Bernard JOYET : Franginades, le coup de coeur de Pierre Thevenin

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Le principe de précaution (Marie-Thérèse Orain)
Ça reste entre nous (Juliette)
Marianne il faut changer tout (Sidi Naïm)
On s’ra jamais vieux (Francesca Solleville)
Valse-moi (Manu Galure)
La maladie (François Morel)
Fille unique (Nathalie Miravette)
Le bref (Gérard Morel)
Mobile apparent (Clémentine)
Julien le déterré (Christian Camerlynck)
J’Ulysse (Wally)
Mélange (Évasion)
Photos (Dana Luciano)
Retenir la leçon (Daniel Fernandez et Fanny Miroy)
La gérontophile (Émeline Bayart)
En tout bien tout bonheur (Entre2caisses)
morceau (à peine) caché : Avant que tu nous manques (Requiem anthume), de Franck Halimi

Ce n’est pas sans émotion que j’aborde la présentation de ce deuxième album, celui des Franginades. Je pense, bien sûr, tout comme vous, à Anne Sylvestre qui a bien failli ne pas enregistrer son duo, « Fabuliste », avec Bernard Joyet. Son souvenir ne cessera de nous accompagner tout au long de cet article et, évidemment, bien au-delà.

Ici, tous les textes (à l’exception du dernier, « Avant que tu nous manques » qui ne figure pas parmi les titres au dos du boîtier et constitue presque un morceau caché, comme indiqué ci-dessus, mais sans le long silence de rigueur sur un album « normal ») sont de Bernard Joyet.

Un certain nombre de musiques sont également de son cru. Pas toutes. Pas la dernière de toute façon, une chanson qui répond de belle manière à « Catimini » (soit dit en passant, ledit»Catimini. » avait déjà été enregistré par son auteur, bien avant qu’il devienne plus ou moins d’actualité). Quoi qu’il en soit, notre ami ne va pas s’en tirer aussi facilement que le Pauvre Martin : on va le regretter, l’écouter, l’interpréter. Peut-être y aura-t-il même des festivals ( tous les frangins-frangines en seront).

« Requiem anthume » : l’adjectif n’est pas utilisé couramment . L’exemple qui me vient à l’esprit, ce sont les « Mémoires anthumes » d’Alphonse Allais.

Ceci dit, je ne le répéterai jamais assez,, Bernard Joyet n’en est pas, loin s’en faut, à son chant du cygne. Mais comme le disait Leny Escudero, que j’ai rencontré au festival du livre sur la chanson, à Randan, peu de temps avant sa disparition, il vaut mieux rendre hommage aux artistes avant qu’ils ne soient gagas, voire pire. C’était l’année où, au salon en question, on célébrait feu Moustaki.

Dans ce « Requiem », l’auteur, Franck Halimi, utilise tous les titres de Joyet que l’on trouve sur l’un ou l’autre des deux CD. J’avoue que ce monsieur était inconnu de moi. De même que Sidi Naïm, Dana Luciano, Daniel Fernandez, Fanny Miron et Émeline Bayart qui chante la version féminine du fameux « Gérontophile », déjà interprétée par Clémentine (laquelle, cette fois-ci, a choisi de reprendre « Mobile apparent »). Que faut-il entendre par « choisi » ? Y a-t-il eu ou non concertation avec l’auteur ? Peu importe puisque chaque titre correspond à ravir au style tant vocal que poétique et musical, à la personnalité de celui, celle, ceux ou celles) qui se charge(nt) de son interprétation. Et l’on navigue d’une formule a cappella (mais à quatre voix ; « Évasion ») à un orchestre au complet (« Avant que tu nous manques ») en passant par la formule piano voix (Marie-Thérèse Orain).

Je connaissais un certain nombre de chansons, celles précédemment enregistrées par Bernard Joyet dont l’une, « On s’ra jamais vieux », remonte à l’époque lointaine de Joyet et Rollmops. Là, le clin d’ œil est délicieux : c’est la doyenne, Francesca Solleville, formidable interprète de 88 ans, que j’avais eu le plaisir de découvrir à Lyon dans les années 60, en première partie de Jean Ferrat. qui s’y colle. Depuis, le timbre s’est fait un tantinet plus grave mais a encore acquis en maturité. Et je ne résiste pas au désir de citer les derniers vers :

« Et si ma dépouille

Part les pieds devant

On va rigoler

En tête du cortège

Ça f’ra boule de neige

Dans tout ‘défilé

On s’ra jamais vieux ».

