Frédéric BOBIN :  » Les larmes d’or  » Le coup de coeur musical de Pierre Thevenin

Le soir tombe

Super 8

Tant qu’il y aura des hommes (en duo avec Kent)

La maison de mon grand-père

La vie qu’on aurait pu vivre

Une goutte d’eau

Le dernier voyage de Sindbad

Jimmy

Les étreintes intermittentes

La fiancée

Musique blessée

Les larmes d’or

C’est le 5° album de Frédéric Bobin en 16 ans. Écrit comme tous les autres à 4 mains : tous les textes sont de la plume de Philippe, son frère aîné. Depuis qu’ils étaient tout mômes, ils ont pris l’habitude de collaborer ainsi et, lorsque Frédéric s’est lancé pour de bon dans la chanson, ils ont tout naturellement continué.

Guitariste mais aussi pianiste émérite, Frédéric est flanqué, de quelques autres musiciens talentueux : Mikael Cointepas (contrebasse, percussions), Hélène Paris (violoncelle), Vincent Dupuis (harmonica). Je signalerai en passant que les photos illustrant magnifiquement le livret sont de David Desreumaux, rédacteur en chef de la revue HEXAGONE, qui a également réalisé tous les portraits d’ Anne Sylvestre sur les 19 albums de son intégrale. On ne s’étonnera donc pas que les clichés d’HEXAGONE soient d’une qualité supérieure.

Frédéric, de sa voix chaleureuse, nous déroule ses ballades. Avec quelques épisodes plus vifs, comme « Jimmy ».

À la quarantaine, donc à mi-parcours compte tenu de notre espérance de vie, Frédéric-Philippe a (ont) éprouvé le besoin de faire le point. Dans toutes les premières chansons, le temps (celui qui passe) occupe une place prépondérante.

Nostalgie, regrets, bilan mitigé :

Le soir tombe

Et je n’ai pas changé le monde

J’ai laissé passer les cigognes

Distrait par de vagues besognes

 « Le soir tombe « 

 Que sont nos amoureuses devenues

Qu’on a connues trop tôt et mal aimées ?

 « La vie qu’on aurait pu vivre« 

Elle avait le pas léger

La beauté du diable

J’aurais voulu la figer

Dans la fleur de l’âge

  » La fiancée« ,

celle qui a toute l’amour devant elle mais dont le destin, révélé par « une vieille bohémienne » va mal tourner. On n’en saura pas plus et l’on pourra donner libre cours à ses conjectures

Voilà pour le négatif. Mais une existence faite de poésie ne peut être foncièrement ratée :

 J’ai laissé au bord du sentier

Quelques poèmes inachevés

Si tu viens les cueillir demain

Je veillerai jusqu’au matin 

«Le soir tombe »

 C’est un homme

 Qui transforme

Ses chagrins

En doux refrains 

«Les larmes d’or » 

Aimez, aimez, il en restera toujours quelque chose !

Ou encore « Super 8 » où les frangins parcourent le film de leurs jeunes années :

Même si les vents

Deviennent contraires

J’aurai tout de même

Semé quelques graines

Dans le bleu des villes

Des mots et des notes

Qui cognent à la porte

Des cœurs en exil 

Et puis la fuite des jours, c’est fait aussi pour qu’on la prenne à rebours :

J’aime ce qui n’est plus

J’aime le temps perdu

Les blessures éternelles que personne n’opère

Les parfums surannés

Les illusions fanées

Tout ce qui vit dans la maison de mon grand-père

 «La maison de mon grand-père » ;

« Quand tous mes rêves mercantiles

Me seront arrivés

Quand les lumières de la ville

M’auront aveuglé

J’irai retrouver mon enfance

Mon vieux traîneau

Je reviendrai boire à la source une goutte d’eau »

«Une goutte d’eau ».

On a bien compris, dès « Le soir tombe », qu’ils ne pensent pas qu’à leur petit nombril. Qui dit folk song dit aussi protest song. Avec leurs modestes moyens, ils aimeraient apporter ne serait-ce qu’une petite lueur d’optimisme. dans notre univers en folie :

Tant qu’il y aura des hommes

Y aura des des représailles

Des peines maximum

Et des nuits de cristal …

Mais pour un seul poète

Qui vole vers l’azur

Mais pour un seul prophète

Qui fait trembler les murs

Et pour un géranium

Qui pousse dans les charniers

Tant qu’il y aura des hommes

On pourra espérer

« Tant qu’il y aura des hommes ».

À l’occasion, ils donnent dans l’actualité : puisant dans « Les mille et une nuits » (« Le dernier voyage de Sindbad »), où le temps ne fait rien à l’affaire, ils abordent le drame des migrants :

Voguer toujours tout droit

Ne pas se retourner

Même s’il faut crever

Se fracasser contre les barricades

Jusqu’à la noyade 

qu’en termes terribles cette chose-là est dite ! Pas question pour ces gens d’aller reprendre de l’espoir dans la vieille maison du grand-père. La nostalgie n’est pas de mise pour eux. Ils ne peuvent que se tourner vers des rêves on ne peut plus incertains : 

Il paraît que là-bas

Y a un futur à dessiner

Des fruits désirés

Des champs de blé et du miel en cascade

Auront-ils seulement le loisir de connaître le sort de leurs grands frères d’exil :

Dans les cages d’escalier

Derrière les portes closes

Y a des vies sacrifiés

Des destins qui implosent

Et au milieu des tags

Des terrains vagues

Il y a Jimmy

Patrouille de nuit

Ils ne peuvent prétendre, en tout cas, aux merveilles des nantis qui se foutent du tiers comme du quart monde :

Dans les lits de satin

Les palaces

On voit tout ça de loin

Comme un antique Farwest

Personne viendra ici

Seul sous la pluie

Il y a Jimmy

Patrouille de nuit 

Je n’ai pas envie de finir sur une note aussi sombre. On a vu le rôle de la poésie pour nous faire reprendre goût à la vie. Mais la musique n’est pas en reste : 

C’est une musique blessée

Qui a tant voyagé

De la terre d’Abraham

Au soleil de Louisiane

Une musique des bas-fonds

Qui a toujours dit non

 « Musique blessée »

À force, ça finira peut-être par payer. Et un petit coucou au regretté Marc Ogeret qui a bien mérité de cette musique blessée !

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