Le Casse d’Henri Verneuil (1971)- Philippe Guillaume

Henri Verneuil

Comme dans la quatrième dimension, vous êtes invités à remonter le temps et à entrer au cinéma un samedi soir de 1971. On y projette le dernier Verneuil Belmondo : « Le Casse », comme d’habitude éreinté par la critique mais consacré par le nombre d’entrées.


Le seul nom de Belmondo à l’affiche remplit les tiroirs caisses. Si on lui adjoint le docteur Jivago soi-même, on a toutes les chances de faire sauter la banque !

Artisan consciencieux et cinéphile averti, Henri Verneuil connaît les rouages des polars américains aussi bien que les sémiologues structuralistes qui le tiennent pour un nullard. Et il en applique scrupuleusement les règles.

Première leçon : exploiter une ambiance locale. En Hollande, Hitchcock montrait des moulins et en Suisse ses espions trouvaient refuge dans une fabrique de fromages ! Verneuil déplace l’action du roman de David Goodis en Grèce et une poursuite, annoncée à grand renfort publicitaire comme un des clous du film, nous fait découvrir Athènes.

Après cette poursuite interminable et ennuyeuse, cascades et morceaux de bravoure s’enchaînent sans trop de nécessités dramatiques. Si le jeu du chat et de la souris auquel se livrent Belmondo et Omar Sharif n’intéresse pas Dudule, il pourra au moins dire aux copains : « Tu te souviens de la scène où … ? Et quand l’autre il … ? Ça, nom de nom, c’est du cinéma !! »

Dans une taverne typique, l’indécrottable franchouillard, casquette de prolo vissée sur la tête, commande un steak frites, tandis que le commissaire lui vante feuilles de vigne, moussaka et autres spécialités locales. Ne manquent que l’ouzo et la « greek salad ».

Verneuil s’est toujours enorgueilli d’intégrer les techniques de pointe dans sa dramaturgie. Durant le holp-up tout droit venu d’un épisode de « Mission Impossible », le tableau de bord sophistiqué, au fonctionnement duquel je ne comprenais déjà rien, épate Dudule abonné au « Reader Digest » scientifique.

On sait aussi qu’un polar réussi exige également un peu de fesses. Dyan Cannon, étoile filante des seventies, qui méritait bien son nom, est là pour ça ! Mais la sensualité est vite désamorcée par un comique que, si j’étais versé dans le politiquement correct, je jugerais affreusement misogyne. Dans une pièce, il suffit de frapper une fois dans les mains pour que les lumières s’allument, deux fois pour qu’elles s’éteignent (« Si j’avais ça à la maison !!  se dit Dudule »). Les calottes répétées que Bébel distribue à Dyan Cannon vont faire clignoter le dispositif comme une guirlande de Noël. De quoi se taper sur les cuisses ! La belle Dyan se produit dans une boîte branchée, Belmondo placé devant une suite de saynètes un peu lestes, jette des regards à la Oliver Hardy vers la caméra tout comme un Bidochon en virée fasciné et désorienté par ce qu’autorise la récente libération des mœurs dont il est question toutes les semaines dans « Paris Match ». Dyan Cannon au final n’est qu’une pute complice d’un salopard de commissaire, opposée à la fraîche Nicole Calfan, la fille du vieux pote, envers laquelle Bébel éprouve « le complexe de Lagardère ».

Le polar est critique sociale. Si le policier corrompu est pire ordure que le voleur, le volé est un arrogant bourgeois que la disparition de ses émeraudes n’empêche pas de partir pour Ibiza. José Luis De Villalonga, distingué arbitre des élégances du « Who’s who » noctambule, fait ici une apparition amicale et Dudule reconnaît l’invité régulier des « Samedis soirs » de Philippe Bouvard.

Il a fallu du temps et des efforts pour tourner la scène finale où Omar Sharif rejoue « Oh les beaux jours ! », de Beckett, en disparaissant avec les émeraudes dans le silo à grain. Dudule, un chouïa cinéphile, pousse Lucette du coude « C’est comme chez John Huston, Vanitas Vanitatis ! Tout ça pour rien ! »

Oui, mais ce polar touristique hustonien laisse un peu trop voir ses ficelles en laissant le prix sur le cadeau. Est-ce à dire qu’il faille jeter le Bébel avec l’eau du bain ? Non, car Verneuil, tout comme Lautner, Gilles Grangier, Denys de La Patelliere, mérite une réévaluation, seulement son « Casse » est loin d’avoir les qualités de « Mélodie en sous-sol » et même du « Clan des Silliciens ».

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