La plupart des chansons n’engendrent pas la mélancolie. Certaines sont même quelque peu déjantées, comme « Valse-moi », mis en musique et chanté par Manu Galure auquel j’ai consacré un coup de cœur il y a longtemps, lors de la sortie de son premier album. Un texte où l’auteur tord allègrement le cou à l’éloquence (un peu à la façon de Brel ou de Leprest) :

« Piétine les pas de Gardel

Jadis mon maître mon modèle

Mon caprice mon vertigo

Ajoute un temps à mon tango

Pendant que je me capitole

Tranquillement tu te tyroles »

Marie-Thérèse Orain, la benjamine du trio qu’elle forme avec Anne Sylvestre et Francesca Solleville (84 printemps), que je connaissais comme interprète de Jacques Debronckart, la seule à avoir été enregistrée en public, déclenche l’hilarité dans la salle avec son »Principe de précaution » où elle évoque aussi la fin de vie :

« En cas de jugement dernier

J’aurai toujours dans mon grenier

La bible un talmud un coran

La girouette de Talleyrand »

De Talleyrand ou d’Edgar Faure.

Un texte iconoclaste sur le mode humoristique si cher à notre auteur. Chez lui,, surtout pas de slogans. Il y a, ceci dit, une prise de position très nette dans « Marianne il faut changer tout », un texte slamé par Sidi Naïm :

« Il faut tout rebâtir à neuf

Tout raser tout remettre en cause

Repartir en 89 ».

Vous aurez compris de quelle Marianne il s’agit.

Dans le même ordre d’idée, on peut citer également « Julien le déterré », dit par Christian Camerlynck dont seul le nom me disait quelque chose : une victime de la guerre qu’on nomme grande qui se réveille (ou que le souvenir réveille) d’entre les morts (le grand-père du narrateur) :

« Chemin des Dames

Pas une âme

C’est le silence après l’enfer

Après les bombes

L’hécatombe

Morceaux de chair morceaux de fer

Dans la boue rouge

Rien ne bouge

Sauf le fantôme d’une main

Vite on s’affaire

On déterre

Le mort est Julien »

Gérard Morel est bien dans le registre irrésistible où on l’attendait : jeux de mots, jeux de sonorités. Un comédien voué à se faire systématiquement dessouder. Le titre complet est « « Le bref, dit le tonton flingué ou l’occis mort » », savoureux pléonasme : « l’occis mort » (vous avez compris, je suppose. À moins qu’à l’instar de l’incorruptible Bismuth vous n’ignoriez ce qu’est un oxymore. Faites comme lui : demandez à Rama Yade).

Et puis la fin en apothéose : pour le tonton flingué, un rôle à sa mesure :

« Un metteur en scène important

M’a dit vous avez du talent

J’vous offr’ le rôl’ de votre vie

Vous allez jouer Gabriel Péri ».

On retrouve la pianiste complice Nathalie Miravette (celle qui chanta « Cucul » de Manu Lodz ) avec ses intonations délicieusement coquines.

On peut être surpris d’entendre l’autre Morel dans « La maladie » qui n’a rien d’une chanson humoristique. Mais le bonhomme n’a pas que les Deschiens dans sa besace. Il est capable de passer d’un genre à l’autre sans que l’on s’y attende.

Si « Avant que tu nous manques » répond à « Catimini », l’avant-dernier titre fait écho à « Entre les lignes « avec quelque chose en plus : on a le choix entre 4 fins possibles, de la plus chaste, la dernière :

« Je vous conjure d’être sage

Restons purs jusqu’au mariage

Et finissons nos mots fléchés »

à la plus salace (la deuxième) :

« Et pendant que tu me suces

Des roubignoles au prépuce

Moi je hurle comme un putois »

En tout cas, ce CD n° 2 est un merveilleux moment de partage avec cette brochette bigarrée d’ artistes réunis là par Bernard Joyet qui sait ce que l’amitié veut dire.

Si ce n’était déjà pris, on pourrait tous lui dire : »Merci, Bernard ! »

Pour vous procurer le double album vous pouvez contacter Bernard Joyet sur sa page facebook ( Bernard Joyet | Facebook ) ou sur son site Bienvenue sur le site de Bernard Joyet | Bernard Joyet

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