My darling Clémentine ( 1946 ) – John Ford – Philippe Guillaume

La poursuite n’est pas plus infernale que la charge ne sera héroïque deux ans plus tard, mais Miss Carter est bien terne et fadasse pour que nous la confondions avec la Clémentine de la chanson…

 Si l’histoire de la fille du mineur n’a, a priori, rien à voir avec le légendaire gunfight d’  » OK Corral  » , la mélodie réveille un passé dont la mémoire n’a jamais céssé de fouiller chaque recoin en quête d’une trace susceptible d’en restituer la plénitude émotionnelle.

Comme Wyatt Earp-Henry Fonda, peigné et lustré de frais se dirige vers l’église en construction, j’entre une fois encore dans cet univers de  » solennité plastique « ( Jacques Lourcelles ) dont un nouveau montage accentue la noirceur crépusculaire.

OUI…j’ai bien dit CREPUSCULAIRE car on n’a pas attendu Sam Peckinpah et les années 60 pour montrer la fin de l’ouest sauvage, l’instauration du droit, l’édification de l’église, de l’école et du saloon ( notons que Jane Darwell la bonne mama des  » Raisins de la colère « interprète ici la sympathique mère maquerelle ).

L’individu finit toujours par être concerné par la collectivité. La coupe se remplit, elle devient pleine quand on se fait canarder chez le barbier et elle déborde quand un frère ou un ami se font descendre. C’est donc tout naturellement que Wyatt va occuper la place du père absent face au patriarche chef de clan : ce vieux salaud d’  » old man Clanton  » brutal, geignard et vicieux qui, à coups de fouet, se fait respecter de sa progéniture dégénérée.     

Chez John Ford la poétique prend le pas sur la fabula et c’est sans doute pour cela que j’ai été longtemps incapable de résumer l’intrigue de son film.

L’histoire est pourtant simple puisqu’elle est la énième version du règlement de comptes qui opposa les frères Earp et Doc Holliday aux Clanton à Tombstone. TOMBSTONE !! lieu de chaos, de violence et de mort,  » pierre tombale  » opposée au mausolée naturel de Monument Valley. Cette histoire, Ford affirmait l’avoir reconstituée fidèlement parce qu’il la tenait de la bouche même du vrai Watt Earp !!

Si j’avais du mal à la résumer c’est sans doute à cause des merveilleuses digressions fordiennes, par exemple l’épisode  » Grandville Thorndyke « , ce pied tendre théâtreux qui sillonne l’ouest pour donner de l’art aux cochons en interprétant de pompeux mélodrames (  » Le Retour du forçat  » !! ). Menacé et humilié par les Clanton, vautrés avec complaisance dans leur ignorance et leur bêtise, c’est le monologue d’HAMLET qu’il choisit de déclamer.

Le shérif et le dandy viennent mettre un terme au supplice de cet homme dont le cabotinage outrancier dissimule une profonde détresse. Le dandy dévoyé qui ne croit plus en lui ( avec raison puisque contrairement au Doc Boone de  » Stagecoach « il se montrera incapable de sauver Chihuahua la belle mexicaine !! ) reprend le fil du monologue shakespearien auquel sa destinée d’aventurier suicidaire donne un sens des plus authentiques.                                            

  » Y’a t-il- pour l’âme plus de noblesse à endurer les coups ou les revers d’une injurieuse fortune ou à s’armer contre elle pour mettre fin à une marée de douleurs…. »

Au moment d’en finir une bonne fois pour toutes à OK Corral, sa conscience ne fera pas du docteur John Henry Holliday un lâche…  

  

    

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