Petites nouvelles et histoires d’aujourd’hui : PRISE de Catherine Balaÿ

Après  » Madame  » Publié en Mai – Juin, découvrez  » Prise  » une  autre nouvelle de Catherine Balaÿ, mise en ligne chaque lundi de juillet- août. Bonne lecture à tous.

P R I S E

 » Un jour, un homme m’ a prise. pas éprise…Prise !

J’étais tranquille. Plutôt mieux. Un regard. Une caresse.

Et je suis montée dans sa voiture, me laissant guider

Par sa belle chemise à fleurs. « 

Prise est l’histoire d’un folklorique kidnapping

qui tournera au vinaigre…

Cette nouvelle de la jeune auteur stéphanoise Catherine Balaÿ

A rencontré lors de sa publication en 2006

aux Éditions ABRIBUS ( la stéphanoise d’écriture )

un succès mérité.

( illustration  Nicolas Dalle Fratte )

Prise-5

Un jour, un homme m’a prise. Pas éprise…Prise !

J’étais tranquille. Plutôt mieux.

Un regard. Une caresse.

Et je suis montée dans sa voiture, me laissant guider par sa belle

chemise à fleurs.

Son acolyte, au violent volant, était tout ivre, excité.

Mais je l’ai pas calculé.

– Installez-vous ! Qu’i’m’dit en grondant-grinçant.

Je me suis assise. Amorphe.

– Et tenez-vous tranquille…Vous êtes notre otage !

Prise-6

– Oui – J’ai répondu.

Tu m’as tuée en quinze secondes, salaud !

Je devais le vivre. J’étais morte la veille alors il fallait le vivre aujourd’hui.

J’étais bien dans cette voiture. ( Sauf que le sordide conducteur a fumé. Berk ! )

Mais j’y est pris sur moi en me disant :  » ce qui est bien avec le tabac froid c’est que, après, on se sent vieux – passé ! « 

Le rouleau compresseur m’a écrasée une nouvelle fois.

Prise-7

Je revenais de chez mon ami – mon copain.

Croyez pas : on sait jamais ! Ça peut vous tomber dessus…comme la mort.

Regardez : la veille, je sexuais mon ami – mon copain, et ce matin, cet homme, avec sa chemise fleurie qui me pousse dans sa voiture. Et moi qui suis sans broncher.

Mon copain, je l’ai – presque – choisi. A bien y regarder : c’est idem avec ce kidnappeur…à l’inversé bien sûr.

Prise-8

Je sais plus où j’en suis avec mon copain. Alors cet Homme-Grand-Kidnappeur-Devant-L’-Éternel, i’ peut pas me toucher avec sa voiture enfumée…et le conducteur abruti.

Pa’ce qu’il faut que je vous dise que mon père est riche. Depuis peu…: gagné au Loto.

Alors, ils se sont mis en tête de m’apprivoiser…euh non…de m’emprisonner…et de demander une rançon à mon paternel.

Il fait bon vivre dans cette bagnole. On se laisse transporter. On sent le tabac froid, ce qui ajoute du piquant.

Il y fait chaud. Je crois que j’ai beaucoup dormi, dans une sorte d’excitation transie et en même temps de tranquillité intérieure.

Prise-9

Enfin on m’évadait de mon copain.

Pa’ce-que vous comprenez, un jour, je me suis dit : je ne sais plus pourquoi je suis avec lui.

C’était un soir de week-end qu’on venait de passer ensemble. Un peu, on avait déjà parlé d’enfants. Mais honnêtement, je savais plus où j’en étais.

Où NOUS en étions.

Prise-10

Enfonce ! enfonce ton pied dans mon trou béant. Des fois, je me disais ça dans LEUR voiture. Long le trajet : temps pour penser.

Ca dure. le paysage se redessine à chaque coin de route. je n’sais plus ce que j’y ai vu.Aucun éléphant, c’est déjà ça : ça peut tromper ces bêtes là ! Énormément !

…Et puis, je t’aime. Ton visage, ta voix tout’sensible qui peut pas cacher ta gentillesse, tes cheveux passablement bouclés. tes dents de carnivore en herbe verte.

Ton visage m’est apparu dans un arbre, puis délicatement posé sur le tronc d’une fleur – il me souriait.

Prise-11

Nooon ! Ne me quitte pas ! Ton visage a renchérit sa course automobile en se déposant sur les vitres de LEUR voiture. Comme ça, tu étais d’une permanente présence rassurante.

Quoique je n’étais pas apeurée. Comme je vous l’ai dit : j’étais bien.

Là.il ne me retrouverait pas.

le-pied !

Prise -12

J’ai jamais vraiment su dire non.

Ni oui d’ailleurs. Enfin, un  » oui  » franc, sans arrière-pensée, qui se donne.

Sauf…ah oui : quand je t’ai dit que je t’aimais.

Sinon, si tu veux me faire l’amour, éjaculer en moi, me sodomiser, lécher mon sexe, me battre, taper sur ma tête comme une caisse de résonnance, c’est heu…tu me laisses le temps de la réfléxion ? Ben euh…Oui…si tu veux – si tu le souhaites – sitel est ton désir – si t’insistes…

Prise -13

Et après, qui c’est qui regrette ? Bibiche.

J’aime bien tes mains, et ta voix, et tes yeux en amandes indiennes. Mais ne reste pas trop près de moi, me colle pas STP ! laisse-moi respirer, vivre ma vie. Pourquoi tu veux qu’on habite ensemble ? C’est bien de ne se voir que les week-ends.

Prise -14

 Le drame c’est que je ne te choisis pas.

27 ans, l’oeil alerte, grognon et renfermée. Jolie mais un poil transparente. Fille à papa. Papa riche.

Prise -15

Je suis dans LEUR maison. L’homo-fleurius a changé de tenue. ila troqué sa chemise pour un pull rouge-orange.

Il est gentil avec moi. je crois qu’il me drague. On est en cabale. en quelque sorte, c’est excitant.

Ils écoutent attentivement la radio pour voir si on parle de   » l’enlévement de la fille d’un père qui a gagné au loto « .

Pas de nouvelles.

 j’ai disparu de la surface de la Terre et je ne te reverrai peut-être pas. C’est ainsi que Dieu devait vouloir que s’achève notre histoire.

Oui, c’est ainsi !

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