levai le matin et bullai en écoutant de la musique. Carla Bruni. Douce voix, un peu rocailleuse, un peu cassée, un peu comme ébréchée. Chansons d’espérance. Chansons qui me laissaient croire en l’amour. Emplies de doutes et de doux présages.

Je portai une tasse de thé dans ma main et je la posai lascivement sur la table basse. Dans mon T1 cocon. Je laissais la musique me bercer, me calmer, m’apaiser, me faire rêver. J’étais heureuse. Je n’avais pas fermé les volets pendant la nuit et avais donc été réveillée par la lumière du soleil ce matin-là.C’était un rituel qui s’était mis en place.

Du travail m’attendait. Je pouvais – et devais – me lever tôt dorénavant. Afin de me laisser le temps d’émerger pour pouvoir ensuite « travailler », « bosser », construire ma vie. Me construire un avenir.

Heureuse préparation. Heureux préparatifs.

Je regardai la belle feuille blanche placée sur mon chevalet.

Elle m’attendait et je l’attendais aussi.

J’attendais de retrouver son grain.

Depuis quelques jours, je peignais aux crayons aquarellables.

Je regardai les crayons, bien rangés dans leur boîte. Pendant que la douce voix de la chanteuse m’émoustillait.

Puis, après une bonne heure de rêveries, je pris mon petit-déjeuner. Il était 9 heures.

Je n’irais pas au Café des Platanes pour travailler, cet après-midi. Je devais voir Habib, du groupe de parole, on avait rendez-vous on ne savait pas encore où. Au Café des Platanes ou chez lui. On aviserait.

J’avais prévu de bosser autant de temps que je le pourrais ce jour-là. Ce matin-là. Je commençais à prendre le pli. A m’habituer à travailler régulièrement. Cela demandait de l’assiduité, de la persévérance. Cela était salvateur. Cela me sauvait. Chaque jour un peu plus.

Après avoir pris mon petit-déjeuner, je me posai face au chevalet. Sur un siège sans dossier. Un joli tabouret rembourré. Je hissai mon dos en hauteur, je m’étirai.

Cette douce lumière qui filtrait par ma baie vitrée, ce calme ambiant… tout cela m’habitait, me hantait… Je savais que j’étais là à ma place. C’était ma place d’inventer, de créer des mondes imaginaires.

Je m’appliquais à tracer des lignes droites, des courbes. Des sourires fraises. Des yeux cerises. Un joli nez rouge rond et rafraîchissant comme une pomme. Mes doigts tenaient le crayon et l’appliquaient avec bonheur sur le papier. Retrouver cette sensation, cette sensualité. Caresses lourdes sur le papier.

Je dessinai ce matin-là un clown d’après des croquis effectués au Café des Platanes. La bouche d’un des usagers de ce café, les yeux d’un autre, les cheveux en bataille d’un troisième.

La vie s’infiltrait en moi, comme la musique m’imprégnait et m’aidait à poursuivre ma route.

Photo de Pixabay

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