Destin de femme : La Goulue, reine du cancan !

Cette année pour cause de covid 19, le moulin Rouge n’ouvrira pas ses portes et nous n’aurons pas la chance de pouvoir assister au traditionnel french cancan pour fêter la nouvelle année. Mais sur le Dix vins blog pour conjurer le mauvais sort nous vous offrons à découvrir la vie de celle qui fut à l’origine de cette danse et la rendit célèbre jusqu’à devenir un des symboles de la vie parisienne et de la France ! Je veux parler de  Louise Weber, dite LA GOULUE ! Alors en route pour une folle aventure et que vive le French Cancan !

« La Goulue aux bas de soie noire, son pied de satin noir dans la main, faisait virevolter les soixante mètres de dentelle de ses jupons, et montrait son pantalon cocassement brodé d’un coeur qui se tendait, farceur, sur son petit postérieur. Lorsqu’elle s’inclinait en des saluts irrespectueux, des touffes de choux de rubans roses aux genoux, une masse adorable de dentelles descendait jusqu’aux chevilles fines, laissant paraître et disparaître ses adorables jambes, agiles, spirituelles, aguicheuses. La danseuse décoiffait son cavalier d’un petit coup de pied chic dans le chapeau, et faisait le grand écart, le buste droit, la taille mince dans sa blouse de satin bleu ciel et sa jupe de satin noir, coupée en forme de parapluie, s’étalant en ses cinq mètres de largeur. Et c’était magnifique ! La Goulue était jolie et canaillement spirituelle à regarder, blonde, la frange de cheveux coupée sur le front arrivant nette aux sourcils. Le chignon en casque sur le haut de la tête, commençait en une mèche durement tordue sur la nuque afin de ne pas tomber pendant les danses. De ses tempes, la classique rouflaquette descendait en frisettes sur les oreilles, et de Paris à New York, en passant par les bouges de Whitechapel de Londres, toutes les filles de l’époque voulurent cette même coiffure et le même ruban de couleur noué au cou ».

C’est par ces phrases qu’Yvette Guilbert célèbre chanteuse et actrice décrit la Goulue au début des années 1890 alors qu’elle fait son apprentissage sur la scène du fameux cabaret des folles nuits parisiennes le Moulin Rouge.

De Louise weber à la Goulue

Indissociable de le Belle Epoque dont elle est l’égérie incontestée, Louise-Joséphine Weber est née le 12 juillet 1866 à Clichy la Garenne, d’un père charpentier d’origine alsacienne et d’une mère blanchisseuse. En 1870 la guerre franco-prusse obligent la famille à s’exiler sur Paris.

A peine âgée de quinze ans elle se vante de se prostituer pour quelques sous. Sa mère ayant quitté le domicile conjugal et son père étant décédé en 1873 des suites de ses blessures de guerre ( il fut mutilé des deux jambes lors de la guerre de1870 ), il faut dire que l’adolescente est livrée à elle-même et que ses écarts de conduite sont nombreux. C’est alors que son oncle la recueille et devant son inconduite la fait enfermer en maison de correction.

Renoir, Bal du moulin de la Galette, 1876

Après sa sortie de maison de correction la jeune Louise se met à fréquenter les bals populaires. Jeune femme volontaire, libre et dévergondée, elle est aussi jolie et douée pour la danse. C’est ainsi qu’ elle fait ses débuts à seize ans au Bal Debray au Moulin de-la-Galette, guinguette renommée. Mais, en attendant la gloire, elle doit travailler pour vivre. Installée avec son amant un certain Edmond, rue Antoinette, à Montreuil elle travaille quelque temps comme blanchisseuse, mais très vite elle se rapproche du monde artistique qui l’attire irrésistiblement. Elle sent que sa place est là ! Elle devient alors modèle pour les photographes et les peintres de Montmartre, et notamment pour Auguste Renoir. C’est en 1885, qu’elle rencontre Gaston Chilapane, un jeune diplomate qui devient son amant et qu’on surnomme Goulu Chilapane. Pour certains c’est de là que lui viendrait son surnom de « La Goulue  » pour d’autres il serait plutôt dû au fait que la belle avait l’habitude de vider les verres de ses clients… Peut importe elle a vingt ans, et elle pétille de vie et de gourmandise !

