GUILAM le coup de cœur musical de Pierre Thévenin

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GUILAM

 » Vous avez acheté ce disque … et sans le savoir, vous venez de faire un petit acte de résistance ! « 

« Les disques ne se vendent plus  » est une phrase qui n’a pas de sens pour vous. Alors on peut insister encore ensemble. Et c’est beau, » un monde qui insiste  » ( merci Serge Joncour pour cette expression)…

Quand on écrit sur le web, on ne sait absolument pas si les mots seront lus, ni par qui, ni  » comment « . Mais là, en m’adressant à vous, je sais que vos oreilles s’apprêtent à découvrir cet Album.

Voilà ce que l’on peut lire sur la quatrième de couverture de son dernier livret ( intitulé  » Debout « ).

Si j’ai tenu à commencer mon coup de cœur par cette citation de Guilam lui-même ( citation que je compléterai à la fin ), c’est que je souscris entièrement à ses propos. Un CD, c’est comme un livre, un objet que l’on retourne dans tous les sens avant d’y pénétrer. Moi non plus, je n’aime pas le streaming à la mode ni les MP 3 où l’on grave et consomme de la musique au kilomètre. Un album, c’est une œuvre. Merci, Guilam pour cette nécessaire mise au point !

Cela n’empêche pas, ceci dit, de diffuser quelques vidéos sur le Net, très utiles pour savoir si l’on aime les chansons du monsieur ou de la dame.

Je ne surprendrai personne en précisant que j’ai entendu parler de Guilam dans la revue  » HEXAGONE « . Celle-ci ne paraît que tous les trois mois, ce qui nous laisse le temps de découvrir, d’écouter ( parfois 10 ou 20 secondes, d’autres fois 3 ou 4 chansons ) les artistes.

Cinq albums en tout, si l’on prend en compte celui réalisé en duo avec sa fille Camille ( et il serait regrettable de ne pas le prendre en compte ). La majorité des textes sont de son cru. C’est le cas aussi des musiques, à deux exceptions près ( deux chansons qu’il a empruntées dans leur totalité :  » Tel un seul homme « , du Québécois Pierre Lapointe, une de ses idoles, et  » Dans la vie en vrai « , un titre enregistré par la grande Anne Sylvestre dans les années 80 ( album  » Écrire pour ne pas mourir  » ), à une époque où elle n’allait pas très bien. Anne et lui se sont rencontrés à Astaffort où il a écrit sous sa direction).

Parmi les quelques auteurs dont il a emprunté les vers, on trouve, pour deux textes, Bernard Dimey, pour un autre Lise Martin ( que j’envisage de vous présenter un de ces quatre samedis ) et quelques noms qui m’étaient inconnus, notamment une certaine Rachel Delahaye ( le chanteur lui-même, pour l’état civil, se nomme Guillaume Delahaye et ce n’est pas une simple homonymie, d’autant qu’une Camille Delehaye, sa progéniture assumée, intervient vocalement dans plusieurs chansons ; il a même enregistré avec elle ( voir plus haut ) tout un disque, du folk où il l’accompagne seul et brillamment à la guitare).

Ce qui m’a séduit dès l’abord, ce sont ses mélodies, les arrangements, tout en finesse, jamais envahissants, et la voix, en même temps douce et résolue, expressive et familière : on dirait qu’il ne chante que pour celui ou celle qui se trouve devant son lecteur de CD ou pour chacun de ceux qui sont assis dans la salle.

Brassens disait que l’on entre dans une chanson par la musique et que l’on y reste pour les paroles. Une preuve supplémentaire avec Guilam. Signalons que c’est avec les chansons de tonton Georges qu’il a appris la guitare.

Mais si nous en venions aux textes ? On peut noter une progression dans les thèmes qu’il aborde : d’abord, dans son premier opus, «  Les gens importants « , après avoir en quelque sorte justifié, non sans une certaine angoisse, son rôle d’artiste

« Maux écrits «  :

« Si je pouvais enfin traduire

Sans déformer toutes les idées

Qui viennent sans jamais s’arrêter

Me faire rêver ou me détruire

 J’vous embarquerais avec moi

Pour mes névroses ou pour mes joies

Petit voyage à l’intérieur

 De sensations à fleur de cœur »,

il s’efforce de se libérer de tout conformisme. Les exemples sont nombreux :

 » Et on photocopie

L’arrêt est impossible

La machine est lancée et beaucoup trop sensible

Les pages se gaspillent

Les espoirs s’éparpillent …

Mais cela n’serait rien

Si l’on avait bien lu

Notices conseils malins

Alors on aurait su

Qu’un autre p’tit bouton

Bien caché peut se voir

Qu’il n’est jamais trop tard

Pour remettre en question »

 » Photocopies « 

ou  » Un pianiste en hiver  » où un musicien donne à entendre à l’air libre son volumineux instrument par une température de saison. Il ne gêne personne, au contraire. N’empêche que

 » Des hommes de loi passant par là

Firent appliquer ce que de droit

Il dérangeait l’ordre public « 

cette chanson m’a fait penser à  » Contumace « , de Félix Leclerc, où un homme philosophe sans les diplômes requis et un jeune garçon fredonne en marchant une chanson  » bien inconnue dans les maisons de publication ».

