Sous la moustache le rire : l’humour de Georges Brassens- de Loïc ROCHARD

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Loïc Rochard nous avait livré trois ouvrages sur le Sétois (voir coup de cœur de 2011). Et voilà qu’il remet ça avec une approche inédite :

« Après des décennies d’écoute et de réécoute, bien des chansons de Brassens conservent toute leur puissance humoristique. Ce trait si caractéristique de son œuvre n’a jusquà présent pas fait l’objet d’une attention particulière ».

Ce qui m’a plu d’emblée dans ce livre, c’est que l’auteur ne nous bassine pas avec le mot « humour » ou ses synonymes. Le terme revient de temps en temps seulement. Il n’a pas non plus le défaut qui consiste à s’exprimer, comme certains, « en faisant du Brassens », c’est à dire en utilisant des formules plus ou moins approximatives dudit à la place de ses propres mots.

L’ouvrage est aéré, composé de courts chapitres avec pléthore de citations (mais présentées comme telles).

Après un avant-propos auquel j’ai emprunté les deux phrases ci-dessus en italiques, il se découpe en trois parties qui permettent de pénétrer progressivement dans le vif du sujet :

-L’homme qui rit : Brassens et l’humour sous tous ses aspects (« Rire pour tromper l’ennui et le désespoir », « Un reste d’esprit potache », ou encore « Un masque de pudeur ». Et Loïc Rochard de citer opportunément dans la bibliographie le titre d’un livre de Didier Antoine, « Georges Brassens, de la pudeur … Sacrebleu ! » ( coup de cœur du 21 février 2011 sur le présent blog ).

Amuser pour masquer sa réserve… et pour éviter de blesser : un jour que Charles Trenet se trouvait dans la salle, il a omis volontairement, dans « Les trompettes de la renommée », le couplet relatif aux homos.

L’homme qui rit et qui écrit : Premiers textes en vers publiés dans un anonymat quasi absolu, articles dans « Le Monde libertaire », un roman, « La Tour des miracles » (dont le titre évoque déjà sa propension à jouer avec les sonorités) où l’on trouve son univers mais encore à l’état d’ébauche.

L’homme qui rit, qui écrit et qui chante : Loïc Rochard abandonne la chronologie et choisit un classement par thèmes. Ceux-ci ne sont pas nombreux. N’importe quel auteur traite de l’amour, de la mort, du temps qui passe. Tout est dans la manière dont il le fait (c’est ce que disait Brassens lui-même).

Il faut entendre humour au sens large. Inventif, subtil (nous ne sommes pas chez Hanouna). Certes, Brassens envisageait de produire un album de chansons lestes parmi lesquelles auraient sans aucun doute trôné « Mélanie » et « Les radis » (un texte qu’il n’a pas enregistré mais que l’on peut entendre sur le Net). Ceci dit, la verdeur du langage (voir un peu plus bas) est en quelque sorte sublimée par l’invention permanente, la culture encyclopédique, l’acharnement à toujours dénicher le détournement d’une formule (« toucher à la fesse promise » dans « Lèche-cocu »), la rime inattendue (« salope » – « escalope » dans « P… de toi », « jocrisses » – « police » dans « Le nombril des femmes d’agent »), l’hyperboleBrave Margot »), le comique d’une situation « La traîtresse » qui inverse «l’ordre de ses cocus ».

Il avait un certain goût pour les mots que l’on dit « gros » : sa mère les abhorrait tandis que son paternel en usait sans réserve (question de génération : j’ai connu la même chose : je n’imagine pas une seconde ma génitrice proférer « merde » ou « nom de Dieu » alors que dans la bouche de mon père je n’ai même pas besoin d’imaginer). Mais il en usait avec une certaine modération et toujours à bon escient « Quand on est con, on est con ». Comment pourrait-on le dire mieux que ça ?

Il ne voulait surtout pas mettre les prieurs de son côté. Contrairement au père Duval, c’est en amusant qu’il édifiait. Quelquefois, le rire s’éteignait lorsque, c’est le cas de le dire, tombait le couperet : témoin la chute du «Gorille «. À d’autres moments, il durait jusqu’au bout : « Misogynie à part » ou « Le bulletin de santé » où le chanteur marquait un petit temps d’arrêt entre certains couplets afin de laisser le public donner libre cours à son hilarité.

Dans une dernière rubrique que Loïc intitule « Les inclassables », on trouve « Le pluriel » : individualiste, Brassens ? Ours mal léché ? En fait il entendait simplement ne pas hurler avec les loups ni bêler avec les agneaux.

En guise de conclusion, je voudrais adresser un remerciement particulier à l’auteur pour m’avoir fait comprendre le « méchef » de « Tonton Nestor » (dont je n’avais pas eu l’idée de chercher le sens exact ni l‘origine) et apprécier quelques titres à côté desquels j’étais passé jusque-là : « Les casseuses » ou « S’faire enculer » (interprété dans les posthumes par Jean Bertola. Une autre qui eût figuré en bonne place, ainsi que l’écrit Loïc Rochard, sur l’album de paillardes si tonton Georges avait eu le temps de mener à bien ce projet).

Maintenant, courez chez votre libraire avant que son commerce « non essentiel » ne doive à nouveau fermer. L’ouvrage est publié au « cherche midi ».

Bonne lecture et bonne (ré)écoute du moustachu !

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