Danseuse vedette du quadrille naturaliste ( French cancan )

Louise danse avec une sensualité et un sens du rythme qui retiennent l’attention des messieurs. Très vite elle est repérée et engagée à l’Elysée-

Montmartre et au Jardin de Paris ou elle danse le quadrille naturaliste, connu sous le nom de « French Cancan « …une danse endiablée et acrobatique ou les jambes sont levées très haut au-dessus de la tête, laissant entrevoir jupon et culotte fendue…À la fin de la danse, une ou deux femmes se détachent du groupe et tombent en grand écart. Le clou du spectacle. Et le tout Paris se précipite chaque soir pour voir La Goulue danser le Cancan, accompagnée de son partenaire, un géant dégingandé de deux mètres au surnom évocateur : Valentin le Désossé qui officie vêtu d’un costume moulant et de souliers vernis.

La goulue ne danse pas seulement avec Valentin, elles sont plusieurs à se déchainer sur scène pour le plus grand plaisir des parisiens.  » Ses copines  » de scène ont comme elle des surnoms pittoresques qui rappellent leur physique : il y a la blonde  » Rayon d’or « , Nini patte en l’air, Grille d’égout qui n’a plus qu’une dent sur deux, la môme Fromage, Demi Siphon quasi naine ( qui mourra en exécutant un grand écart ), la Sauterelle et j’en passe… Très vite cette troupe hétéroclite devient le chouchou des nuits parisiennes. Engagée en 1889 par Charles Zidler qui vient d’ouvrir un nouveau cabaret : « le Moulin Rouge « , la Goulue et ses amies attirent le tout Paris qui se régale de voir leurs danses endiablées et attendent avec impatience le final : Le french cancan et ses froufrous !

La Goulue devient la coqueluche des nuits de Montmartre et on se presse pour la voir lever la jambe. Son caractère tumultueux, effronté, parfois à la limite de la vulgarité, sa soif et sa faim inextinguible ( qu’il s’agisse de nourriture ou des hommes ) lui valent son surnom de Goulue. On dit qu’elle dormait quatre heures par nuit dansait dix heures et passait les dix restantes à boire à manger et à faire l’amour ! La Goulue était également réputée pour ne pas avoir la langue dans sa poche … Ce qui ne faisait pas l’unanimité chez ses partenaires cancaneuses et donnait lieu à des « engeulades « mémorables et des crêpages de chignons. Au Moulin Rouge, elle bouscule les codes en arrivant avec un bouc en laisse, détournant ainsi l’interdiction faite aux femmes d’entrer dans un lieu public sans être accompagnées par un mâle ! Louise est une femme libre ! elle a 25 ans, elle est reine des nuits parisiennes, gagne 800 francs le mois et vit dans le luxe !

«Le Moulin-Rouge est envahi tous les soirs par une foule des plus élégantes. Toutes les jolies femmes de Paris s’y donnent rendez-vous, et ce n’est que justice de constater le succès toujours croissant de cet établissement le mieux fréquenté et le plus agréable en son genre. Il est vrai que la direction ne recule devant aucun sacrifice pour assurer au public des distractions de toutes sortes, la partie chorégraphique est plus en vogue que jamais avec la Goulue, Rayon d’Or, Sauterelle et un bataillon de jolies filles plus ravissantes les unes que les autres» raconte Le Figaro un an après l’inauguration de la salle

La Goulue et Toulouse- Lautrec

Si de nombreux artistes l’ont croquée c’est sans conteste l’affiche de Toulouse Lautrec qui lui assure la postérité !

