L’atelier d’écriture de Maître Henry – J’étais petite et rouquine -Catherine Balay


J’étais petite et rouquine. Les robes de dentelles couvraient mon corps de fillette espiègle.

 » Poil de carotte  » était mon surnom. j’avais deux dents en avant qui me faisaient ressembler à un lapin, et le nez d’une mascotte.

Je devrais dire  » nez de hamster  » car mon nez remonte. Mais j’ai envie d’écrire  » nez de mascotte « . Pourquoi ? Je ne sais pas.

Enfin si…je sais. maman me considérait comme le talisman – ou mascotte – de la famille. Avec du recul je me rends compte que c’était ma place. C’est à dire que mon rôle était de rassurer ma mère, angoissée de ne pas arriver à nous élever. Avoir des bonnes notes à l’école. Assez d’autorité auprès de mes frères car maman n’en n’avait pas. je ne pouvais pas bouger, il me fallait être sage comme une image. Sourire toujours. Mon existence était dédiée à ma famille et à ma mère.

Maman est brune, et belle. mon désir était de lui ressembler. mais le miroir est méchant, il me malmenait. Si bien que j’ai pris l’habitude de monter au grenier pour me cacher. Au-dessus de moi, le toit, avec tout ce qu’il comporte de ciel.

Un endroit chaleureux, qui me rendait heureuse. Dans l’armoire au fond à gauche, les robes d’été de maman, ainsi que ses anciennes robes. Toutes plus belles les unes que les autres.

Dans le miroir, moi Gisèle, belle.

Belle,belle, belle.

Merci maman, de ce jour où, après que j’ai bien cherché, abeille dans son grenier de ruche, j’ai réussi à découvrir ta robe de mariée…

Moi Gisèle, je redeviens une petite fille fragile en me pelotonnant contre la robe de mariée de ma maman. Celle-ci devint mon doudou. Et je n’étais plus seule. Je me pris à rêver du Prince Charmant, celui qui viendrait me libérer de mes prisons.

Plus de talisman. Plus de  » poil de carotte « . C’est au contact du vêtement souple et doux, au blanc virginal, que j’ai commencé à réaliser que j’étais avant tout  » Gisèle « , que j’allais devenir une femme, et qu’un jour moi aussi je pourrais exister, et pourquoi pas dire le cher  » oui « solennel, celui de l’amour.

Être grande et libre. Être moi quoi !

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