SARA VEYRON (chante Georges de Cagliari) – Le coup de coeur de Pierre Thévenin

SARA 

Voyage d’hiver (mus. : Jehan) 

Sara (mus. : Gilbert Lafaille) 

Complainte à François Villon(mus. : Jehan)

Femmes du Maghreb (mus. : Fred Parker)

À mon fils (mus. : Philippe Biais)

LA BEAUTÉ DU VENT 

 Complainte à François Villon

Voir la licorne (mus. : Gérard Pierron)

 Ballade pour une errance (mus. : Olivier Foucher)

Le marchand (mus. : Gérard Pierron)

La vieille et la pluie (mus. : Étienne Goupil)

La beauté du vent (mus. : Eddy Scharff)

Les pierrots lunaires (mus. : Philippe Biais)

Les rires et le Clown (mus. : Yves Jamait)

Banlieues (mus. : Pierre Margot)

L’Éternelle (mus. : Romain Didier)

Télécon (mus. : Fred Parker)

La chanson triste (mus. : Eddy Sarff)

Charity Business (mus. : Nathalie Miravette)

Femmes du Maghreb

Les visages (mus. : Bernard Joyet)

L’un et l’autre ont déjà une riche carrière derrière eux ( poésie, théâtre, mise en scène et aussi journalisme radio, sans oublier l’humanitaire : il serait trop long d’énumérer leurs itinéraires respectifs ). Nous allons nous intéresser à leur collaboration ( ce n’est pas la première ) chansonnière et vous allez voir qu’il y a de quoi écrire.

Parmi les compositeurs, deux vous sont connus grâce au Dix Vins Blogs ( les complices Nathalie Miravette et Bernard Joyet ). D’autres, comme Didier, Lafaille ou Jamet, ne vous sont peut-être pas étrangers si vous suivez la chanson comme elle va.

J’aime beaucoup l’interprétation de Sara, tout en nuances, de la fausse nonchalance au coup de gueule (« Le marchand ») en passant par l’ironie. Dans « Télécon », elle s’offre, le temps d’un refrain, juste après le couplet qui se termine par « tout est clean et tout est all right « la fantaisie d’un accent british. Sans jamais surjouer.

Collaboration artistique ? Certes, mais la chanson-titre du premier album est la seule qui parle d’amour. Alors…

« Je n’ai plus de feu que de toi,

Plus de sang qui ne te dessine

Je n’ai foi qu’en ce qui chemine

Entre tes gestes et mon émoi. »

Un jour, lointain sans doute, le facteur temporel s’invitera dans cette si belle union :

« Je ne veux être que de toi

Pour que s’égrène entre nos doigts

Le temps qui me reste à t’aimer »

« Le temps qui me reste à t’aimer » : c’est peu dire que le fil des jours, des années et même des siècles a une place de choix dans l’œuvre de nos deux tourtereaux :

« Voyage d’hiver » :

( Nostalgie des jeunes années ) 

« S’il n’est de nous ce chant qui meurt

Est-ce la plainte souveraine

De ce que nous avions au cœur

Quand nous étions pleins de candeur »

« À mon fils » (pour une éducation poétique) :

« Je n’ai su te donner ni le poids lourd des cartes

Ni le sommeil qui fait les matins conquérants

Mais j’ai comblé pour toi quelques larmes au Levant

Pour que la fleur qui s’ouvre te soit plus écarlate

Plus tard, quand un oiseau chantera sur ton toit ».

Ou encore « La vieille et la pluie » :

« Les rues me font comme une escorte

Où je me perds à petits pas

Et j’ai le cœur cerné de portes

Où mon amour ne rentre pas.

Ouvrez-moi pour que je raconte

Le fil d’Ariane à vos enfants

Et que se mêlent dans leurs contes

La fin et le commencement »

« La vieille et la pluie sont à mêmes larmes

Le temps se fait gris

Le temps nous désarme. »

Tout espoir est-il perdu ? La vieille dame n’a-t-elle plus qu’à attendre la Faucheuse ? Peut-être pas. Qu’on en juge :

« La vieille et la pluie

Sont mers qui se fondent

Frissons d’infini

Tendresse du monde

Au bord du ruisseau

S’enchante, s’enchante

D’une perle d’eau. »

Georges n’est pas foncièrement pessimiste, il sait presque toujours trouver une perle de consolation quelque part. Sauf dans « Les pierrots lunaires » (où sont passés les tziganes? Voir un peu plus bas) ou « La chanson triste » qui porte bien son titre :

« Du plus obscur qu’il me souvienne

À mon beffroi tinte la peine

D’un contre-été

Désaccordé. »

Le temps qui passe n’est pas seulement celui notre existence éphémère. Le monde, l’environnement se transforment, évoluent, souvent en mal. Tout est dans la « Complainte à François Villon » :

« Passent les siècles et les calendes

C’est toujours temps de déraison

J’en mourrai mais je me demande

Où repose François Villon ».

