Poètes incomparables : Charles Cros


Aquarelle

A Henry Cros.

Au bord du chemin, contre un églantier,
Suivant du regard le beau cavalier
Qui vient de partir, Elle se repose,
Fille de seize ans, rose, en robe rose.

Et l’Autre est debout, fringante. En ses yeux a000750611-001.jpg
Brillent les éclairs d’un rêve orgueilleux…
Diane mondaine à la fière allure,
Corps souple, front blanc, noire chevelure.

Tandis que sa blonde amie en rêvant
Écoute les sons qu’apporte le vent,
Bruits sourds de galop, sons lointains de trompe,

Diane se dit : « Rosette se trompe.
Quand Il est parti tout pâle d’émoi,
Son dernier regard n’était que pour moi. »

En cour d’assises

(A Édouard Dubus)

Je suis l’expulsé des vieilles pagodes
Ayant un peu ri pendant le Mystère ;
Les anciens ont dit : Il fallait se taire
Quand nous récitions, solennels, nos odes.

Assis sur mon banc, j’écoute les codes
Et ce magistrat, sous sa toge, austère,
Qui guigne la dame aux yeux de panthère,
Au corsage orné comme les géodes.

Il y a du monde en cette audience,
Il y a des gens remplis de science,
Ça ne manque pas de l’élément femme.

Flétri, condamné, traité de poète,
Sous le couperet je mettrai ma tête
Que l’opinion publique réclame !

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