Le Coup de coeur de Pierre Thévenin : LOIC ROCHARD : BRASSENS Quoi ? Encore un livre sur Brassens ?


pas UN livre, trois livres ! Mais je vous rassure, aucun des trois n’est une biographie stricto sensu. Dieu merci, car rarement personnage aura été autant « biographié » que tonton Georges.

Et en 2011, pour le 30° anniversaire de sa disparition, il faut sans doute s’attendre à une recrudescence du genre.

On va nous le célébrer jusqu’à l’indigestion. Une croisière est même prévue. Et qui sait, les élections approchant, peut-être la famille (du moins ce qu’il en reste) sera-t-elle reçue à l’Elysée!

J’ai eu l’occasion, dans un récent coup de gueule, de dire combien cette fascination pour les nombres en 0 était agaçante, surtout lorsqu’il s’agit de morts ou d’otages. Espérons quand même qu’Hervé Ghesquière, Stéphane Taponier et « leurs trois accompagnateurs » auront recouvré la liberté avant 2039 !

Pour en revenir à Brassens, on l’aimait de son vivant tous les jours que Dieu faisait (et même ceux qui se faisaient sans Lui, comme dirait ce mécréant d’ Harry L Blackbird) et il en est de même depuis qu’il a pris ses quartiers au cimetière du Py.

En un mot plutôt qu’en cent, je vais présenter Loïc Rochard, l’homme qui a commis les trois ouvrages dont je veux vous entretenir : un Breton partagé entre deux amours : la mer et Brassens. Dès qu’il accostait, il devait se précipiter séance tenante à Bobino. Et son talent d’écrivain, il l’a mis tout entier au service de notre Sétois national qui l’a pris par le coeur lorsqu’il allait sur ses 10 ans pour ne plus le lâcher. On en connaît d’autres.

C’est en 2005 qu’il a publié d’abord « Brassens par Brassens » (éditions « le cherche midi »). Deuxième étape en 2009 : « Les mots de Brassens », sous-titré « Petit dictionnaire d’un orfèvre du langage » (on ne saurait mieux dire) chez le même éditeur. Quant au petit dernier qui vient tout juste de paraître et qui s’intitule « Brassens : Sans technique un don n’est rien… », il est disponible chez l’auteur dont les coordonnées vous sont indiquées plus loin.

« Brassens par Brassens » : ça sonne comme l’autobiographie que le moustachu n’a jamais écrite, il avait mieux à faire. Rien, ceci dit, n’est inventé. De l’enfance entre l’étang de Thau et la grande bleue, des vols de bijoux, des débuts timides chez Patachou, de l’arrivée des jours de gloire, il est bien entendu question. Mais là n’est pas l’essentiel du propos. Du reste, il y a peu d’indications chronologiques.

Rien d’étonnant si la préface est signée René Fallet, l’écrivain, auteur, entre autres, de « La soupe aux choux », et journaliste au Canard Enchaîné dans les années 50, qui a grandement contribué à porter Brassens sur les fonts baptismaux de la popularité. C’est en entendant à la radio « J’en avais un, volé sans doute Le matin même à un ami » qu’il a senti que quelque chose venait de se passer dans la chanson.

Suit une brève introduction dans laquelle Loïc Rochard nous explique le pourquoi de son travail :

« Après avoir écouté des centaines et des centaines de fois ses chansons, je me délecte toujours autant de ses textes et de ses musiques … Logiquement, j’ai souhaité approfondir le sujet, mieux connaître l’homme et j’ai fini par réunir la matière de ce livre : la parole de Brassens ».

