L’atelier d’écriture : derniers textes de l’année


La dernière séance de l’atelier d’écriture dirigé par Henry a eu lieu le 20 juillet dernier ( toujours au Remue Méninge ) et pour cette dernière séance de l’année, nous avons battu des records d’affluence avec quinze participants !
Pour cette dernière édition, Henry nous avait concocté un devoir de vacances à sa façon et je dois dire que l’ensemble des participants se sont pleinement investis dans leurs travaux.
Le sujet, pardon les sujets, trois comme au bac, avaient pour thèmes :

Sujet n° 1 :
Le monde va de plus en plus mal. Vous engueulez le bon Dieu qui vous répond : Qu’aurais-tu fait, toi, à ma place ? « 
Prenez la place du grand barbu et refaites le monde à votre goût.

Sujet n°2 :
Vous êtes parachuté dans un pays où ne vivent qu’un homme pour sept femmes… ( version féminine : une femme pour sept hommes ).
Racontez.

Sujet n°3 :
Un bande de gosses est en train de lapider un gentil crapaud. vous faites fuir ces pervers polymorphes. Le crapaud reconnaissant se transforme en gentille princesse ( ou prince ) , qui se propose d ‘exaucer trois de vos voeux.
Racontez.

Je refais le monde à mon goût.
Tout d’abord le grand barbu n’existe plus. Les notions de maître et de gouvernant n’existent plus non plus.
L’être humain est en effet doté d’un mécanisme électronique à l’intérieur de son corps qui l’autorégule automatiquement. Ainsi le mal n’existe plus : s’il vient à l’idée à un homme ou à une femme de faire l’imbécile, une puissante décharge le ou la remet très vite dans le droit chemin. de ce fait, il n’y a plus de guerre, tout n’est que partage et amour.
Plus de police non plus, juste des individus qui portent képi et se manifestent quand il ne se passe rien. Ainsi peut-on les voir se grouper pour former une mêlée au milieu de la rue, juste pour le fun.
Le seul moyen de locomotion : des patins à roulettes, ce qui permet de se fendre la gueule lorsque que quelqu’un tombe !
Chose nouvelle : les poules ont des dents et elles parlent, tout comme les autres animaux ( ces derniers sont également équipés du même système d’autorégulation que les humains ).
Ainsi humains et animaux vivent en parfaite harmonie…
Ah, j’,plantes, fleurs et arbres sont eux aussi dotés de la paroles.
C’est simple : toute chose, tout être à son mot à dire.
De ce fait, les relations amoureuses sont fantastiquement diversifiées et il n’est pas rare de croiser au gré des chemin , un boa qui s’envoie en l’air avec une hôtesse de l’air !
Pascal Marconnet

Et le gentil crapaud se transforma en gentille princesse qui se proposa d’exaucer trois de mes voeux.
Le premier voeu est batrachologique. On sait grâce à de viennoises écritures du début du XXe siècle qu’on n’est pas près de changer les stades de nos bambins. aussi vaut-il mieux composer avec.
Nous proposerons donc de les doter de cailloux en mousse, patibulaires mais totalement inoffensifs pour les bufidés.
On veillera en même temps à équiper les lapideurs de toutes sortes et du monde entier de projectiles amortis quoique effrayants.
Le 2ème voeux reste d’ordre batrachologique : on songera sérieusement à supprimer les orgies à base de cuisses de grenouilles, et à les remplacer par les sorties nocturnes au premier printemps de mars afin d’aider grenouilles, crapauds, salamandres et axolotls à rejoindre leurs boutasses de ponte, sans risquer leur peau, fût-elle pustuleuse.
Enfin, le 3éme voeu est d’ordre pratique. On étudiera la possibilité de limiter sérieusement l’utilisation du téléphone mobile en plein atelier d’écriture : les histoires de 4X4 BMW ou autres ne peuvent que déconcentrer les laborieux apprentis de la scribouille.
On envisagera également de limiter l’utilisation des susdits 4X4 BMW sur les petites routes humides du mois de mars pour les raisons développées au moment du second voeu.
Si un 4ème voeu était possible ce serait d’être parachuté au pays où ne vivrait qu’un homme pour sept femmes, avec cependant la possibilité de revenir à un sexe ratio plus équilibré, en cas d’épuisement, d’écoeurement ou simplement de léger malaise.
Signé BUFO

