Les poetes du Cla : Felix Franc / Albert Meyrieux


La main

La main tient le crayon de l’enfant qui dessine

Et met sur feuilles blanches ses angoisses ou ses rêves.

La main tient le pinceau de l’artiste inspiré

Qui fait vivre sa toile et jette aux yeux de tous

Ses fantasmes, ses formes, sa paix ou sa blessure.

La main court au clavier, notes blanches ou noires,

Et devient harmonie ou large déchirure.

La main écrit le mot, la phrase et puis le texte,

Pour crier l’injustice, ou la guerre, ou la faim.

La main du sculpteur taille, à même le marbre,

Produisant des chefs-oeuvres et pour l’éternité.

La main presse l’argile sur le tour du potier,

Pour devenir amphores ou formes plus étranges.

La main presse le sein et le place en sa paume…

Elle caresse le corps ou frémit le désir…

Les mains parfois enserrent un visage

Cathédrale d’amour qu’elles forment en se joignant.

C’est la main qui prend l’eau à la source cachée

Et la porte à la bouche du promeneur avide.

C’est la main qui berce, et c’est la main qui soigne.

Mais la main dit  » adieu  » sur le quai de la gare.

C’est la main qui donne et c’est la main qui vole.

Elle frappe, souvent, et parfois, elle tue…

Et c’est la main, toujours, qui ferme enfin les yeux.

Felix Franc – Poésie en Stéphanie – 2006

Equivoque

Poète, prend ton luth et va-t-en le briser.

Je ne veux plus t’ouïr : je hais la poésie.

Par ton sonnet morose ou ta triste élégie,

Cesse, triste Ossian, de me martyriser.

Tes vers vont s’étiolant en langueur monotone,

Ta rime, de couleurs, n’a que celle de l’automne,

Et dans le cimetière où dorment les marins

Spectre hâve, tu brandis le falot du destin.

Là, je t’entends gémir au tréfonds des ténèbres,

Le chant désespéré de mystères funèbres.

Tu maudis la clarté, et pour toi rien n’est beau

Que le pli du linceul et le noir du tombeau.

Ton amour n’est jamais qu’amour sans espérance

Dont une hydre sans coeur se délecte à plaisance.

Homme maudit du ciel, es-tu le fauconnier

De ce vol de gerfauts planant sur un charnier ?

Tu vis sinistre, hélas, et quand je lis ton livre

Dans tes obscurs sentiers j’ai grand peine à te suivre.

Tu n’es chantre toujours que de calamités :

Poète prends ton luth et va-t-en le briser.

Ma complainte est sévère. Ami, je t’ai blessé.

De ton oeil sourd un pleur. Roulant sur le pétale

D’une rose de pourpre arrachée au rosier

Il devient au soleil une goutte d’or pâle.

Tu dis :  » Je sais chanter les couleurs du printemps

Et sertir de rubis les grains de mon talent. « 

Je l’avais oublié, les temps sont à la grisaille !

Si tu le veux, ce soir, nous irons à Ripaille.

Et de vers amoureux nous saurons nous griser.

Poète, prends ton luth et rends moi tes baisers !

Albert Meyrieux – Poésie en Stéphanie -2006

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