Coup de coeur pour un coup de gueule : « Indignez-vous  » de Stéphane Hessel – Pierre Thévenin :

INDIGNEZ-VOUS ! (Stéphane HESSEL)

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   » J’ai vu qu’un débat s’était noué autour de l’indignation. Rien ne serait en effet moins français que l’apathie et l’indifférence. Mais l’indignation pour l’indignation n’est pas un mode de pensée « … « Est-il possible de parier sur la quête d’une vérité équilibrée qui prétend construire plutôt que détruire ? « 

A eux seuls, ces propos de Fillon, le « bourgeois de la Sarthe « ( ainsi que l’a qualifié la débarquée Fadela Amara ) , lors de ses voeux à la presse, m’auraient incité à acheter l’opuscule de Stéphane Hessel intitulé  » Indignez-vous! « 

Apathie, indifférence : ironiques ou pas ( on ne sait trop ), ces deux vocables dans la bouche d’un type qui sert de paillasson à Sarkozy depuis bientôt 4 ans, ça laisse pour le moins rêveur !

Manifestement, l’homme qui sourit en coin n’a lu que le titre. Avec le lancement de la campagne pour les présidentielles, il a sans doute moins de temps. 14 pages ( si l’on ne compte pas la biographie de l’auteur ), ce n’est pourtant pas beaucoup.

En tout cas, s’il a pris dix minutes pour lire ce petit livre , il l’a fait assurément avec les yeux de la mauvaise foi. Où a-t-il vu que Stéphane Hessel, 93 ans depuis le 20 octobre dernier, exhortait le peuple hexagonal à l’indignation gratuite ? On peut supposer que les journalistes avertis devant lesquels il tenait ce discours aussi condescendant que stupide se sont doucement gaussés.

L’idée de ce petit ouvrage a germé dans l’esprit de deux éditeurs, Sylvie Crossman et Jean-Pierre Barou, d’une petite maison de Montpellier, « les Editions Indigènes « , à la suite d’un discours de Stéphane Hessel en mai 2009 sur le plateau des Glières qui, aux yeux des Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui, n’est pas le Solutré du pauvre mais un haut lieu du combat pour des jours  heureux.

Certes, il ne s’agit pas de comparer notre dictateur d’opérette au moustachu du Troisième Reich. Il en aurait peut-être la hargne mais certainement pas l’envergure, pas le charisme. Un autocrate ne peut réussir que s’il est capable d’en imposer à son peuple. Or, notre Président est tout juste un camelot qui va avoir du mal à fourguer à nouveau sa marchandise en 2012.

N’oublions pas qu’il est là grâce à un facho du Morbihan, vieilli, usé, fatigué. On se rappelle en effet qu’il n’a vraiment grimpé dans les sondages qu’à partir du moment où il a marché sur les plates-bandes du FN. Ca a fonctionné une fois mais ce sera une autre paire de manches avec la fifille. Et puis bis repetita non placent.

Parlons maintenant du monsieur qui a écrit ce best-seller inattendu, plus vendu à ce jour ( environ 1 000 000 d’exemplaires, au dire des éditeurs ) que le Goncourt.

Pauvre Houellebecq! Depuis le temps qu’il l’attendait, son prix, il a vraiment joué de malchance !

D’ascendance juive par son père ( certains exégètes du Talmud prétendent que la judéité se transmet seulement par les femmes mais peu importe ), c’est en tant que résistant et non dans le cadre de la solution finale que Stéphane Hessel, né à Berlin et émigré en France avec ses parents et son frère en 1924, a été déporté vingt ans plus tard à Buchenwald où il a failli être pendu, puis à Dora, ce qui lui donne toute légitimité pour défendre les acquis du Conseil National de la Résistance ( notamment la retraite, la Sécurité sociale, la nationalisation des grandes banques ). Acquis avec lesquels Denis Kessler, vice-président exécutif du MEDEF de 1998 à 2002, a affirmé sans détours qu’il fallait en finir sous peine de ne plus être compétitif.

Selon Hessel, au contraire :

  « Il nous appartient de veiller tous ensemble à ce que notre société reste une société dont nous soyons fiers : pas cette société des sans-papiers, des expulsions … « 

Qui est-ce, déjà, qui parlait de construire plutôt que détruire ?

L’actuel Président est un guignol, soit ( et c’est tant mieux pour les humoristes ), mais un guignol néfaste.

En dépit de ses revirements verbaux qui vont toujours dans le sens du vent politique, il suit obstinément, dans les actes, la ligne tracée par ses amis du Fouquet’s (enfin, amis tant qu’il est à l’Elysée. S’ils le traitent comme il a traité Devedjian et autres Woerth …).