Ce soir -la, je marchais avec insouciance dans le quartier du Marais, vaste zonz désaffectée à la sinistre réputation, au nord de Furaniaville, l’un des endroits les plus mal fréquentés de la cité. Ce lieu exerçait sur moi une irrésistible fascination en raison des nombreuses légendes qui circulaient à son sujet depuis des temps immémoriaux.
A son emplacement, jadis se trouvait une immense tourbière marécageuse et mystérieuse…
Des récits datant de l’époque gallo-romaine et moyenâgeuse y mentionnent l’observation de phénomènes étranges : lumières fantomatiques, êtres bizarres de tout poil et de toute couleur.
Longtemps, cet endroit fut considéré comme ensorcelé et évité comme la peste.
Ce n’est qu’à l’époque moderne, à l’ère de l’industrialisation galopante au début du siècle dernier, que des hommes firent fi de ces légendes et stabilisèrent le sol pour y bâtir des usines au nom de l ‘asservissement par le travail.
Aujourd’hui la crise systémique de la société a rendu le quartier à l’état de friche industrielle où l’on ne croise plus que des humains désabusés réduits à l’ état de zombies ou des trafiquants notoires profitant de la banqueroute du système.
Le secteur retourne peu à peu à son état sauvage primordial et malgré le pragmatisme forcené et l’absence totale d’imagination qui règne à notre triste époque, j’ai rencontré quelques pilotes d’avion, pourtant chevronnés, qui m’ont avoué avoir constaté l’affolement de leurs instruments de bord en survolant le Marais sans pouvoir l’expliquer rationnellement. Dans la communauté des aviateurs, l’endroit commence à avoir la réputation d’un nouveau triangle des Bermudes.
Ce soir -là, je parcourais les ruelles désaffectées dans l’espoir fou d’apercevoir un farfadet, un elfe ou un extra-terrestre.
Hélas, en guise de lutins, je ne rencontrai que trois gamins à peine sortis de l’enfance, trois galopins vicieux qui s’amusaient à torturer un animal, un batracien qui avait élu domicile dans une mare près de l’ancienne usine textile.
L’un des morveux maintenait la grenouille par les pattes avant, la deuxième par les pattes arrière, tandis que le troisième soufflait dans une paille qu’il avait introduite dans l’anus de la pauvre bestiole.. la premier gamin ricanait en disant aux deux autres :  » allez les gars, on va la faire exploser, comme une baudruche. » Je ne peux pas supporter la cruauté envers les animaux, exercée par les humains, êtres présomptueux qui prétendent au titre de rois de la création.
Mon sang ne fit qu’un tour à la vision de cette scène atroce. je me dirigeai vers les morveux et assénai une bonne gifle à celui de la paille, ce qui le fit tomber à terre.
Je devais avoir pris un air terrifiant car les deux autres ne demandèrent pas leur reste. Une fois leur complice relevé, ils prirent leurs jambes à leur cou et disparurent en courant comme des forcenés à l’angle de la rue qui borde l’usine textile.
je ramassai précautionneusement la petite grenouille qui s’était retrouvée projetée sur le sol au cours de la bataille. C’était une mignonne rainette d’un vert émeraude à faire pâlir d’envie l’Amazonie. Elle me fixait de ses yeux énormes et un peu langoureux.
A vrai dire, ce regard fascinant me troublait et je commençai à ressentir une étrange fatigue, lorsqu’un épais brouillard venu de nulle part entoura toutes choses.
Dans un éclair éblouissant, en lieu et place de la grenouille apparut un homme en habit de lumière, subtil mélange de Harrison Ford et de James Dean, au charme indéfinissable… Je restai paralysée. Il se mit à parler d’une voix mélodieuse de basse profonde :  » Gente dame, je suis le prince du marais. Vous m’avez sauvé la vie. Vous méritez donc une récompense. Formulez trois voeux, je les exaucerai. « 
Après un premier moment de stupeur, je me mis à réfléchir longuement. J’étais venue chercher ici du merveilleux, j’étais servie. ce n’était pas le moment de flancher. De quoi avais-je besoin ? Le grand amour ? je le vivais déjà avec un célèbre auteur de contes policiers. Un travail ? Non plus. Je scrutais le ciel pour les aviateurs contre monnaie sonnante et trébuchante. La santé ? jusqu’à présent, en touchant du bois, tout allait bien…
Je formulai finalement trois voeux à priori inaccessibles : le secret de l’immortalité, celui de la sagesse et la faculté de voyager dans le temps.
le prince fit aussitôt apparaître un cylindre métallique de trois mètres de haut et quatre de circonférence. d’un aspect lisse et d’un noir profond, il comportait, à hauteur d’homme, un unique bouton vert, sur lequel le prince appuya en me précisant, tandis que le cylindre semblait se fendre en deux :  » entrez dans cet engin et vous pourrez, par la pensée, vous réincarner autant de fois que vous le désirerez, à n’importe quel âge, sous n’importe quelle forme, animale, végétale, minérale, changer de couleur, noir ou blanc, black and white, ( à ces mots, je me dis que Mickael Jackson aurait été content …), rajouter un ou deux bras supplémentaires, des tentacules. Tout est permis… »
Je m’écriai :  » c’est fantastique ! Et pour la sagesse et le voyage dans le temps ? « 
le prince me répondit :  » La machine émet en permanence des radiations de sagesse qui vont inonder la planète d’influx positifs, dans un écoulement laminaire non turbulent. et ce bouton violet à l’intérieur me permet de passer instantanément d’une époque à une autre, d’un lieu à un autre, en empruntant les trous de l’univers par distorsion multidimensionnelle de l’espace-temps hilbertien ! »
Ce langage technique et assez obscur me laissait un peu dubitative et méfiante. Je demandais au Prince :  » tout cela me semble merveilleux, mais n’y a t-il pas d’effet secondaire sur l’organisme.
Il me rétorqua :  » Oh, trois fois rien… Vous éprouverez simplement le besoin irrépressible de voter Sarko-Ségo lors des prochaines élections. c’est douloureux, mais l’effet se dissipe rapidement… »
Nathalie Banasik

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