À partir du deuxième album,  » Hasards « , le chanteur a pris son essor. Plus besoin de se justifier, il suit sa  » Nouvelle voie « 

« Avec moi vivre en accord

Sur le bateau ivréel

Délaisser mes petites morts ».

Ça ne l’empêche pas de se poser encore des questions, par exemple sur les  » Limites  » :

 » C’est à partir de quand

Qu’il faut se séparer

Avant d’en arriver aux blessures inutiles »

Ni , d’ailleurs, d’en remettre une couche sur l' » Étiquetage  » :

« On t’a donné un numéro

un caractère, des défauts

Tes qualités sont attribuées

Faudra juste les respecter … Tu es une fille tu s’ras coquette … Tu es un « homme » tu seras

Viril et fort, t’as pas le choix ! »

Le début de la chanson-titre,  » Hasard  » ( avec un s lorsqu’il s’agit du titre de l’album ), est une sorte de maxime :

 » Qu’y avait-il dans ce regard

Quand vous cherchiez à me croiser

Au début j’ai cru au hasard

Puis ce hasard s’est répété

Et un hasard qui se répète

C’est un hasard très obstiné  » 

On a vu que Serge Joncour, un auteur que je connaissais pas, avait largement contribué à ce bonheur d’écriture, Reste que les textes de Guilam n’ont rien à envier à Dimey, Lapointe ou Anne Sylvestre.

On s’en aperçoit aisément dans le CD suivant avec plusieurs signatures en plus de la sienne : pour une double évocation des jeunes années ( » L’enfance « ), celle de Bernard Dimey ( » Bon Dieu! que mes douze ans ont du mal à finir « ) et «  Les couloirs du pensionnat « , celle d’Iza Loris. et, bien entendu, celle d’Anne Sylvestre dans «  La vie en vrai  » :

 » C’est vrai qu’on dit : ! « C’est beau la vie comme chez les autres

On rêve de vivre aussi bien que les voisins … Mais si on veut bien se pencher à la fenêtre

On voit qu’ils regardent tout aussi bien chez nous … ». 

Que l’on compare avec  » Courant d’air  » ou «  Lucidité « !

Là, on est bien loin de l’affirmation quelque peu hésitante de sa personnalité qui présidait aux premières chansons. Désormais, il est question de «  Vivre avec folie « :

 » Si c’est avec folie que la vie nous emporte

Je pars à ses côtés avant que la cohorte

Des « bon, sois raisonnable », tu le regretterais

Ne fige l’indomptable, l’enfant qui sommeillait « …

Le dernier album de Guilam porte, je l’ai écrit pus haut, un titre qui semble confirmer cette maturation : « Ce sont les coups de cœur qui font qu’on tient debout « . Ceci dit, on trouve, plus loin, un léger bémol : «  Ce sont les coups de cœur qui font qu’on devient flous « . Mais qu’importent les incertitudes et les coups du sort qui subsistent (n’est-ce pas Anne Sylvestre qui a écrit  » Les gens qui doutent  » ?).

Tout ne peut être blanc ou noir et je terminerais avec la chanson, justement intitulé  » Mais  » :

Y’a tout ce qui empêche

Ces élans qu’on retient

Mais deux trois mots dans la brèche

Ton regard qui m’étreint

Je vous avais promis, au début de cet article de compléter la citation du chanteur dans le dernier album en date dont je viens tout juste de vous parler. Nous nous étions arrêtés au contenu sonore. La fin vaut la peine d’être ajoutée : 

 » Puis surtout, cet objet que vous tenez avec AMOUR … c’est également une recherche visuelle avec le travail plastique d’Antoine Josse. Chaque chanson a inspiré un tableau « . C’était déjà le cas dans  » Confidences  » ( le troisième album). On y trouvait aussi les petits dessins du même Antoine avec leurs personnages filiformes. Pour  » La vie en vrai « , on peut voir un funambule au-dessus d’une vallée profonde avec un deuxième personnage qui tient le bout du fil aussi ténu que les bonshommes et qui résume tout à fait les élans dont sont imprégnés les textes. Élans soutenus par un ami, un amour ou je ne sais qui d’autre.

Je m’en voudrais de ne pas consacrer quelques lignes au CD de folk réalisé en duo avec sa fille Camille ( je l’ai déjà mentionné ). Je ne vais pas entrer dans les détails de l’inspiration mais seulement vous dire à quel point les deux voix s’accordent. Une petite merveille car beau timbre ne saurait mentir.

Reste maintenant à vous indiquer de quelle façon vous pouvez vous procurer l’un de 5 CD (ou les 5 si vous voulez). En plus du plaisir que cela vous procurera, ce sera, donc, un geste militant : http://guilam@guilam.com

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