L’atelier d’écriture de Maître Henry-

Le Hurlement Noir dans l’Abysse de Ténèbres du Château Maléfique du Lord Grand SorcierSarah PIERRE-LOUIS

Et Notre Héros entama sa longue et triste quête, parce qu’encore une fois, le monde devait être sauvé. Et que cette fois, c’était lui qui devait s’y coller.Pourquoi, comment ? Il en sera parlé un jour, ô Grands Anciens ! Et cela fera encore un chant, un long chant que diront nos aèdes, car ce sont des circonstances bien étranges, bien bizarres, et bien… circonstancielles, qui l’amenèrent à se mettre en route pour des lieux si sombres.Notre Héros s’appelait Norbert Hobereau, donc NH, et ça tombe bien car ce sont sinon des prénom et nom prédestinés, du moins des initiales prédestinées. C’est pourquoi nous l’appellerons NH, ça simplifiera. Ou même Ènache, pendant qu’on y est.Ènache partit avec son sac à dos. Il était bien jeune à l’époque, presque un enfant encore ! C’est pourquoi il avait un petit sac à dos. Pas trop trop lourd. Avec dedans le minimum indispensable pour une longue et rude quête : matelas isolant enroulable, sac de couchage, sac à viande, pyjama (le haut plus le bas), chaussettes de nuit et chaussettes de jour (plusieurs paires de chacune des deux catégories), brosse à dents (dont il avait judicieusement raccourci le manche pour alléger sa charge) et dentifrice, lampe de poche et pile de rechange, bleuet (le petit modèle) et allumettes, recharge de gaz (petit modèle, pour petit bleuet), popote complète avec fourchette et cuillère en alu à manches courts (toujours pour diminuer le poids), et un opinel numéro sept, à virole, que le vieux sage de son village lui avait donné autrefois pour le remercier de l’avoir aidé à biner son jardin. Et d’autres choses, qu’il serait top long d’énumérer ici.Et le voilà parti, par routes et par chemins, par monts et par vaux, par vallons et par combes, par coteaux et par ravines, par pistes et par sentiers, par ponts et par gués, par forêts et pâtures, par champs et par prairies, par villages et par hameaux etc etc.Ce fut long. Des jours, des jours et des jours, qui finirent par faire des semaines et des semaines, puis des mois.Il était parti à la fin de l’hiver, pour arriver, du moins l’espérait-il, à la fin de l’été : ainsi il aurait l’automne pour revenir chez lui, et il serait bien au chaud dans sa douillette maison au sein de son petit village avant l’arrivé du Terrible Hiver.Enfin, c’est ce qu’il croyait.Mais où allait-il ? me demandent certains. Si si, dites pas non, y’en a qui demandent, je les entends :  »où où oùùù ? »Eh bien justement, tremblez braves gens, Ènache devait atteindre le Pays des Chouettes.Non, pas le Pays des Couettes, j’ai dit des chouettes. Celles qui font hou hou hou. Animaux bien connus, aux mœurs nocturnes et silencieuses, aux ailes douces et aux appels voilés.Quoique… quoique ces chouettes-là, celles qui habitaient le Pays des Chouettes qu’ Ènache cherchait à atteindre, ces chouettes-là, donc, étaient bien moins connues. Et personne d’ailleurs n’avait très envie d’en savoir beaucoup sur leur compte. Car elles n’étaient point des chouettes ordinaires.Oh non !Elles étaient des chouettes sorcières.Pas chouette chouette c’est chic c’est chouette, non non ! C’était des Chouettes Sorcières, ou plutôt : des Sorcières Chouettes.Parlons-en avec politesse, et déférence : en d’autres temps on les appela Euménides…Je ne n’étendrai pas sur ce sujet, de crainte d’incommoder certains dans l’assistance par leur seul nom, qui à lui seul évoque bien trop leur odeur (pestilentielle) et leurs mœurs (dévoreuses.)Personne n’a très envie d’aller dans le Pays de ces Chouettes-là.Mais Ènache, lui, n’avait pas le choix : c’était en cet endroit et en cet endroit seul que le sort du Monde se jouerait. Que le Monde serait sauvé, ou bien perdu. Et c’est sur ses épaules encore frêles que cette responsabilité était tombée : il y a des choses qu’on ne comprend pas, et auxquelles il est impossible de se dérober.Pour arriver au pays de Euménides, Ènache devait traverser une vaste et sombre forêt. Il y avait bien des dangers dans cette forêt. (Pour ces dangers, voir note numéro 1-a-1 en fin d’ouvrage.)Il dut traverser aussi un fleuve en colère (et très large.) Il y avait bien des périls dans cette onde profonde. (Pour ces périls, voir note numéro 1-a-2 en fin d’ouvrage)Il dut traverser aussi : une mer glacée, une montagne aiguë, des cavernes vertigineuses, un désert de silex, un parc de volcans, et même… la Bourse. (Pour leurs dangers et périls respectifs, voir les notes numéros 1-a-3 à 1-a-6. Pour la Bourse, voir le Financial Times. Ou alors la rubrique Économie de Médiapart, comme vous voulez.)Et de nouveau une horrible et épaisse forêt maléfique.Et il arriva… il arriva…Non non, pas au Pays des Euménides, eh non, pas encore !Il arriva d’abord à la Maison du Grand Sorcier Eustache Qui Adore Saigner Les Coqs.C’était un lieu épouvantable, que le grand poète HacheHaime a chanté en son temps.Oserai-je à mon tour vous en décrire l’aspect, la si funeste apparence ? C’est un projet digne d’une nuit d’insomnie ; ce serait un cauchemar qui viendrait hanter vos nuits et ne vous laisserait plus de paix… Je n’ose vous le peindre sur la toile de mon récit.Qu’il vous suffise de savoir que sombres, gluants et sales sont les moindres des qualificatifs que l’on peut employer pour essayer de vous donner l’ombre de l’ombre d’une vague idée très floue des murs de la bâtisse. On n’était pas tout à fait certain que du sang humain n’ait pas été utilisé pour le ciment de ces murailles, pour ce liant qui peinait à tenir jointives les pauvres pierres hurlantes arrachées vives à leur carrière de pierres chantantes du Grand-Bord-Désolé.Bancales et rudes et rêches et pas propres sont les moindres des qualificatifs que l’on peut employer pour tenter de vous donner l’ombre de l’ombre d’une vague idée très floue de la table et de la chaise qu’on voyait juste à gauche de l’entrée, appareils grossiers qu’on a du mal à nommer meubles, faits du bois saignant arraché tout vif aux grands arbres de la Forêt-qui-Siffle-dans-le-Grand-Est-Rempli-de-Vent.Glauques et baveux et épais et moches moches moches sont les moindres des qualificatifs que l’on peut employer pour qualifier les deux espèces de récipients qu’une main (laquelle ? Ciel, d’y penser j’en tremble !) avait placés là sur la table, grotesques contrefaçons de bouteille et de verre.Qui mais qui ? qui avait bu dedans ?Et pire encore : qui mais qui, ô Grands Dieux Omniscients, avait bavé dedans ?Et puis, question subsidiaire mais non sans intérêt — surtout pour notre pauvre Ènache — est-ce qu’il allait être obligé d’absorber (tremblez, Pauvres Vomissures!) quelques gorgées de cette boisson innommable ?Bon allez je vous laisse, c’est pas tout ça mais j’ai ma galette des Rois à manger en compagnie, c’est pas que je vous aime pas mais j’aime bien aussi un petit coup de cidre (du bon, du bio.) Et puis j’ai pas envie de me couper l’appétit.à la revoyure !

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