COUP DE COEUR pour Evelyne GALLET par Pierre Thévenin

Bien sûr, il y a les textes de Patrick Font, également responsable de certaines musiques. Bien sûr, il y a, dans le deuxième album, Frédéric Bobin  et Arnaud Jouffroy aux arrangements ainsi qu’à l’accompagnement . Mais il y a surtout la présence lumineuse d’Evelyne Gallet dont la voix enveloppe les chansons comme autant de cadeaux qu’elle vous dépose délicatement dans l’oreille, et souvent avec espièglerie.

On peut distinguer grosso modo deux types de chanteurs :PUBLICITÉ

les « m’as-tu-entendu » (libre à vous de suivre mon regard mais je ne citerai pas de noms) et ,eux qui vous font simplement l’amitié de venir partager quelques vers avec vous.

Evelyne Gallet pousse d’ailleurs le sens du partage jusqu’à indiquer les accords de guitare sur les livrets de ses deux CD, de sorte que l’on peut non seulement chanter avec elle mais aussi, dans la mesure de ses moyens, emboîter le la à ses musiciens. Ce genre d’attention n’est pas monnaie courante et c’est sans doute un exemple à suivre.

Elle est drôle, elle est émouvante, elle a le verbe dur (Patrick Font oblige), mêlant parfois les différents registres à l’intérieur d’une même chanson. Témoin « Le prince charmant » qui commence comme une bluette 

Je suis de celles qui attendent

Le fils du prince charmant

Qui doit chevaucher sur la lande

, puis vire à la gaudriole

Dès qu’il va mettre pied à terre

Je vais lui sauter d’ssus

L’a intérêt à m’satisfaire

Car j’ai la rage au cul

pour finir par un sacrilège absolument savoureux

Ce n’est pas au fond d’une litière

Que nous avons fauté

Mais sur la tombe de ma mère

Qu’était une attardée

Il faut préciser que la maman en question lui répétait à la fin de chaque couplet Il ne va pas tarder.

Elle parle du temps qui passe, tantôt avec malice (« La vieille » : J’ai pas besoin de vous disait-elle au médecin

En élevant vers lui son troisième verre de vin

Tandis que les vieillards autour de la pendule

Chantaient à quatre voix

« la grosse bite à Dudule »

, tantôt en le balayant d’un revers de strophe

Tu dis qu’un jour tu seras vieille

Que tu auras les joues flétries

Je te regarde et je me dis

Que ce n’est pas demain la veille.

Les deux titres se succèdent sur le disque et ce n’est pas un hasard : certainement qu’elle aimerait vieillir en disant merde à tous ceux qui prétendent lui apprendre la vie au grand âge, mais qui sait ce qui nous attend dans la dernière ligne droite ? Alors, profitons-en avant. Surtout qu’une étape est déjà franchie : avec « Les confitures » de grand-mère dont on a vidé le dernier pot.

Une très belle chanson qui donne son titre au premier des deux albums de la demoiselle. Une vraie biscotte de Proust (il paraît en effet que ce n’était pas une madeleine), avec un certain recul pour casser un peu l’émotion :

Non point que j’aie pour la confiote

Un sentiment de dévotion

Vu qu’le matin sur ma biscotte (plus proustien tu meurs)

Je ne mets que du reblochon.

Il est aussi des cas où le charme ne peut être rompu : notamment dans « Ne la dérangez pas », un pur chef-d’oeuvre qui évoque l’éveil d’une adolescente à l’amour.

Là, il faudrait tout citer mais c’est impossible (32 vers de 18 pieds chacun!). J’ai donc choisi un passage du dernier couplet, histoire de vous mettre l’eau à la bouche :

 » C’est son premier amour taisez-vous taisez-vous je crois qu’elle est heureuse

Le bonheur est précieux car il ne dure guère que le temps d’un espoir.

Tout est beau, tout est poignant, la mélodie qui serpente au fil des alexandrins et demi, la voix tout en tendresse retenue. Un chef-d’oeuvre, je le répète. Ce qui n’enlève rien aux multiples qualités des autres chansons. « Ne la dérangez pas » n’est d’ailleurs pas celle que j’ai remarquée à la première écoute. C’est dire combien le répertoire est riche!

Si elle ne prend pas toute la place, la critique sociale est là, et bien là. Parfois où on ne l’attend pas, au détour d’un vers : Impossible de m’habituer Au traditionnel canapé Que le couple achète à crédit : dans « Infidèle », une petite merveille d’humour

J’ai même triplé ma communion

Pour être sûre d’être en union

Avec les lois du Saint Office Du Père du Fils du Saint-Esprit

De ces trois-là dites-moi qui M’a foutu l’feu au clitoris.

On a aussi quelques textes résolument engagés, pas beaucoup, juste ce qu’il faut : « M. le Président »

 Je ne suis pas d’accord, vous n’êtes pas la France ,

plus que jamais d’actualité, ou « Les oiseaux », sur les marées noires.

Evelyne Gallet a donc deux CD à son actif. Le dernier comporte deux chansons qui ne sont pas de Patrick Font mais du regretté Matthieu Côte (« La fin du monde » et « Copain »). Pour sûr la meilleure façon de rendre hommage à ce jeune chanteur lyonnais trop tôt en allé. Une preuve supplémentaire que, pour elle ,l’amitié n’est pas un vain mot.

« Brassens », c’est un vaccin contre la connerie, et tous les vingt ans il faut une piqûre de rappel », a dit Pierre Desproges, propos repris par Maxime Le Forestier.

Là où d’autres ne nous proposent qu’un modeste Tamiflu, Evelyne Gallet est bien celle qui nous offre le plus efficace des rappels. Merci, Evelyne!

Pierre Thévenin

Contact :
Evelyne Gallet
4 rue des Fantasques
69001 LYON


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