Serge Granjon : Cent ans en pays stéphanois et forézien -1972-1973

1972-C’est-y la faute à Rousseau

Pour un peu d’un rameau né de la rue Virgile, jadis chemin rural de Rochetaillée, on entendrait une canne frapper dans le lointain les cailloux du chemin.  A défaut d’un pic vert égaré, ce ne pourrait être que l’écho d’une hache cassant à coups redoublés des bûches pour la morte saison.

Car il y a beau temps que Claude Berthier ne martèle plus le sentier à son nom, ondoyant sur les pentes du Pilat. Pas plus que n’émerge sa silhouette au chapeau mou, des volutes de brume. Seul le souvenir de  » l’apôtre du Pilat  »  hante le massif. Professeur au Lycée Fauriel, il fut un précurseur des parcs naturels régionaux. Dès 1948, il en montrait l’avantage à propos du Pilat dans la revue du Touring-Club. Courant 1966, dans la décennie qui se mit à les créer, l’idée d’en faire un du Pilat fut reprise à Saint-Etienne. Si bien qu’en 1972, la charte du parc était prête à être signer. Ce contrat passé entre les collectivités et l’Etat définissait une série d’objectifs : protéger la nature et l’environnement qui, à lui seul, à cause de pollutions diverses, en aurait justifié l’existence.

Aux ordures ménagères, eaux souillées, il fallait ajouter les constructions sauvages et les antennes sur les crêts.

l’aménagement prévu offrait une palette abondante aux touristes des villes avoisinantes, compte tenu du fait que, l’hiver, le Pilat n’était pas les Alpes : camping à la ferme, tables d’hôtes, gîtes ruraux, aires de pique-nique et de jeux, centres équestres, ski de fond et sentiers pédestres. Jean-Jacques Rousseau eut d’emblée droit au sien. On oublia sa très mauvaise humeur due à son chien mordu, un matelas  » rembourré de puces  » et ses plantes  » à demi pourries « .

Il s’était extasié devant un  » sonchus alpinus « , assez pour être pardonné.

(400x172, 16Kb)

1973-Ces chênes qu’on abat

Puits Verpilleux

Cette fois la fin semblait inéluctable. Le jour de la sainte Barbe, le président des Houillères de la Loire fit valoir ce désastreux constat :  » Nous contribuons à l’approvisionnement en énergie de la France pour environ un jour par an. C’est une goutte d’eau dans la mer. « 

Ce fut, par contre, un déluge de protestations lorsque les Houillères voulurent en venir à la conversion volontaire des mineurs, par le biais de la  » procédure Chéret  » ; du nom d’un haut fonctionnaire qui l’avait conçue l’année précédente. Elle obligeait les Houillères à offrir à chaque agent deux emplois de reconversion plus une possibilité de mutation dans un autre bassin capable de les accueillir. Ceux qui refusaient l’un et l’autre s’exposaient au licenciement.

A la mi-juin, la procédure entrait en vigueur : 250 mineurs se virent proposer une conversion, sinon une mutation en Aquitaine ou en Lorraine.

Fin novembre fut abattu Verpilleux. Le puits devenu dans les années cinquante le plus moderne de la Loire, était fermé depuis 1962. IL conservait son chevalement pour le pompage des eaux d’infiltration du secteur, qui aurait pu gêner les travaux de Couriot. Mais la destruction du puits Verpilleux n’en était que retardée. Décidée dès 1968, elle avait pour but d’aménager le site en zone industrielle.

Reconversion, déjà sur le terrain, pour l’une des premières victimes d’un arrêt de mort programmé.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s