Alors que la gloire la porte au firmament des nuits du tout Paris, elle se lie d’amitié avec le peintre Toulouse Lautrec qui fréquente assidument les cabarets de Montmartre. C’est lui qui crée la fameuse affiche qui assurera à la Goulue l’immortalité ! Fut-elle sa maitresse, peut-être ou pas quoi qu’il en soit leur amitié durera de longues années. Le peintre représente la fougueuse danseuse de nombreuses fois illustrant ainsi la vie des cabarets parisiens. La première affiche Moulin-Rouge, La Goulue est commandée par Charles Zidler gérant du grand cabaret parisien en 1891. Depuis les affiches ont fait le tour du monde.
Toulouse-Lautrec Qui travaille avec le Figaro illustre une étude sur Le plaisir à Paris de Gustave Geffroy dans Le Figaro Illustré de février 1894. Une série d’ aquarelles où l’on peut reconnaître La Goulue s’amusant, dansant, buvant !

Il faut dire que la Goulue a une vie plus que dissolue, elle collectionne les hommes mais aussi les femmes et ne cache pas son appétit sexuel affichant ainsi sa liberté et son indépendance. Le Figaro du 25 novembre 1885 brosse ainsi son portrait: «La Goulue est une Pompadour canaille, rose et joufflue qui vit pour manger. Elle a de l’appétit, des appétits et elle est appétissante. Sa frimousse est comme barbouillée de confiture». 

Mais les années passent et la bonne chère, le bon vin, les excès en tout genre et l’âge avançant, Louise n’est plus aussi svelte et leste qu’autrefois et son public commence à se lasser. Et comme , la Goulue vit dans l’instant elle dépense ce qu’elle gagne sans se soucier des lendemains qui vont se révéler difficiles. Le succès de la Papesse du cancan commence à s’étioler…Il est temps pour elle de quitter le métier et de se tourner vers autre chose…Elle sera donc dompteuse de fauves ! Ce qui correspond bien à son tempérament de feu.

De danseuse à dompteuse de fauves

la baraque foraine1895

1995, Louise approche de la trentaine sa silhouette s’est épaissie et elle pense avoir fait son temps dans le monde de la danse et du cabaret. Elle quitte donc le Moulin rouge pour se mettre à son compte dans les Fêtes foraines ou elle possède sa barraque de danseuse orientale dont Lautrec dessinera les panneaux décoratif. La même année elle accouche d’un fils Simon de père inconnu, ( un prince selon ses dires ). Ayant appris le métier de dompteuse de fauves elle se produit chez Adrien Pezon, un célèbre forain de l’époque devant l’ambassadeur de Chine et fait sensation. Ce métier lui plait et la vie de saltimbanque correspond à son tempérament tumultueux et fantasque. C ‘est là qu’elle tombe amoureuse du prestidigitateur Joseph-Nicolas Droxler qu’elle épouse le 10 mai 1900 à Paris. Droxler, par amour abandonne la magie pour l’arène et les fauves. Le couple s’installe dans le XVIII e arrondissement.

Ensemble ils se produisent dans les ménageries, les cirques, la fête à Neu Neu ( Neuilly sur Seine ) ou encore la très célèbre Foire du Trône. Dompteuse reconnue, de forain et du cirque lui conviennent parfaitement, mais en 1904, avec son mari elle est victime d’un accident sanglant lors d’une représentation. Attaquée par un fauve, elle frôle la mort sous les yeux horrifiés des spectateurs. En 1907 elle décide de mettre un terme a sa carrière, abandonne le domptage et réapparaît en qualité d’actrice dans des petits théâtres et même aux Bouffes du Nord.

Une vie privée tumultueuse

Coté vie privée, il n’est pas toujours de tout repos de partager le quotidien de la Goulue. D’un caractère emporté il lui arrive de se montrer violente et pas seulement en paroles ! A plusieurs reprise ( 1900-1909 ) la police devra se rendre au domicile des Droxler ou Louise, ivre de colère et de vin a tiré sur son mari qui refusera toujours de porter plainte : «Il y a deux ans, elle m’a déjà tiré deux coups de revolver. Nous nous trouvions alors à la fête du boulevard Ornano. Elle ne m’atteignit pas. Une autre fois six mois auparavant, elle m’avait blessé» confie son mari au Figaro. Il continue: «Ma femme est une impulsive et une inconsciente. Je lui ai pardonné et j’ai refusé de porter plainte contre elle».

