Julie Ladret :  » Qu’est ce que le bonheur  » ?

J’ai toujours trouvé un peu pervers de poser la sempiternelle question  » Qu’est ce que le bonheur  » aux enfants des aumôneries aux MJC.

Alors que tant de penseurs, laïques ou non, ont cassé leurs plumes en tentant de le définir.
Mais à bien y réfléchir, il s’agit sans doute d’un acte désespéré a percer son mystère, les grands se souviennent que l’enfance en détient le secret.
Demander à un enfant de définir le bonheur avec les vocables que les adultes ont imprimés dans son cerveau rend le résultat peu probant.
Des petites lettres griffonnées sur les post-it, on trouve des envolées anagogiques « croire ou rendre un monde meilleur »; creuses  » faire plaisir aux autres » (cet enfant était sous drogue de l’ascendant, vous savez celle qui empoisonne au biberon) ou mignonnes et sans doute au plus proche du secret « manger des bonbons ».
Coller des mots sur le bonheur est une peine perdue d’avance.
Tour comme ce qui va suivre…

Le bonheur est de se leurrer si bien et si fort qu’on croit l’entendre encore.
S’il est bavard avec l’enfance, grandir empire ses silences jusqu’à se taire à jamais.
Il est le vide d’un désert dans lequel il ne faut garder de l’autre que le mirage qu’il laisse derrière lui sans jamais rattraper ce qu’il est.
L’autre n’a pas d’eau pour nous mais son sillage est la berge qui contient les pluies.
Le bonheur est d’être suffisamment assoiffé de vie pour croire encore aux oasis qui s’évanouissent sans cesse sur nos langues.
C’est d’aimer, oui aimer la brûlure du sable sous nos pieds et s’endormir immunisé contre le froid venin des nuits…

Avec la désespérance propre à l’adulte, je me surprends à poser la question fatidique à ma fille.
Non surprise, les mains pleines de fils de laine accrochés à ses doudous, elle répond avec l’évidence propre à l’enfance:
« C’est de se raconter des histoires »

Le bonheur est de se leurrer si bien et si fort, qu’il en devient narratif, c’est de se réinventer à l’infini si, toutefois, nous trouvons la pelote de laine.
C’est comme jouer au poker avec soi-même et bluffer son réel.

Ma fille me regarde étonnée, je lis à voix haute, je me tais pour ne pas offenser l’enfance qui sait.
Le bonheur est de la voir l’enfanter.

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