Jean-Pierre Melville ou L’ESPRIT DU HAGAKURE – Ph Guillaume

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Jean-Pierre Melville

On doit au poète roumain Jean Parvulesco, féru d’ésotérisme, une énigmatique éxégèse de l’oeuvre de Jean-Pierre Melville soulignant l’obsession de ce dernier pour le pouvoir absolu et la quête de la pureté .

Avec son éternel stetson et ses lunettes noires, cet  » anarchiste féodal « est certes un cas à part dans le cinéma français. Son style est à l’opposé de celui, nerveux et elliptique, du polar classique. Amateur de propos péremptoires Melville disait avoir listé 19 situations entre  » gendarmes et voleurs (il insistait :pas 20..19).

L’intrigue conventionnelle du  » Samouraï  » est empruntée à un film de Frank Tutttle, un des 63 ( ! ) mettmelville2.jpgeurs en scène américains d’avant guerre que le réalisateur disait admirer. Elle pourrait faire l’objet d’une série B de 1h 20.

Jef Costello exécute un contrat avant d’être trahi par ses commanditaires et abattu par la police. C’est à Fritz Lang que la traque policière dans Paris fait songer quand l’étau se resserre sur un personnage dont la démarche suicidaire est évidente.

Les films de Melville sont toujours placés sous le magistère d’une citation philosophique «  Il n’y a pas de plus profonde solitude que celle du samouraï sinon celle du tigre dans la forêt..peut être « ..Les samouraïs de Kurosawa avaient la chance d’être 7, le tueur à gages, héritier de la caste guerrière est seul.

Pas un moment de détente, pas l’ombre d’un sourire et des gestes de  » pro  » reproduisant un cérémonial ( vol de voiture à l’aide d’un trousseau d’innombrables clés, constitution d’un alibi.

Dans son dernier film,  » Un flic  » ( 1972 ) Melville cloue le bec des petits malins qui repèrent la main retenant le cheval de Zorro ou le fil qui anime le python du  » Tombeau hindou « . Le train et l’hélicoptère auquel est suspendu une figurine de plomb sont des maquettes on ne peut plus visibles ! Il faut remonter aux films anglais d’Hitchcock pour en voir de semblables ! Maladresse ? Amateurisme ? Que nenni ! En surlignant l’artificialité de ce morceau de bravoure obligatoire, Melville nous ramène à l’essentiel et fait un pas de plus vers l’abstraction.

Etirer, gonfler, et dilater aboutit paradoxalement chez lui à élaguer et épurer. On peut critiquer ce parti pris, cette volonté de  » faire tragique  » mais on s’incline devant le mausolée et si les films de Jean Pierre Melville nous effrayent parfois c’est qu’ils donnent à voir un nihilisme que nous sommes de moins en moins capables de supporter.

Lire  » Le cinéma selon Jean-Pierre Melville  » entretiens avec Rui Nogueira aux éditions  » Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma « .

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