Serge Granjon Le roman de l’histoire de Saint-Etienne – Un tour de France mouvementé ( 1904 )

De la grande boucle au circuit fermé

Henri Desgrange en 1892-

«Le Tour de France est terminé et sa seconde édition aura, je le crains bien, été aussi la dernière », annonçait fin juillet 1904 Henri Desgranges, le fondateur de la course.

« Il sera mort de son succès, des passions aveugles qu’il aura déchaînées, des injures et des sales soupçons qu’il nous aura valus des ignorants ou des méchants ». La région stéphanoise, traversée pour la deuxième étape de ce Tour 1904, en offrait un large échantillonnage.

Le contrôle installé place Fourneyron proclama Faure, l’enfant du pays, premier. Soupçonnés de tricherie, et pour rendre leur loyauté crédible, les commissaires aux courses s’indignèrent contre « l’agression de certains coureurs », méthodique et variée. Depuis le commando qui, à Terrenoire, avait semé sur la route clous et tessons de bouteilles…sans oublier le jardinier qui, place Gambetta, avait jeté sa faux dans les roues d’un concurrent ; jusqu’au raid sur le plateau de la République. Il avait pour objectif de ligoter Maurice Garin, premier vainqueur du Tour et grand favori…avec la vingtaine d’individus expéditifs, qui l’avaient accusé d’irrégularités puis matraqué au Grand Bois ; un moyen radical de garantir à Faure ses sept minutes d’avance dans la côte de Planfoy ! ( Photo  Maurice Garin  )

Le Circuit Forez-Velay

Au mois d’octobre suivant, il avait lieu pour la première fois. Soucieux de ne plus se faire incriminer, les contrôleurs mirent l’accent sur leur intégrité d’un bout à l’autre du parcours. L’arrivée de Faure en tête laissa supposer que son classement, à Fourneyron, n’était pas usurpé. Quant aux « polymultipliés », étranges montures mécaniques de dix-huit à vingt kilos, ils rendirent moral et confiance aux sportsmen stéphanois, déconcertés depuis juillet, surtout quand l’un des « jockeys » s‘appelait Vélocio. De quoi garder le nez dans le guidon…

En 1905, juste après le Tour de France, finalement reconduit, fut organisée la seconde édition du Circuit Forez-Velay. Dès le départ, à Bellevue, professionnels et amateurs se jetèrent à l’assaut de la Croix-de-l’Orme, comme s’ils ne devaient pas affronter d’autres côtes.

Des contrôleurs les suivaient, sur motocyclettes Torpille…un mot annonciateur, pour tout contrevenant, d’un rapport explosif. Jean Gaucher, le fabricant d’armes, avait mis à la disposition de la presse un magnifique landau automobile, signé Clément-Bayard. Ses fougueux chevaux-vapeur ne pouvaient, sous une marque aussi chevaleresque, que rendre les passagers sans reproche.

D’ailleurs les journalistes ne perdirent pas la course d’un tour de roue. Le contrôle officiel d’arrivée, à la Terrasse, précédait le dernier, à l’Hôtel de Ville. Des grappes humaines suspendues aux gradins de la mairie et la place noire de monde acclamèrent le nouveau champion du Circuit. Il s’appelait Marmont, comme un maréchal qui avait, pour finir, trahi Napoléon. Mais cet autre Marmont préludait peut-être, pour le vélo stéphanois…à un nouveau cycle épique.

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