Il faut y voir un double sens : Maître François a quitté la notoriété à la cloche de bois pour des raisons bassement judiciaires et nul ne sait ce qu’il est advenu de lui.

Et pui il y a son univers, son environnement qu’il ne risquerait pas de reconnaître de nos jours.

«Haussmann a rasé tes ruelles

Nous vendons nos vies à l’encan

Pour quelques sous dans l’escarcelle

Et l’achat d’objets plomb-dans-l’aile

Valant moins que neiges d’antan ».

Était-ce vraiment mieux avant ? Je dirais que oui, hormis dans certains domaines tels que le confort ménager ou la médecine (à condition de pouvoir en profiter). La technologie, c’est comme la langue d’Ésope : la meilleure et la pire des choses. Tout dépend de l’usage qu’on en fait. Combien de téléspectateurs regardent ARTE ou FRANCE 5 (ceux qui lisent mes coups de gueule savent combien ces chaînes me sont chère) ?

Et, justement, Georges n’y va pas avec le dos de la cuiller lorsqu’il parle de la télé. Là, on est carrément dans le coup de griffe et la voix de Sara suit, ainsi que je l’ai écrit au début. Le titre est on ne peut plus parlant : « Télécon » :

« Avant j’avais soif de justice

Je voulais un monde meilleur

Et je cultivais tous les vices

Qui font les peuples sans grandeur »

« Je me cultive à la télé

Grâce au « mieux-disant culturel »

« J’avais de coupables faiblesses

Pour quelques prétendus chanteurs :

Brassens et ses histoires de fesses

Et Ferré l’éternel râleur ».

Léo et l’autre Georges nous renvoient tout droit à Villon : « La poésie fout le camp, Villon » (Ferré) et « Le moyenâgeux, sans parler de la « Ballade des dames du temps jadis » (Brassens).

Les écrans ne sont pas son unique cible : Il n’épargne pas non plus, Dieu merci, les fauteurs de mort (qui ont, ceci dit, toujours existé) :

« Marchand d’armes, c’est un métier

Comme cordonnier, charbonnier »

(« Le marchand »).

Ni les « professionnels » de la bonne conscience qui se lamentent (surtout quand ça rapporte) sur le destin des peuples exotiques et ne voient pas les naufrages humains devant leur porte ( » Charity business « ) :

«Toute la misère est pour moi

Pour peu qu’elle soit au bout du monde ».

Qui se soucie vraiment des migrants ? Des Roms ? On les refuse, on les chasse :

« Ballade pour une errance » :

«Elle a les lèvres barbelées

Des enfants que l’on a fait taire » 

Transmis à Orban et autres Salvini. Sans oublier notre Jupiter qui ne sait pas sur quel pied danser devant l’afflux de gens qui cherchent simplement à sauver leur peau.

« Les pierrots lunaires » 

« Écoutez claudiquer le vent

Sans frissons et sans vague-à-lâme

Des violons brûlent au firmament

Mais où sont les chants des tziganes ? »

Je m’en voudrais de conclure sur une note aussi peu réjouissante :

Dans « Les rires et le clown », point un espoir, comme pour la fuite des jours à l’échelle individuelle :

« Dans un cirque étoilé

Pour des soleils-enfants aux rires incandescents

Le clown fera revivre, ridicule et savant

Les rires où sont cachées les détresses du monde ».

Et puis il y a « La beauté du vent », un hymne magnifique à la liberté de vivre hors des sentiers battus et rebattus :

« Celle qui n’avait rien de beau

Au dir’ des cafards et des sots

S’envola un soir de tempête

Et l’on vit bien que ses sabots

Dansaient de comète en comète ».

Vous avez dit « Lazare et Cécile » ? Ou encore « La femme du vent », deux œuvres d’Anne Sylvestre ? Bien vu.

Il serait injuste de ne pas vous dévoiler les noms des musiciens accompagnateurs : ils ne sont pas nombreux : pour l’album 5 titres : Yann Péchin ( guitares ), Arnaud Dieterlen ( batterie ), Bobby Jocky ( basses ) ; le 15 titres : Philippe Mira ( piano et arrangements piano ).

L’abondance de citations a rallongé mon article et encore je me suis retenu, sans quoi je vous aurais livré l’intégralité des textes. De même ai-je occulté, de manière pas très judicieuse, « Femmes du Maghreb » qui une chanson importante, sur les déçues ( pour ne pas dire plus, je pense, bien sûr, à la Syrie mais pas seulement) des printemps arabes.

Vous avez pu juger de la puissance poétique de Georges de Cagliari qui, par moments, excusez du peu, m’évoque Aragon. Pour en savoir plus, prenez le temps de regarder les vidéos ci-dessous. Et pour vous faire une idée encore moins fragmentaire, commandez les albums à :

contact@lamusaraigne.com

ou en appelant le 01 43 61 62 90

( 06 52 78 97 70 si vous préférez le portable ).

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