RÉMY LONG, le coup de coeur musical de Pierre Thevenin

RÉMY LONG

Elle disait (1998) :                                     Corde sensible (2008):

On naît, on vit, on meurt                                  Les mots

Elle disait                                                        Capitaine

Le chemin                                                        J’te tue

Communiquer                                                   Genre humain

Un long voyage                                                 Climat

La dérive                                                         Morne semaine

Télé                                                                 L’enfance

Le quai                                                             Ma jeunesse

Elle                                                                  Refuge

Le fou                                                              Bouteilles à la mer

Vivre                                                                Emporte

                                                                        Couleurs d’automne

Rémy Long, c’est d’abord une voix, virile, mélodieuse, qui vous prend aux tripes, et des musiques, entraînantes, quelquefois au bord de la frénésie (« On naît, on vit, on meurt »), dans d’autres chansons un peu plus retenues mais le plus souvent « swinguantes ». On l’imagine tout à fait interprétant du jazz. La mélancolie, surtout dans le deuxième CD, n’est, ceci dit, pas absente («L’ enfance »). 

Il n’a enregistré que deux albums (à ce jour ) mais où absolument rien n’est à jeter. Son univers poétique oscille entre le coup de gueule et la tendresse nostalgique :

Coups de gueule :

« Elle disait ce n’est pas ma guerre

Et peu m’importe d’où tu viens

Les guerres sont affaires de riches

Et d’ailleurs je n’y comprends rien » :

« Elle disait » :

le massacre vu par l’œil d’une mère ( un peu comme dans « Maria » de Ferrat ) qui, après avoir perdu ses enfants, succombe à son tour. Pourquoi ?

« Et qui donc leur donne des armes,

A ces bandits de grand chemin

Pour quel dieu verser tant de larmes,

Pas de pitié pour les humains »

( vous avez dit « Dassault ? Vous avez dit « Rafale ? ). Il est question, dans cette chanson, de châteaux de sable éphémères qui rappellent la chanson posthume de Brassens. Nous  reparlerons du Sétois un peu plus loin.

 Ou encore « La dérive » :

J’en ai vu crier trop fort, fiers de leurs nouveaux dix-huit ans

Se laisser porter par le vent, finir standards à vingt-cinq ans

J’en ai entendu des paroles d’amour, de générosité

Habilement récupérées pour obéir au protocole ».

Trop de bruit pour rien dans ce monde moderne où il est de plus en plus difficile de « Communiquer »

Mais que me disiez-vous, je n’ai pas entendu,

Dans tout ce brouhaha, ma tête était ailleurs

Me parliez-vous de vous, je ne m’en souviens plus …

Tous les jours des affiches, des spots, des projecteurs,

Combien de décibels, de mots et de couleurs

Tout le monde te parle selon le mode humeur ».

Quelquefois, il se sent impuissant face à ce conformisme vulgaire et destructeur des valeurs humaines : « Ça bouffe, ça éructe, ça mange bruyamment, ça s’écoute parler, ça cause sans savoir … »

Tout n’est pas perdu pour autant :

« Peut-être un jour, peut-être, entendrai-je des voix

Murmurant le partage et l’amour du prochain

Lorsque l’humanité changera de chemin

J’ouvrirai grand mes bras, on se reconnaîtra »

 « Le genre humain « . 

Tendresse :

Il existe des endroits où l’on peut trouver un peu et même beaucoup de chaleur : dans les chansons de tonton Georges, par exemple ( nous y voilà ) :

« Ils habitent là-haut mais on le dit tout bas

Si tu passes le pont, mécréant ou bourgeois

Tu quittes le vieux monde de clinquant et voilà

Mon vieux Georges on dirait qu’on n’attend plus que toi »

« Refuge ».

Lui-même trouve une consolation dans la musique, dans l’écriture :

« Je fais un long voyage

Au pays des vivants,

Quand vous tournez les pages

Je mets des mots dedans

Tantôt joyeux ou triste, je vis par les chansons.

Qu’un accordéoniste a mises dans ma maison »

« Un long voyage » au cours duquel il croise Lafforgue, Bécaud, Piaf, Nougaro…

C’est qu’il ne faut pas rater les occasions qui s’offrent à vous : « On naît, on vit, on meurt, on n’a que le temps d’avoir peur » : « On naît, on vit, on meurt », sur un rythme forcément endiablé, ainsi que je l’écrivais au début.

Certes, tout un chacun n’est pas artiste. L’existence est une aventure incertaine mais il faut d’autant plus saisir la chance quand elle passe :

« On est des bouteilles à la mer

Les yeux fermés le cœur ouvert

A l’inconnu

Passant de l’ombre à la lumière

…Pour échapper aux cœurs de pierre

Qui pleurent nos vies solitaires

D’espoirs déçus/Pour un autre voyage

Un décor, une image,

On serait bien capables

De rester sur le sable

Serrer la main de quelqu’un.

A l’intérieur porte un message

Pour quoi, pour quand, fin du voyage

Bonheur malheur

Va savoir qui lira la page

Si c’est un fou ou bien un sage

Malheur bonheur ».

Un retour aux sources, une petite madeleine apporte également du réconfort :

« C’est tout ce qui revient, qui remplit la mémoire

C’est tous ces cailloux blancs ou noirs de ton histoire

C’est des gestes oubliés qui reviennent en surface

Pour une odeur qui passe, une chanson retrouvée »

« L’enfance ».

Et l’amour dans tout ça ? Il n’en est guère question, il le garde pour lui. Pudique, il évoque une compagne ( réelle ou imaginaire, on l’ignore et peu importe ) :

« Je ne parlerai pas d’elle, et surtout ne cherchez pas

A me faire dire tout bas l’émoi

Que j’ai toujours avec elle,

Quand je sens avec effroi que le duvet sous ses ailes

Est froid ».

Imaginaire peut-être, mais poignant.

Quelques mots, pour terminer, sur sa technique d’écriture : on voit dans les derniers vers cités que les rimes se font parfois entre le milieu d’un vers et la fin du suivant : effroi – froid). On a d’autres exemples :

« Ma jeunesse a plongé dans de sombres abîmes

Et c’est grâce à la rime si je peux le chanter »

« Ma jeunesse ».

Ici, les rimes se croisent : « plongé » – « chanter » et abîmes » – « rime »

De gros nuages en bateau ivre

Qui poussent des bambous dans l’eau,

Sortaient des pages de mes livres, entre deux eaux »

« Le quai ».

Souvent aussi, il détache, à la fin d’un vers, un mot ou deux, créant ainsi un mini-suspense. Est-ce vraiment délibéré ? En tout cas, il n’en abuse pas . Parmi les personnes remerciées, on trouve, dans le premier album, un dénommé Michel Boutet, un nom qui doit dire quelque chose aux lecteurs réguliers du Dix Vins Blog.

Tout ce qu il nous reste à espérer, c’est qu’un troisième album voie le jour. Un tous les 10 ans : 2008 – 2018 : nous y sommes.

Il lui reste encore quelques CD : pour le contacter : long.remy.free.fr

pour les vidéos  :

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