Il a réussi à convaincre même des gens de gauche que des sacrifices étaient nécessaires. Au cours d’une manif, je me suis retrouvé à côté d’un ancien collègue, socialiste pur jus, qui m’a dit qu’il fallait malgré tout une réforme des retraites.

Voici comment, en deux phrases bien senties, Stéphane Hessel bat en brèche cette prétendue nécessité :

   » On ose nous dire que l’Etat ne peut plus assurer les coûts de ces mesures citoyennes. Mais comment peut-il manquer aujourd’hui de l’argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes alors que la production des richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l’Europe était ruinée ? « 

   « C’est vrai  » , écrit-il un peu plus loin,  » les raisons de s’indigner peuvent paraître aujourd’hui moins nettes ou le monde trop complexe. « 

Mais, pour démêler l’écheveau de l’économie mondialisée :

 » Cherchez un peu, vous allez trouver. La pire des attitudes est l’indifférence  » , répète-t-il aux collégiens auprès desquels il intervient régulièrement.

L’indifférence est, certes, mauvaise conseillère mais l’adhésion à certaines idées est pire et l’on peut se demander ce que le fameux Benjamin Lancar, Président des jeunes sarkozystes, aurait fait entre 39 et 45.  Sans doute pas  comme Guy Môquet dont, curieusement, on n’a pas entendu parler en 2010.

 Tombé dans les oubliettes comme l’Union pour la Méditerranée et tellement de choses encore !

Pour en revenir à Stéphane Hessel, il est une autre cause qui lui tient à coeur : celle des Palestiniens. Leur conflit avec les Israéliens qui, de processus de paix avortés en bombardements, n’en finit pas de défrayer la chronique nécrologique. Hier il prenait le parti des Juifs, aujourd’hui celui des Arabes, c’est à dire toujours celui des victimes ( même si ce n’est aussi simple que cela ).

Ce qui lui vaut quelques désagréments :

-Le 18 janvier dernier, il devait participer à un débat dans les murs de l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm, un établissement où il fut jadis élève. Eh bien, figurez-vous que ce colloque a été annulé, en accord avec Valérie Pécresse qui n’en est pas à une connerie près, sur intervention de Richard Prasquier, Président du CRIF ( Conseil représentatif des institutions juives de France ) et sans doute aussi, malgré leurs dénégations, d’Alain Finkielkraut et de Bernard-Henri Lévy.

A propos de ce dernier, je ne résiste pas au plaisir d’ouvrir une parenthèse pour vous conter sa petite mésaventure dont vous n’avez pas forcément entendu parler : il a cité dans l’un de ses ouvrages Jean-Baptiste Botul, un philosophe qui n’a existé que dans l’imagination d’un journaliste du Canard Enchaîné et qui est censé avoir publié une étude sur la vie sexuelle de Kant. Chacun sait ( mais pas BHL apparemment ) que les galipettes de Kant n’ont eu d’égales que celles de Lewis Carroll, mort puceau.

Bref, refermons la parenthèse et allons voir sur Dailymotion où l’on trouvera, divisé en trois vidéos, un entretien de Stéphane Hessel avec Brice Hortefeux, organisé par France Culture et Le Nouvel Observateur.

Sans jamais agresser ni interrompre ( ou si peu ) son interlocuteur, sans se départir de son sourire, notre nonagénaire réplique et à chaque fois fait mouche.

Hortefeux tente bien de donner le change mais on sent, en particulier à ses chuintements giscardiens, qu’il est moins à l’aise qu’il voudrait nous le faire croire.

Du reste, il laisse à Stéphane Hessel le mot de la fin ( ce sera également le nôtre ) :

A Hortefeux qui tente d’éluder la question des quotas d’expulsés et qui insiste lourdement sur le codéveloppement, il répond :

  « Cette politique, je souhaite que vous la meniez à son terme mais avec le moins possible de brutalités policières. Faites-moi plaisir, réfléchissez, regardez le rapport de RESF. Vous verrez qu’il se passe des choses et qui se passent sous votre autorité de ministre et qui ne sont pas acceptables pour des gens qui, comme moi, ont chevillé en eux le souvenir de la Résistance, le souvenir de la façon dont ont été traités ceux qui étaient marginaux à l’époque. Nous ne devons pas retomber dans ce passé-là avec lequel nous avons, j’espère, rompu une fois pour toutes. « 

Ah oui, j’allais oublier : j’ai eu du mal à me procurer l’ouvrage de Stéphane Hessel.

Pour ceux d’entre vous qui habitent la région roannaise, allez à Charlieu, chez Jean-Baptiste Hamelin.

Un libraire, un vrai !

Son magasin s’appelle « Le cahier à spirales », rue Chanteloup. Ce n’est pas de la pub, c’est de l’information.

Pierre Thévenin

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