PIERRE ETAIX – Yoyo 1965 : Philippe Guillaume

C’est un sens aigu des affaires qui conduisit Chaplin à bloquer la reprise de ses longs métrages mais c’est une abracadabrantesque histoire juridique  qui, pendant trente ans, nous priva des films de Pierre Etaix.

Réjouissons-nous donc de revoir ou de découvrir les cinq longs métrages et les trois courts de cet incomparable artiste qui fit comprendre à Jerry Lewis ce qu’était le génie.

La poétique de la maladresse et des actes manqués exige une parfaite connaissance de ces arts burlesques dans lesquels Etaix excellait. C’est donc tout naturellement qu’il a vu dans le cinéma le meilleur moyen de prolonger, digérer, voire dépasser l’héritage du cirque et du music hall.

Tout comme Chaplin, Etaix assume dans  » Yoyo  » les conventions et le charme désuet du feuilleton sentimental et confie aux seuls gags le soin d’assurer la progression dramatique. Ceux-ci, sonores, visuels ou référentiels ne s’enchaînent pas sur le rythme effréné du  » splapstick  » et donnent au public le sentiment de les créer en même temps que l’auteur.

La vulgarité et la grossièreté ont des vertus qu’Etaix préfère ignorer et c’est pourquoi le rire, discret et raccordé au ton nostalgique et en demi-teinte du film, apaise et rassérène.

La prédilection que nourrit Pierre Etaix pour le cirque devient sensible à travers la peinture de deux mondes, le  » grand « , ennuyeux et solennel, et celui de la piste et des roulottes ,chaleureux, débrouillard et fraternel. Du premier où l’ont conduit la richesse et la célébrité ,Yoyo s’évadera à dos d’éléphant dans une ultime séquence incongrue et poétique.

Les spectateurs d’Aristophane connaissaient déjà le yoyo, ce jouet pour grands et petits qui, pareil à un ressort, ne touche jamais le sol et trouve dans l’impulsion de la main l’opportunité de rebondir en réalisant des figures nombreuses et variées.

Etaix ne pouvait pas choisir un plus bel emblème puisqu’à 82ans il reprend le masque de son clown et remonte sur scène avec  » Miousik Papillon « ,que nous attendons, inutile de le préciser, avec grande impatience.

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