Le corps de l’ouvrage, ce sont donc de larges extraits d’entretiens rassemblés au gré de l’auteur et agrémentés de photos que, pour la plupart, je n’ai pas le souvenir d’avoir vues ailleurs. Loïc Rochard a fait l’économie des questions des intervieweurs, les réponses suffisent. Chaque chapitre débute par quelques lignes en italiques où Loïc joue à Monsieur Loyal avant de venir s’asseoir humblement à côté du lecteur et d’écouter l’artiste. Cette voix douce, traînante, pas entièrement débarrassée de son accent sétois, il est difficile de ne pas l’entendre tant elle nous a marqués. Le livre, de plus de 200 pages, se déguste comme un enregistrement. On y entend Brassens parler de l’anarchisme, de sa manière d’écrire des chansons, de ses relations avec le public, de sa difficulté à georges_brassens_16.jpgassumer la notoriété. Il se contredit quelquefois parce que rien n’est simple quand on est porté au pinacle alors que l’on préférerait demeurer tranquillement impasse Florimont avec ses matous. Chaque titre de chapitre consiste en une phrase-clé judicieusement puisée dans le texte. La chronologie n’est présente qu’au tout début ( « Je regrette un peu l’enfance à cause des vacances », J’étais bien chez Jeanne ») et à la fin (« La postérité fera ce qu’elle voudra », « Je ne ferai jamais d’adieux »). Pour le reste, sans respecter le cours du temps, Loïc a classé les interviews en laissant libre cours à sa sensibilité et le résultat est à la hauteur de son sujet.

« Les mots de Brassens » : il avait beau affirmer que la musique de ses chansons était à ses yeux le plus important, le Sétois ne pouvait ignorer la valeur inestimable de ses textes.

Ce lexique savant qui va du supplice d’Abélard au Zouzou du pont de l’Alma témoigne d’une recherche obstinée, ce qui n’exclut pas, pour notre plus grand plaisir, les clins d’oeil « à la Brassens » de l’auteur, ni trop ni trop peu appuyés.

Savez-vous ce qu’est une blanchecaille ? Et quelle est cette tramontane que le malheureux perd par deux fois, en rencontrant Margot puis en la voyant lui échapper ? Et que vient faire la Marquise de Sévigné dans « Bécassine » ? Je n’en savais rien non plus et, ne voulant pas déflorer le contenu du livre, je me garderai bien de vous donner les réponses.

Et si j’ajoute qu’à l’entrée de chaque nouveau chapitre trône un Georges_Brassens_ ou un extrait de vers emprunté à telle ou telle chanson (jamais deux fois la même), qu’en fin d’ouvrage vous trouverez une liste exhaustive des expressions détournées et des références littéraires qui parsèment les chansons, j’aurai à peu près tout dit.

« Brassens : Sans technique un don n’est rien … » : également un dictionnaire mais cette fois sur les figures de style et de rhétorique (dans la première partie) et sur les règles de versification (dans la deuxième) avec une foultitude d’exemples empruntés au grand Georges. Que l’on possède ou non des notions de linguistique, on le lit goulûment et l’on en sort un peu plus érudit. Tenez, une tapinose, par exemple, n’est pas du tout ce que l’on pourrait croire! Brassens n’a pas écrit « La complainte des tapinoses »! Et un oxymore ? Quand on pense que Sarkozy ne connaissait pas le mot et l’a appris de la bouche de Rama Yade à l’époque lointaine où leurs rapports, en tout bien tout honneur, étaient encore au beau fixe. Pourtant, Dieu sait (il doit même être le seul à le savoir) si notre Président a des lettres!

Là non plus, ne comptez pas sur moi pour vous livrer la solution puisque vous pouvez vous procurer facilement le livre chez

Loïc Rochard

58, rue de la Salette

56110 ARRADON

Il lui reste également quelques exemplaires des deux autres. Et puisqu’on en est à Brassens, voici en bonus trois autres infos :

  • L’existence du site « Auprès de son arbre », tenu par Pierre Schuller (site de référence sur tonton Georges).
  • La revue « Les Amis de Georges » qui paraît tous les deux mois : par abonnement :

« Le Mot de Passe » 13, avenue Pierre Brossolette 94400 VITRY-SUR-SEINE

-Si vous voulez une excellente biographie : celle de Bernard Lonjon : »J’aurais pu virer malhonnête, La jeunesse tumultueuse de Brassens » , aux Editions du Moment (2010)

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