Stéphanie LIGNON (suite et fin … provisoire) – Les coups de cœur de Pierre Thévenin

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Nous sommes restés sur notre faim la dernière fois car je ne m’étais pas encore procuré les albums n° 2 et 3. C’est chose faite.

Je vais les traiter séparément, dans l’ordre chronologique, car ils sont assez différents. Ceci dit, les qualités vocales (ce timbre toujours chaleureux), musicales et poétiques n’ont pas pris une ride.

Album n° 2 : TRANSFERT

Transfert

C’est dommage

Le vieux fauteuil

Courir

Il pleut

Je suis née

L’enfant soldat

Même rivière

Je me réveille

Les joyeux tristes

L’échiquier

Bouquet d’étoiles

Dans ce deuxième opus, Stéphanie « s’engage » beaucoup plus que dans « Les seins » (il n’y avait pas de chanson-titre mais ainsi s’intitulait la première ).

Cette fois, celui qui ouvre « Transfert » donne son titre au CD. Et ça commence fort (même si le sujet semble banal) puisqu’il y est question des migrants. Le thème ne s’impose pas d’emblée, il nous laisse interrogateur :

« J’ai bien reçu ta lettre hier

Donne-moi encore de tes nouvelles

Il fait si froid dans mon pays

Sans mon ami »

Une séparation ? Certes mais au fil des couplets, et surtout dans le dernier, on comprend qu’il n’est pas question d’une banale amitié contrariée par un éloignement temporaire : ça, c’est dans la chanson suivante : « C’est dommage ». Mais revenons à « Transfert »

« Toi ces papiers tu les voulais

On t’a fait trimer sans compter

Mais même vue de leur charter

C’est beau la terre »

« Le vieux fauteuil » : ce confident du grenier

« Est seul complice de mon émoi

Ce sont ses bras qui me recueillent

Et moi et mes désirs secrets

Au lieu de la chapelle ouverte

Il m’invite à me confesser ».

On a envie d’entrer nous aussi dans ce for intérieur foisonnant et, si j’ai parlé d’engagement, il ne s’agit pas seulement de politique :

« Il pleut », particulièrement bien écrit, vous met un peu plus (c’est le cas de le dire), l’eau à la bouche : là, on se trouve au « boulevard des allongés » ( elle commence donc par la fin) :

« Beau temps pour les limaces

Sur l’anse des verts arrosoirs

Remplis de l’eau du temps qui passe

S’en vont abreuver les mémoires

Gonflés de l’eau du temps qui trace

Des sillons gris à nos espoirs »

Et, juste après, l’autre extrémité avec « Je suis née » : toute une belle vie devant soi ? Au début c’est que l’on croit mais bientôt vient le gros temps :

« Je vois autour de moi

La misère et la guerre

Le métal rugissant

Les dents dans la poussière »

Si elle a eu, malgré tout, de bonnes années, c’est qu’ elle a eu la chance de n’être pas un « enfant soldat » : hasard de la géographie, des circonstances. Mais de toute façon l’insouciance ne dure guère :

« Le berceau qui ne berce plus

Nos douces chimères

Dans le lit où on ne dort pas

Où même on ne rêve

Et la nuit qui ne daigne pas faire une trêve. »…

…« Cesser d’adorer à mi-voix

Un dieu délétère ».

(« Même rivière »)

Car la foi n’y peut rien. Ça sonne même comme une profession d’athéisme. Ceci dit, elle cherche consolation ailleurs : quel meilleur baume que l’amour, même si lui aussi « ne dure qu’un moment » (« Je me réveille »).

Dans « Les joyeux tristes », titre en forme d’oxymore, elle reprend du poil de la bête en affirmant son côté artiste éprise de liberté :

«Mais qui sont-ils qui nous malmènent ?

Du haut de leur piètre intuition

Nous les auteurs nous les poètes

Nous que la vie fouette au front

Nous les heureux les libertaires

Les sans règles et sans solutions

Nous les rêveurs les éphémères ».

L’avant-dernier titre est une métaphore mettant en relief l’organisation sociale : aux échecs comme dans la vie, il y a les rois et les simples pions (d’aucun parlerait des premiers et des derniers de cordée).

La fin de l’album est carrément optimiste. Stéphanie réaffirme son droit au bonheur, fût-il, répétons-le, passager :

« La nuit me portera mon âme

À la lisière de tes pensées

Et à ton pied la belle fable

Te contera son odyssée

Sa lune fée ses étoiles

Et ses amours et ses secrets ».

Album n° 3 : COLLIOURE-QUIMPER

Chez toi

Collioure

Mon enfant

Nous étions deux

Ne laisse rien

Oublié

Quimper

Va

Le voyage

À écouter les premiers titres, on a le sentiment que ce deuxième CD est frappé au coin de la nostalgie : en témoigne déjà « Chez toi ». L’évocation d’une sorte de bohème aznavourienne :

« Pourtant les pâtes étaient trop cuites

Et du dessert y en avait pas

Mais «

On était bien chez toi …

… »On passait des soirées de suite…

À essayer de donner le la

À nos vies et à nos musiques ».

Hélas :

« Le temps a plu sur nous aussi

On se retrouve vingt ans plus bas ».

Cependant, tout n’est pas perdu :

Mes vers ne sonnent jamais tristes

Quand je pense à chez toi …

Et quand je fais de la musique

Mes gosses dansent et c’est extra ».

Je ne vais pas insister sur « Collioure », une reprise du premier album (la seule) à laquelle répond « Quimper ». Le présent dans cet autre port moins ensoleillé montre combien les heureuses journées près de la côte méridionale lui manquent. Sentiment d’abandon à Quimper, un peu comme Barbara à Vienne :

« Un peu seule trop longtemps,

Sous la pluie familière,

Je t’écris simplement :

Je t’attends à Quimper ».

Naguère, pourtant,

« Nous étions deux ».

Puis elle retrouve un autre temps plus lointain et également révolu en voyant jouer son marmot dans « Mon enfant », sur une très belle mélodie de comptine.

Il arrive aussi que la nostalgie ait un goût très amer : »Ne laisse rien « , un véritable coup de gueule :

« Pas une trace, pas un chagrin,

Tes faux aveux, tes faux regrets

En partant emporte-les ».

C’est plus que de la déception. Une froide colère envers celui qui a fait semblant de l’aimer.

Voilà sans doute pourquoi elle (même si elle utilise le masculin) va de l’avant dans une amnésie volontaire : « Oublié ». Là, c’est elle qui ne veut rien laisser.

Et puis au diable les blessures du passé ! « Va » est un conseil à un humain débutant :

« Va tant que tu peux

Même les soirs d’orage ...

Car la paix de ton cœur

C’est un trésor de reine ».

Il ne faut surtout pas céder à la fragilité. Elle en donne l’exemple dans « Le voyage » qui clôt ce troisième album :

Et face à moi, face à ma glace,

J’en ai figé de ces grimaces,

J’en ai pleuré de ces chagrins

Je n’ai pas fait volte-face …

Droit dans les yeux je suis restée,

Des douceurs inconnues

Des ciels inattendus,

Des amours retrouvés…

...Ce qui ne nous tue pas nous renforce

Et multiplie en nous la force

Chaque fois, de recommencer …

Et l’arbre grandit sous l’écorce

Et loin des troncs morts,

Il renaît. »

D’autres belles leçons de vie dans le prochain album ?

En attendant, vous pouvez vous procurer ces deux-là à la même adresse que le précédent :

stephanielignon@yahoo.fr

Vous ne serez pas déçus.

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