Corine CHABAUD, le coup de coeur de Pierre Thevenin

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À l’Océan

L’enfance

Si seulement il était bricoleur

La mémoire est amère

La vie à deux

L’espoir

À ton adresse

J’aime

Laisse-moi pleurer

Carte postale

À mots nus

Je suis fragile

Ma vieille

Les seins blancs

Le trac

Chez les naturistes

Dieu merci, Corine s’est bien remise de son indigestion (voir coup de cœur du 11 avril 2015) et nous offre ce deuxième opus sobrement intitulé » J’aime », presque 6 ans mois pour mois après « Gourmande ».

C’est à une petite balade à travers ses fantasmes qu’elle nous invite. Sans esbroufe, de sa voix bien posée et mélodieuse, accompagnée de bien belle façon par Jacques Bolognesi (accordéon et accordina) et de Jean-Pierre Raulet (guitariste et compagnon de vie, déjà présent dans « Gourmande), qui est également le compositeur de plusieurs titres et, à l’occasion, lui emboîte le la (chanson titre : « J’aime…) )». Lui aussi est chanteur et a eu droit à un coup de cœur de ma part.

On trouve dans ses vers un certain nombre d’énumérations mais qui n’ont rien de fastidieux tant l’inspiration et le vocabulaire sont riches Un exemple : encore une fois « J’aime …» :

« J’aime les chèvres qui broutent

Les chèvres qui se foutent

Du loup et des bergers

J’aime les petites bêtises

J’aime que tu me dises

Quand tu vas m’embrasser… »

Ou encore « L’espoir » :

« C’est la cloche qui sonne

Un hameau dans la brume

Un éclat de soleil

Une cheminée qui fume … ».

L’amour tient une grande place dans ses rêves, même si, parfois, il y a de menus désagréments :

« Un homme au réveil .. il pique. « 

On trouvait le même reproche dans l’album « Gourmande » mais elle en prenait son parti : à quoi bon changer de bonhomme puisqu’ils sont tous velus ? Ce texte, « La vie à deux », se termine, quant à lui, sur un « Dommage ! » laconique et lourd de déception. De toute façon, le compagnon idéal existe-t-il ?

« Si seulement il était bricoleur ».

On ne peut pas tout avoir, le poète diablement intello qui vous rend folle d’amour et le manuel qui vous évite de faire appel à Darty ou au voisin.

Autre thème largement présent dans cet album : l’enfance : la sienne, au bord de l’Océan. Adulte, elle y retrouve ses sensations d’autrefois , le présent et l’imparfait s’y mêlant :

« Escalader la dune comme une montagne

Rouler dans l’sable du sommet jusqu’en bas

Les gamins rient, mais surtout ceux qui gagnent…

Hier à dix ans, je foulais cette route

Et je pleurais sans trop savoir pourquoi ».

(« A l’Océan)

Dix ans : l’âge d’or que nous aimerions tous revivre. Elle y revient dans la chanson suivante

« Le cerisier en fleur

On est tendre à dix ans

Me remplissait le cœur

De l’espoir du printemps ».

Vous avez dit Proust ? Et puis les jeunes années des autres, des siens. Je rappellerai le titre d’un texte figurant dans « Gourmande » : « Je déteste les cris d’enfant ». Est-ce à dire qu’en grandissant ils deviennent charmants ? Sans doute mais les désagréments sont bientôt d’une autre nature. En témoignent « La mémoire est amère » (jeu de mots sur «Aragon-Ferré ? ) ou « A ton adresse » :

« Mon fils, ma chance, ma richesse

Toi si plein de délicatesse,

Mes possessifs tu les détestes

Excuse un peu ma maladresse ».

Pour sûr, on est bien loin des caprices de chiards mais le temps passant (il n’en finit pas de passer, c’est même à ça qu’on le reconnaît), ils quittent le nid. Si j’en crois les remerciements qui se trouvent sur le livret, elle a engendré au moins deux fils. Indépendamment de la progéniture qui s’en va vivre sa vie, il arrive aussi que l’on se retrouve séparé de l’être aimé : provisoirement : « Les cartes postales » :

« Rejoins-moi mon amour

Mets-toi vite en voyage

Sans toi le ciel est lourd

Prépare tes bagages »

Ou à jamais : dans « Laisse-moi pleurer » : elle se montre plus pudique (on pense bien sûr à Rimbaud) :

« Maintenant il se tait : il dort ».

Et pas besoin pour cela d’avoir deux trous rouges au côté droit.

Une chanson se démarque du reste : « Ma vieille » : un fantasme cruel qui ne peut être autobiographique : elle achève sa «mémé » au curare avec les conséquences judiciaires que cela implique.

Il y a aussi deux chansons sur l’écriture et la scène « A mots nus » et « Le trac » où elle en appelle à Sarah Bernhardt qui, à une jeune comédienne se vantant d’être à l’aise devant le public, disait : « Le trac, ça viendra … avec le talent ».

On ne peut pas dire qu’elle soit pudibonde, à plusieurs reprises elle évoque cash les échanges physiques et même dans le dernier titre elle ne fuit pas vraiment les camps de nudistes, L’intimité, oui, le voyeurisme non. Encore que … on ne peut pas dire qu’elle ne les observe pas. Elle-même ne mange pas de ce pain-là : par discrétion ? Par conscience de ses années écoulées qui fait qu’elle n’a pas (n’a plus) le cœur à ça ?

« J’ai dû me replier

Sur la plage d’à côté …

Nudité prohibée »

Nous la laisserons sur ce point d’interrogation.

Pour se procurer son album, allez voir « cochabaud@gmail.fr ». Il vous reste énormément à découvrir.

Le mois prochain , nous fêterons l’année Brassens

(100 ans depuis sa naissance et 40 depuis sa disparition)

avec un petit ouvrage magnifiquement illustré

qui vous emmènera à travers Sète, dans l’ombre

(ou plutôt dans la lumière) du bon maître.

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