Vacances romaines de William Wyler (1954) – Philippe Guillaume

Si vous êtes amateurs de ces mariages princiers qui font monter les taux d’audience des chaînes de télé, je vous conseille de voir ou de revoir  » Vacances romaines « .

On a conscience de la difficulté à faire passer la pilule! Il faut jouer sur la corde raide, sinon niaiseries garanties (en deçà niaiserie, au-delà émotion !).

C’était pas facile, une princesse et un berger modernes…Ils s’aiment mais les hautes charges de la susdite lui interdisent les joies du populo. Savoir si les joies du populo en sont vraiment…c’est un autre débat !…

Et si on parvenait à faire croire à tout ça ? Grâce à Gregory Peck, Audrey Hepburn et Eddie Albert, au scénariste Dalton Trumbo….à William Wyler ?

Le cinéma je l’aime aussi pour ça ! Quand il arrive à m’intéresser à ce qui m’est totalement étranger, à un match de boxe, à des crapules, à des histoires à dormir debout…

Cela relève de l’amour et de la croyance car on est miraculeusement plus attiré par le différent que par le même.. Bref, Peck est ici parfait tout comme Audrey Hepburn…Faites la preuve par le remake et vous verrez que ça ne marche pas ! Ce n’est pas l’intrigue, ni même Rome, c’est Wyler et les acteurs qui ramassent la mise.

A quoi les protagonistes échappent-il ? A l’obligation de la représentation, aux réponses convenues de la conférence de presse…

Les photos compromettantes sont soustraites au regard des voyeurs ,elles ne sont pas pour Facebook…Le monde d’aujourd’hui est déjà là, le rituel du pouvoir en représentation, la communication bidon, la  » peopeulisation « .

Il s’agit de détourner cette machine à asservir et à abrutir qui n’a pas de FIN(S) …Il s’agit de FOUTRE LE CAMP !

Si le journaliste épouse la princesse conformément à ce qu’attendent les lecteurs de  » Point de vue images du monde « , le couple est livré en pâture au regard des autres ( la princesse veut se soustraire à ce regard de Big Brother dont, au début, le journaliste Jo Bradley ( Peck ) est un des agents ).

Le monde classique, Rome, berceau de la civilisation et de la culture, est interrogé de la même manière que dans  » Le Mépris  » de Godard ou  » Voyage en Italie  » de Rossellini. La bouche d’ombre ne dévore plus la main du menteur, l’imposteur ne risque rien, et la scène tourne à la farce puisque les dieux ont déserté…Mais Rome c’est aussi cette concierge, ce fleuriste et ce chauffeur truculents, chaleureux et complices…

Quand, à la fin, Peck quitte le palais, Lucette s’écrie :  » y va revenir, y va courir ou si c’est pas lui c’est elle  » Et non ! Il ne se retourne pas, ne court pas…et elle non plus !!!

C’est donc un retour à la normale,  sans logorrhées explicatives, tout est exprimé dans les gestes et le regard ! Aucune rancœur ne se lit dans les yeux ( magnifiques ) d’Hepburn, aucune imploration de pardon dans ceux de Peck. Dans ce monde qui bouffe et digère tout, il n’y a de salut que dans les carrefours. Chaque fois que l’occasion nous en est donnée, il ne faut pas hésiter à foutre le camp …à se mettre véritablement en  » vacance  » dans le sens originel du terme…   

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