Un jour, un poème – Partir, revenir – Henri Merle

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Partir, partir… pars de chez toi qu’elle m’ a dit, ma muse, tu constipes de l’inspiration, poète de six sous, aux poèmes à trois ronds, vas donc faire une promenade, un viron…

Et ma muse m’a mis à la rue avec un coup de son pied mignon au cul.

Partir, partir, elle avait peut-être raison, ma muse, implacable maîtresse, de me botter ainsi les fesses :

je n’allais tout de même pas écrire jusqu’à la fin de mon temps des poésies sur ma maison, mes chattes, sur tous les couillons que je vois passer de mon balcon.

Sois contente, ma muse. Je vais chanter la rue, puisque tu m’a mis à la rue.

Et puis non. Le sais-tu, ma muse, la rue est trop malade, faut pas se raconter des salades, avec ses boutiques, ses théâtres, ses bistrots, ses restos bâillonnés. La rue des rosiers qui sue l’ennui est devenue la rue des roses fanées.

Partir, partir, partir, il me faut partir plus loin que la rue, que toutes les rues, loin de la ville.

Me voici marchand sur le boulevard. Sur le bas-côté, un matou mort écrabouillé par un chauffard. Ses yeux semblent regarder le ciel auquel il n’a pas droit. Le chauffard, après un éventuel petit séjour au purgatoire, aura droit à la vie éternelle. Mais pour les matous, point de Paradou.

Partir, partir, mais pour aller où ? Loin des humains.

Le drame de l’humanité, c’est qu’elle ne se compose que d’humains, et que seuls les humains sont inhumains. Partout où y’a d’l’humain, ça craint. Au centre et sur les bords ne fleurit que la mort.

Voilà que je deviens misanthrope, allez hop, je vais faire du soucoupe-stop pour aller avec E.T (prononcer ITI) visiter les galaxies.

J’irai cueillir sur un astre extra-terrestre quelques fleurs inconnues. Je ramènerai de mon voyage des souris et du vin cosmique.

Et puis je reviendrai sur Terre dans cent mille ans peut-être. Ma maison sera toujours là, avec mes chattes qui n’auront pas vieilli. Ceux que j’aime n’auront pas vieilli non plus. Même ceux qui sont morts seront dé-mourus. (Ce mot est plus rigolo que ressuscités.) Seuls les salauds et les cons seront morts pour de bons.

On fera une fête du tonnerre. Les chats croqueront les souris cosmiques. Les filles hériteront des fleurs cosmiques. Les amis boiront le vin cosmique. Les filles auront le droit de boire du picrate, on est pas phallocrate.

Partir, revenir, partir, revenir.

Salut, ma muse, à bientôt j’espère.

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