Janine Martin-sacriste – L’île sur le fleuve

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Je connais un long fleuve rose et gris
qui inlassablement,
comme un bélier présomptueux
se jette à l’assaut d’un océan.
Le combat inégal le ramène blessé, sali
et chargé de bois mort sur les berges de l’île,
l’île sur le fleuve.
Un feu permanent brûle dans la cheminée
de la vieille maison,
posée comme une certitude
sur l’île,
jamais il ne pourra consumer tout ce bois
ni mater le grand fleuve.
Vasières et roselières se laissent envahir
et déserter
dans de longues plaintes visqueuses.
Sur ma barque à fond plat
je vais chaque jour à la rencontre de l’île
et j’attends avec elle
que le grand fleuve surgisse
avec la violence de l’océan furieux
ou la langueur d’un soir amoureux.
C’est la grande valse nuptiale de la terre et de l’eau
qui depuis des millénaires
se danse au rythme des marées
l’infidélité de quelques heures
goulûment rattrapée
en une étreinte sauvage ou tendre.
Les assauts répétés
de cet amant insatiable
se brisent sur mon île
en laissant des présents nacrés
ou sombres selon son humeur.
La maison est la gardienne de ces trésors sans âge,
sans noms souvent, sans destins immédiats.
Seul le bois mort termine son voyage
dans la cheminée de pierre
en sanglotant parfois
selon qu’il arrive du Limousin par la Dordogne
ou de pays plus lointains par l’océan.
Je suis celle qui nourrit le feu
et scelle pour un instant seulement
un pacte d’amour avec les éléments.

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