Lire voir entendre par Greg – A la ligne – Joseph Ponthus

Joseph Ponthus a un diplôme d’éducateur. Mais ça ne suffit pas pour trouver un emploi qui lui permette de vivre tout au long de l’année. Alors il s’inscrit dans une agence d’intérim et fait toutes sortes de petits boulots « à la ligne », dans des usines. Tour à tour, il conditionne des fruits de mer, égoutte du tofu, charge des carcasses de bœuf dans des camions.

Ce qui lui permet de tenir, ce sont ses compagnons quotidiens : son épouse, ses collègues, bien sûr, mais également Charles Trenet, Apollinaire, Dutronc, les auteurs grecs classiques et bien d’autres…

Ce texte va « à la ligne » très librement, ne s’embarrasse pas d’un schéma narratif précis. Il est rythmé par les cadences infernales, ses douleurs dorsales, ses échanges avec les autres salariés lors des pauses-cafés, les interventions des « petits chefs », les appels le soir pour travailler le lendemain très tôt, les fins brutales de missions, l’incertitude de retrouver une mission pour la semaine suivante, et tout de même quelques contrats en centres de vacances pour enfants handicapés.

C’est une douce mélodie, il s’en dégage malgré tout une bonne humeur, un détachement ironique. C’est une chanson, une odyssée, un poème. La poésie au milieu du vacarme des machines, parce qu’il faut bien vivre malgré tout, il faut bien s’exalter pour trouver la force de revenir le lendemain.

Mais ce n’est pas « esthétisant ». Il y a beaucoup de tendresse pour les précaires, les à peine salariés, ceux qui triment dans ces environnements inhumains. Il y a de rudes moments où il faut s’épauler, des coups de gueule, des rires nerveux ou de franches rigolades, des déprimes.

On y revient, on va « à la ligne » à chaque fois, ça ne manque pas.

Et on se prend à rêver à des lendemains qui chantent…

Quatrième de couverture :

Joseph Ponthus

À la ligne est le premier roman de Joseph Ponthus. C’est l’histoire d’un ouvrier intérimaire qui embauche dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons. Jour après jour, il inventorie avec une infinie précision les gestes du travail à la ligne, le bruit, la fatigue, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps. Ce qui le sauve, c’est qu’il a eu une autre vie. Il connaît les auteurs latins, il a vibré avec Dumas, il sait les poèmes d’Apollinaire et les chansons de Trenet. C’est sa victoire provisoire contre tout ce qui fait mal, tout ce qui aliène. Et, en allant à la ligne, on trouvera dans les blancs du texte la femme aimée, le bonheur dominical, le chien Pok Pok, l’odeur de la mer.
Par la magie d’une écriture tour à tour distanciée, coléreuse, drôle, fraternelle, la vie ouvrière devient une odyssée où Ulysse combat des carcasses de bœufs et des tonnes de bulots comme autant de cyclopes.

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