Le couple finira par se séparer sans pour autant divorcer. Droxler sera tué lors de la première guerre mondiale.

Maman Louise

La Goulue vieillit et tombe peu à peu dans l’oubli. En février 1918, elle confesse au Petit Journal: «J’ vends des fleurs et des bonbons aux petites femmes qui m’appellent: Maman Goulue- et je n’ai besoin de personne» La mort de son fils, en 1923, alors âgé de 27 ans la plonge dans le chagrin et elle sombre alors dans l’alcool. Elles sont loin les folles soirées de la Belle Epoque ou le tout Paris se précipitait pour la voir lever la jambe !

Dès lors, elle vit dans sa roulotte et recueille les animaux perdus. De temps à autre on l’aperçoit flânant du coté de Montmartre ou ceux qui la reconnaissent lui demande parfois un autographe… Le soir, elle vend des cacahouète et des cigarettes devant le Moulin rouge ou se produit alors la nouvelle étoile montante du cabaret Mistinguett et dont elle a fait les heures de gloire avec son Cancan.

Au Moulin Rouge tout le monde connait  » madame Louise « , d’ailleurs Jean Gabin et Maurice Chevalier, la font remonter plusieurs fois sur scène pour la présenter au nouveau public du célèbre cabaret.

Ainsi la Goulue redevenue madame Louise finit sa vie comme marchande de quatre-saisons…Le soir dans sa petite roulotte elle s’occupe de son dernier amour, son chien  » Rigolo  » et rêve à sa vie d’avant, celle où elle était la Goulue, la reine du Cancan et des folles nuits de la Belle époque.

Mi janvier 1929, Louise Weber est victime d’une attaque d’apoplexie et décède après dix jours d’agonie à l’hôpital Lariboisière le 29 janvier 1929. Elle a 63 ans et une vie bien remplie !

Le 2 février c’est un bien pauvre convoi funéraire qui conduit la Goulue à sa derniere demeure au cimentière de Pantin : quelques amis, des admirateurs et des forains qui lui sont restés fidèles jusqu’à la fin. Il lui faudra attendre 1992 pour que ses cendres soient transférées au cimetière de la Butte. Elle est enfin de retour chez elle dans ce quartier qui fit sa gloire. Sur sa pierre tombale on peut lire :

«Ici repose Louise Weber, née La Goulue 1866-1929, créatrice du French Cancan».

Les cocottes de la Belle Epoque, petites précisions de Jean paul Clair

La Goulue, ce surnom lui avait été parait-il donné parce qu’elle finissait le verres des clients. La plupart de ses amies du moulin rouge avaient des surnoms souvent amusants: Grille d’égout pour une qui avait les dents écartées. Demi siphon pour une autre de petite taille qui s’est d’ailleurs tuée sur scène en faisant le grand écart.

C’était l’époque des célèbres cocottes qui s’inventaient des noms imitant la noblesse: Liane de Pougy, Valérie de la Bigne, Cléo de Mérode, Blanche d’Antigny. A l’une d’elle en recherche de nom, un plaisantin avait suggéré… Henriette du Mans!

On pourrait parler de Emilienne d’Alençon qui s’endormant devant une pièce de Racine avait déclaré: « n’en dites rien à l’auteur ça pourrait le vexer ».

La belle Otero qui se retira avec une fortune immense et s’acheta une somptueuse villa à Nice, dépensant énormément elle habita ensuite une succession de logements de plus en plus modestes pour finir dans un
petit hôtel. c’est le directeur du casino de Monte Carlo qui paya la pension en lui versant en plus jusqu’à sa mort une petite aide.

( Article réalisé à partir de Wikipédia, Maryline Martin auteur de La goulue ( Edition du Rocher ), le Figaro mag, l’histoire par les femmes…entre autres )

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