Julie Ladret – poésie

Ô combien l’attente est longue quand je ne sais où tu vas.
Quoiqu’immobile, nous y allons bien, toujours debout, le ventre lourd, les membres saillants, les mains trouées et l’œil borgne.
Je panique souvent de te savoir si près sans savoir qui t’es-je, qui te suis-je? Moi?
Tu réponds toujours fermement à mes ouvertures et inversement.
Alors je panique. Est-ce au moins juste? Debout, je panique.
A ramper, j’étais bien sans question, complètement livrée à l’effusion.
A infuser dans ton jus, à transfuser ce qu’il te manquait de moi.
Pourquoi a-t-il fallu que je me redresse!
Le pire, le pire aura été d’apprendre à te lire, alors écrire penses-tu que j’y arrive un jour ! D’ailleurs penses-tu?
Travail des sons…
Tu dis-je: « La poésie est souvenance: le son précède le sens! ».
Tu me syllabes à ne rien y comprendre et je te fais la part belle du beau, cela suffit!
Tu tises l’amour sous ma chemise dans ce qui bat mes heures jusqu’aux ajours.
Alors, je panique. C’est ainsi. Debout, je panique.
Je suppose que même l’arbre debout panique de tomber un jour.
Pourtant il meurt, de la même manière que la plupart, debout, ne sachant se débouter seul de sa souche. Il attend la tempête.
Il lui faut, avant, démêler l’entrelacs de ses autres et de ses hôtes. Pairs, mousses, champignons, espèces étrangères sauront sauver sa verticalité.
Un mélange est plus solide qu’un ordre.
Il est de bon ton de mettre bon ordre à sa vie avant de mourir (tu as raison, le son précède le sens, à moins que ce soit l’œil!!!)
Je suppose ce que doit être une mort tranchée dans le sort de soi.
Une mort que seule la volonté provoque par le simple fait de ne rien faire et de se rendre invisible à tout langage.
Une ordalie végétative.
Quand la sciure devient science de l’humus, cette intelligence à part de l’homme.
Je suppose que si je me fais bois de veinures, le dur, de ceux dont on fait les meubles, je me déplacerais sans racine, me reformerais d’un ailleurs, un œil souchet au cœur de l’être.
Je suppose que, séchée, ta sève sèvrerait l’amour de lui-même.

Qui t’es-je, Qui te suis-je ?
Moi? Dans ton grand déméningement!
Mais que puis-je faire d’autre que de me paniquer, que de te supposer ?

Recueil – « Tu sais-je « 

Photo : sculpture éphémère by Naucisaa

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