Peter Ibbetson d’Henry Hathaway (1934 ) – Philippe Guillaume

C’est en hommage à l’interprète féminine de  » Peter Ibbetson « que Léo Malet choisit entre autres pseudos celui de Frank Harding (1). Tout le groupe surréaliste était, en effet, redevable à l’ami Eluard d’avoir suivi une jolie femme jusque dans un cinéma où on projetait cette  » exceptionnelle réussite  qui adaptait une histoire d’amour fou contée par George du Maurier « (Georges Sadoul).

Dans ce film  » triomphe de la pensée surréaliste « selon Breton, Peter et Mary séparés par  les événements se retrouvaient en songe pour vivre leur passion amoureuse au -delà des convenances sociales.

Gary Cooper, effrayé par le caractère efféminé d’un gandin romantique du XIXeme siècle, imposa le viril Henry Hathaway derrière la caméra. Il est vrai que, dans le roman, le jeune Peter bovaryse à qui mieux mieux et se voit dans la forêt de Sherwood où  » Robin des Bois et le frère Tuck se battent  avec Richard coeur de lion sous la verte ramée  » il s’imagine aussi ami de Chingagchook, dernier des Mohicans.

Il est un  homme en marge se désignant toutefois  comme  » la dernière personne dans laquelle ou par laquelle on attendrait quelque chose hors du commun « . Les voyages oniriques de Peter et Mary les transforment en spectateurs d’un film de Sacha GUITRY, ils écoutent Ronsard, lèvent le coude avec Rabelais, et s’encanaillent en compagnie de Villon.

Le récit de ces rêves est souvent lourd et tourne au relevé encyclopédique engoncé dans l’académisme rance de la littérature  » clean « . Du Maurier aurait dû laisser la plume à Henry James comme il était prévu au départ !

Dans le film, la  partie onirique est brève, les grands espaces exaltent la passion de Peter et Mary, ils gambadent, courent et folâtrent jusqu’à ce château de Disneyland qui s’écroule dans un tremblement de terre quand un des deux songeurs meurt.

 » Vivement ce soir qu’on se couche ! « disait aussi Gérard Philipe tout excité à l’idée de retrouver les  » belles de nuit « de René Clair.

On voit bien ce qui a pu séduire Breton dans cette histoire d’amour fou qui transcende la mort, mais ,cette exaltation de la toute puissance de l’imaginaire irrite, dérange et effraye.

Drogue et palliatif, elle fait accepter la servitude mais ne nous en émancipe pas ! A Peter Ibbetson je préfère le Bronco Billy Mc Coy de Clint Eastwood ou les héros du formidable  » Huit cent balles  » d’Alex de la Iglesia…Eux, au moins, ils prennent la réalité par ses vilaines cornes..

(1) Ann Harding

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